Chronique d’une mort annoncée des USC ?

Quel sera le devenir des Unités de surveillance continue (USC), qui ont pour objet la prise en charge des patients trop instables ou prenant un traitement avec risque de défaillance vitale ?

Les impératifs de surveillance imposent un ratio de personnel soignant supérieur à celui de l’hospitalisation conventionnelle.

Pour cette raison, le système de tarification à l’activité (T2A) prévoit un supplément lorsque la cotation (diagnostics et actes) d’un séjour hospitalier permet de le valoriser en USC, et que ces actes ont été réalisés dans une unité de soins reconnue comme telle par l’ARS dans le cadre de la contractualisation avec l’établissement. Le but est de financer le personnel et les moyens nécessaires : 1 IDE et 1 AS pour 5 malades, la surveillance scopique, etc.

Pour rappel, la T2A assure 100 % du financement des établissements privés.

La valorisation des séjours dans les USC se fait à partir du score IGSII*. Ce score de gravité est le facteur déterminant les allocations de ressources et pourrait sous-évaluer la lourdeur de prise en charge, notamment pour les patients chirurgicaux.

La non-valorisation des séjours impose aux établissements de santé de faire des choix d’allocations de moyens pour une activité non rémunérée.

Nous avons évalué l’activité de notre USC sur une durée de 3 mois. Au total, 458 patients ont été inclus. L’admission est jugée pertinente dans plus de 95 % des cas. L’IGSII moyen est de 16,59 +/- 9,03 et le TISS** 28 moyen de +19,33 +/- 4,53, ce qui correspond à un ratio de personnel d’environ 1 infirmière pour 2 à 4 patients.

Les taux de valorisation des séjours sont pourtant très faibles : de 9 à 23 %. Donc presque 80 % des séjours pourtant considérés comme lourds ne sont pas valorisés !

Si nous considérons un patient de 70 ans, hospitalisé pour fracture du col du fémur, la chirurgie réparatrice est sa seule chance d’autonomie. Ce monsieur est sportif et autonome. Il a une maladie coronarienne stabilisée (triple stent cette année) avec insuffisance cardiaque sévère et une insuffisance rénale modérée sur un adénome de prostate. Tous les avis convergent pour opérer ce patient après l’avoir informé des risques, et surveiller de façon attentive sur les premières 48 heures en raison du risque majeur de décompensation post-opératoire.

Or selon les standards actuels, ce séjour légitime au plan médical en USC ne sera pas valorisé.

Il faut donc hospitaliser ce patient en post-opératoire en unité de soins conventionnelle.

Quel chirurgien et quel anesthésiste prendront dans ces conditions le risque de l’opérer ?

Le système de valorisation des USC est aujourd’hui inadapté aux patients chirurgicaux.

Le risque évident de la non valorisation des séjours est l’adaptation des ratios de personnels. Cette logique économique aboutit à la non prise en charge de patients en USC voire, à la fermeture de ces dernières.

Au moment où la chirurgie ambulatoire se développe, il paraît nécessaire d’adapter aux patients les plus lourds des critères pertinents pour leur offrir une prise en charge adaptée, tant en qualité de soins qu’en personnels.

On le voit aujourd’hui, c’est l’existence même de nos structures de soins chirurgicales qui est en péril et, de fait, la qualité de prise en charge de nos patients !

 

Igor Auriant

Médecin réanimateur, clinique de l'Europe à Rouen, représentant Haute- Normandie de la Conférence nationale des présidents de CME des Hôpitaux privés.

Source: 

*Indice de gravité simplifié II, établi À partir de param`etres cliniques et biologiques corrélés statistiquement À l'issue.
**Therapeutic Intervention Scoring System, score de mesure de l’activité, qui peut À lui seul permettre d'évaluer le besoin en personnel pour une prise en charge en soins donnée.

Portrait de Igor Auriant
article du WUD 9

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