Chamboule rien mais je dirai tout

Critique de "Chamboultout" de Eric Lavaine (sortie le 3 avril 2019)

Béatrice a décidé de coucher sur le papier ses cinq dernières années avec son mari, qui a perdu la vue ainsi que la mémoire immédiate, et développé une désinhibition frontale, suite à un AVP (accident sur la voie publique). L'autothérapie devient autofiction et s'apprête à sortir en librairie. Problème: les membres de son entourage qui se reconnaissent dans le livre semblent plus contrariés par les petits travers qu'elle décrit que par la preuve d'amour et de courage que constitue l'histoire de Béatrice...Un film choral qui hésite entre plusieurs chemins sans jamais réellement trouver sa voi(e)(x). Oubliable...

Plusieurs films en un seul mais aucun qui casse la baraque: voici comment l'on pourrait résumer cet objet filmique ultra-repérable mais difficilement identifiable qu'est ce Chamboultout, dont le principal défaut est que finalement il ne bouscule pas grand chose. Cette réunion de potes, par exemple, ce sous -  Petits Mouchoirs dans lequel Lavaine fait du Canet, qui lui-même faisait du Sautet... À force d'hésiter entre le portrait cruel des mesquineries ordinaires et l'ode à l'amitié dans les épreuves, elle perd peu à peu toute originalité et tout intérêt. Les personnages sont souvent réduits à un seul trait de caractère - le radin, le baiseur, le sportif qui ne sait pas lire... - et les fameuses épreuves par lesquelles tout ce petit monde est passé sont finalement peu voire pas décrites. Si bien qu’on passe constamment, et de façon comparablement maladroite et bâclée, du thème de l’autofiction et de ses conséquences à celui de la maladie.

Chamboultout est finalement avant tout un film sur un couple. Voire un portrait de femme. Etonnamment discret, surtout au vu de son rôle qui était une voie royale et facile pour en faire des caisses, José Garcia a l'élégance de laisser le premier rôle à Alexandra Lamy. Naturelle, captant la lumière sans jamais sembler vouloir briller, elle porte cette histoire avec toute la justesse et toute la générosité dont elle dispose. Ce n'est hélas pas suffisant, le portrait étant bien trop parasité par les innombrables interférences qui encombrent le film et nous empêchent d'être concentrés sur ce couple atypique, pour lequel nous aurions probablement porté un tout autre intérêt s'il avait été filmé dans des circonstances plus intimes et/ou moins artificielles...

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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