Cannabis, alcool, psychotropes : les étudiants en médecine en danger

Les étudiants de première année de médecine consomment plus d'anxiolytiques et d'antidépresseurs, tandis que leurs homologues de deuxième année consomment plus de cannabis et d’alcool et sont plus suivis en psychothérapie, selon une étude de chercheurs marseillais sur la santé des étudiants de premier cycle.
 

Quelle est la consommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs des étudiants de médecine de première et deuxième année ? Ont-ils un risque accru de consommation d'antidépresseurs et d'anxiolytiques, de suivi psychiatrique et de comportement addictif, notamment pour faire face aux examens qui sont source majeure de stress, surtout en première année ?
 
C’est pour répondre à ces questions qu’une équipe de chercheurs marseillais a mené une étude sur la santé des étudiants de premier cycle (promotions 2016-2017) publiée récemment dans le Journal of Affective Disorder . L’un des co-auteurs de cette étude est le Dr Guillaume Fond, psychiatre à l'Assistance publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HM) et enseignant chercheur à la Timone.
 
WUD s’est procuré les résultats principaux de cette étude qui sont les suivants. Premièrement, les étudiants de première année consommaient plus d'anxiolytiques (6 %) et d'antidépresseurs (2,8 %) que leurs homologues de deuxième année (respectivement 3,9 % et 1,3 %). Un résultat qui pourrait être lié aux pressions de la Paces, « ce qui se traduit par des taux d'humeur et d'anxiété plus élevés » au sein du groupe de première année, précise l’étude.

Suivi en psychothérapie 

Par ailleurs, leurs petits camarades de deuxième année étaient plus suivis en psychothérapie (9 %), contre 5,4 % en première année. Il est possible que cela soit lié à un manque de temps au cours de la première année pour demander un examen de leur santé mentale. De plus, les « deuxième année » fumaient plus de tabac quotidiennement (19,6 % contre 15,7 % pour les première année) et de cannabis (5,6 % ont des troubles liés à l’usage du cannabis, contre 4 % pour les "première année") et consommaient plus d'alcool.
 
Dans le détail, comparés aux étudiants de première année, ceux de deuxième année étaient 78% plus susceptibles de fumer quotidiennement, 137% plus susceptibles d’avoir des troubles liés à l’usage du cannabis, 261% plus susceptibles d’avoir une consommation d’alcool à risque (266% plus susceptibles de devenirs dépendants). Par ailleurs, 50,5 % des "deuxième année" avaient une consommation problématique d’alcool, 13,8 % d'entre eux une dépendance à l'alcool, contre respectivement  14,7 % et 1,3 % pour les "première année".
 
Deuxièmement, les étudiants de première année étaient plus susceptibles de consommer des substances psychoactives pour faire face aux difficultés liées à leurs études. Tandis que les « deuxième année » en consommaient plutôt pour leurs effets sédatifs ou stimulants, mais aussi pour sociabiliser, sous la pression de leurs pairs ou pour faire comme leurs pairs.

Combiner études et vie sociale 

Tout cela suggère qu’ils avaient des difficultés plus importantes pour combiner études et vie sociale, tandis que les étudiants de première année passaient la majeure partie de leur temps à préparer leurs examens. En outre, comparés aux étudiants de première année, les « deuxième année » étaient 40% moins susceptibles de signaler des difficultés liées aux études (l’effet Paces sans doute).
 
Pour remédier à des problèmes de santé mentale et d’addiction qui sont intimement liés, les auteurs de l’étude évoquent certaines pistes pour réduire le stress des étudiants : méditation de pleine conscience, auto-hypnose, consommation d’oméga 3 et de probiotiques…
 
Et d’évoquer la mise en place de programmes de prévention des addictions dès la deuxième année, sachant que les deux premières années d'études médicales sont cruciales pour prévenir les troubles psychiques futurs, estime l’étude.
 
Enfin, la modification des cursus et des épreuves de sélection pourrait aussi permettre de remédier à ces maux. Reste à voir si la disparition de la Paces et la réforme du deuxième et troisième cycle participeront à changer la donne dans les années à venir.
 

1 : Au total, 4 345 étudiants en médecine issus de 35 facultés de médecine françaises ont été recrutés par listes de diffusion et réseaux sociaux entre décembre 2016 et mai 2017. Ils ont rempli des questionnaires anonymisés sur Internet.
 

Portrait de Julien Moschetti

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