Call meth by its name

Critique de "My Beautiful Boy", de Felix Van Groeningen (sortie le 6 février 2019)

Le combat de David Scheff, éminent journaliste, pour sortir son fils de son addiction au cristal meth. Beau comme un clip, mais deux heures et une minute c'est un peu long pour un clip... Dommage pour Timothée Chalamet, qui confirme toute l'étendue de son talent.

Quelle déception ! On aurait voulu défendre My Beautiful Boy, se contenter du talent de metteur en scène de Felix Van Groeningen, du jeu pur de Timothée Chalamet, entre lumière éclatante et noirceur absolue. On aurait aussi bien aimé que le film ne sorte pas seulement trois semaines après Ben Is Back, dont le thème est bien trop proche. Et au fond peut-être qu'il ne sorte pas du tout, tant il n'apporte rien, ou si peu, à l'éclairage de ce qu'est l'addiction.

L'un des grands arguments du film est de montrer que l'addiction peut toucher n'importe qui, n'importe comment. Déjà, c'est faux. Mais soit : allons au bout de la logique et prenons l'hypothèse de quelqu'un qui n'a aucune raison - en apparence - de sombrer dans la drogue à l'âge de douze ans...Acceptons que la psyché d'un enfant ne soit aucunement affectée par le divorce précoce de ses parents, ni par le fait de devoir prendre régulièrement l'avion parce que plusieurs États les séparent. C'est vrai qu'il a l'air bien sympathique, cet immense chalet en bois dans lequel vit cette merveilleuse et idyllique famille recomposée. Très instagrammable. Il faut alors se détacher de tous les possibles qui auraient pu se dérouler sous nos yeux, d'un scénario à la Ben Is Back - pour le coup bigrement plus intéressant même si forcément un peu simpliste. Eh oui, pas de scénar' puisque l'addiction se suffit à elle-même comme synopsis, dans ce long film de deux heures tourné comme un tourbillon incessant, avec la même énergie bordélique qui se dégageait du premier long de Van Groeningen, Alabama Monroe. Un long clip avec une B.O. impeccable, mais qui montre sans raconter. 

Manque d'ambition

Et pourquoi pas? Dans Requiem for a dream, Arronofsky faisait de même, et c'était passionnant. Oui, sauf que du coup le film se heurte à son manque d'ambition et de contenu. Et accumule un à un les clichés du "film sur la drogue": l'overdose de la copine, les toilettes bien crades et curieusement cinégéniques dans lesquelles on se pique...Le summum étant cette scène d'ouverture dans laquelle Steve Carell expose son problème à un personnage hors champ, avant que ne démarre un long flash-back. Une scène importante, donc ? Eh bien pas du tout, le personnage hors champ étant un médecin totalement insipide, écoutant la détresse de ce père avant de lui montrer sentencieusement l'image d'IRM fonctionnelle. Il voulait une explication? On la lui sert sur un plateau : l'amygdale de son fils explose telle une grenade dégoupillée, voilà la raison de sa détresse (ça touche n'importe qui sans distinction, on vous dit ; il suffit d'être doté d'une amygdale...). Si scientifiquement ça a du sens, cinématographiquement c'est insignifiant.

Dommage, car le film emprunte par moments des détours intéressants, pour hélas vite retourner à son tumulte incessant, comme cette scène où Carell découvre avec effarement toute la noirceur de son fils prodige, au travers de dessins durablement impactants. Ou encore ce message qui se dessine peu à peu, à savoir que l'entourage doit peu à peu apprendre à lâcher prise, ou tout du moins à trouver une juste distance, pour laisser un peu de place à une possibilité d'évolution, à défaut de guérison...

 

Portrait de Guillaume de la Chapelle

 

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