Bientôt la peau greffée pourra être imprimée

À Marseille, l'hôpital de la Conception (AP-HM) vient de signer un partenariat de trois ans avec la start-up de biotechnologie Poiétis. L’idée : développer le premier essai clinique d’implantation de peau bio-imprimée.

"Nous sommes extrêmement fiers d’avoir été choisis pour cet essai, se félicite Dominique Casanova, chef du service de chirurgie plastique et réparatrice à l’hôpital de la Conception à Marseille (AP-HM). C’est une récompense pour notre travail." Son service vient en effet de signer un partenariat avec la start-up de biotechnologie Poiétis pour réaliser ensemble le premier essai clinique d’implantation de peau bio-imprimée.
Pendant trois ans, la start-up bordelaise de biotechnologie et l’unité de thérapie cellulaire de l’AP-HM, dirigée par Florence Sabatier, vont travailler à la création d’une peau bio-imprimée pour la greffe humaine.
"Aujourd’hui notre société fait de la bio-impression de peau pour la recherche", explique Bruno Brisson, co-fondateur de Poiétis. Une technologie développée en 2013, après l’interdiction européenne de l’expérimentation de produits cosmétique sur les animaux. Sept ans plus tard, leur technique de bio-impression est au point pour commencer les tests pour la greffe de peau. Le laboratoire de l’AP-HM travaille depuis plusieurs années sur le développement de la médecine régénérative et possède l’autorisation pour fabriquer et délivrer des préparations de thérapie cellulaire (PTC). D’où le choix de la start-up bordelaise pour cette première mondiale. 
 

Essais cliniques chez l'homme dans trois ans

À ce jour pour faire une greffe de peau, il est nécessaire de prélever sur le ou la patient.e de la surface à greffer. Ce qui pose un problème pour les grands brûlés pour qui les prélèvements de peau doivent se faire en plusieurs fois, tant la surface de peau à réparer est importante. Avec la bio-impression, l’entreprise Poiétis espère pouvoir révolutionner cette pratique. Car pour une surface de 40 cm², "il suffit de prélever un morceau de peau de la taille d’un calisson", raconte l’air amusé Dominique Casanova. Une fois cette peau saine prélevée, les cellules vont être isolées puis mise en culture. “Après l’expansion cellulaire faite en laboratoire, nous les introduisons dans notre imprimante 3D avec de molécules de type collagène”, raconte Bruno Brisson. Dès lors, l’imprimante va rassembler les cellules et imprimer les couches successives pour recréer une peau. Après dix jours de maturation, il est possible d’utiliser cette nouvelle surface de peau artificielle. "Au total, entre le premier prélèvement et la greffe de peau, le délai ne sera que de trois semaines." 
L’accord de trois ans signés entre AP-HM et Poiétis permettra donc de passer du in vitro aux essais cliniques sur l’homme. La recherche en laboratoire doit durer un an avant de pouvoir espérer les premiers tests. "C’est assez paradoxal parce que nous avons créé ce produit dans l’optique d’éviter les tests cosmétiques sur animaux, constate Bruno Brisson. Mais pour la recherche sur l’homme, nous allons devoir faire des tests cliniques sur des souris". Les premiers essais humains se feront sur des plaies traumatiques, des petites brûlures sur des patients sains, afin de limiter les risques de rejet. 
 
À terme, Poiétis espère permettre aux patients une meilleure prise en charge et pourquoi pas développer un diplôme de manipulation de bio-impression "comme pour les radiologues" dans l’optique d’équiper tous les établissements de soins.

Portrait de Elodie HERVE

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