Besançon : chronique d’une guerre ouverte entre le Pr Humbert et le CHU (2/2)

Un conflit majeur oppose depuis 2015 la direction du CHU de Besançon et l'ancien chef de service dermatologie de l’établissement, le professeur Philippe Humbert. Après avoir alerté la direction sur de nombreuses plaintes de malades faisant état de manquements graves (maltraitances, négligences graves, mises en danger d’autrui, erreurs médicales… ) au sein du service de dermatologie en 2014 et 2015, le Pr Humbert aurait été la cible de nombreuses attaques personnelles et professionnelles qui l’ont conduit à démissionner. Deuxième volet de notre enquête en deux parties, qui en dit long sur le fonctionnement (et les dysfonctionnements) de l’hôpital public…

Condamné pour diffamation pour avoir dénoncé de graves dysfonctionnements au CHU de Besançon, comme nous vous l’expliquions dans la première partie de notre enquête. Le Pr Humbert prépare sa contre-attaque sous la forme de plusieurs plaintes : harcèlement moral, dénonciation calomnieuse, violation du secret professionnel… (lire ci-dessous l’encadré pour connaître le détail des plaintes).
 
Dans l’attente de l’arrêt de la Cour de cassation dans cette affaire de diffamation (lire première partie de notre enquête), le Pr Humbert a déposé diverses plaintes. Notamment une plainte pour harcèlement déposée en 2017, dans laquelle la liste des faits reprochés est longue : la suppression du poste de sa secrétaire en 2016, l’interruption de ses consultations, l’absence de réponses à ses courriers professionnels, le retrait des chaises d’attente de ses patients, le vol du double des clés de son bureau, la tentative de détournement de sa patientèle, des agressions verbales, incivilités ou brimades…
 
À propos de la suppression du poste de sa secrétaire, WUD a contacté un médecin qui travaillait également au CHU de Besançon et a donc été témoin des faits. Jean-Pierre (1) se souvient d’un « très grand enseignant chercheur, un médecin hors pair reconnu sur tout le territoire, mais aussi sur le plan international ». Selon lui, le Pr Humbert avait il y a quelques années une consultation « pleine à craquer car il était très connu ».
 
Il y avait à l’époque une série de dix sièges dans son bureau. Jusqu’au jour où Jean-Pierre a pénétré dans ce fameux bureau pour se rendre compte « qu’ils avaient supprimé les dix sièges ! » Résultat : « On a mis ses patients dans une consultation générale à 150 mètres de son bureau. Mais comment voulez-vous gérer une consultation alors que les patients sont à distance et que les patients sont à côté ? »

Impossible de le joindre

Pire : lors du départ à la retraite de la secrétaire du Pr Humbert en 2016, « son poste de secrétariat personnel a également disparu, se souvient Jean-Pierre. On ne pouvait plus le joindre. Nous avions certains patients en commun qui me disaient que c’était devenu impossible de le contacter ».
 
Le Pr Humbert confirme ce qui s’apparente selon lui à « des pratiques pour le moins douteuses de la part de la directrice et de mes collègues. On arrachait l’étiquette de ma porte, on enlevait les chaises de ma salle d’attente, on écrivait aux médecins en disant que j’avais pété un plomb, que j’étais devenu fou… »
 
Autre coup dur pour le professeur : la fermeture en 2016 de son laboratoire de recherche, le CERT (Centre d'études et de recherche sur le tégument), à la demande de la direction CHU de Besançon qui « avait argumenté à l’époque la fermeture du centre parce qu’il était question de travaux en cosmétologie et non en dermatologie », selon la presse locale. À la demande de la direction, la Chambre régionale des comptes a réalisé un audit du C.E.R.T.

Un labo qui rapportait de l'argent

Pour conclure que « l’activité du CERT n’a pas entrainé de charge résiduelle pour l’établissement et se serait même traduite (…) par un solde positif pour le CHRU », estimé à 1,41 million d’euros entre 2013 et 2016. Ce qui pose la question suivante : « Comment la direction du CHU a pu fermer un labo qui rapportait autant d’argent à l’hôpital ? », s’interroge le Pr Humbert.
 
Une interrogation partagée par Jean-Pierre qui se souvient de ce « labo de renommée internationale qui organisait des congrès. Il y avait une équipe de 5 à 6 chercheurs permanents qui était extrêmement productive en points SIGAPS (Système d'Interrogation, de Gestion et d'Analyse des Publications Scientifiques) qui rapportaient des milliers d’euros par an au CHU. Donc, on peut se demander comment un établissement public peut se permettre de fermer quelque chose qui rapporte et qui est très connu. »
 
On ne le saura sans doute jamais. D’autant plus que la direction du CHU de Besançon a refusé de répondre à nos questions sur le sujet. Tout juste s’est-elle contentée de nous écrire : « Compte tenu des propos diffamatoires réitérés de Monsieur Humbert à l’égard du CHU de Besançon dont certains sont relayés dans vos questions, l’intéressé a été condamné par la juridiction pénale en 1ère instance et en appel, respectivement par jugement du Tribunal correctionnel de Besançon en date du 29 octobre 2018 et par arrêt de la Cour d’Appel de Besançon en date du 11 avril 2019. Pour cette raison, votre sollicitation n’appelle pas de réponse de notre part aux questions posées. »

Cabale ? 

La direction du CHU n’a pas non plus répondu à nos questions concernant le harcèlement qu’aurait subi le Pr Humbert. Celui-ci accuse la direction du CHU de Besançon « d’avoir monté une cabale contre lui, en le faisant passer pour un médecin maltraitant vis-à-vis de ses internes. » Selon lui, le conflit démarre véritablement quand il demande en février 2015 à la direction de reprendre les rennes du service car il craint « la survenue d’erreurs médicales », rapportait fin 2018 le magazine d’information indépendant Nexus. La direction refuse.
 
Hasard du calendrier ? Du 17 au 20 mars 2015, 17 courriers de plaintes de médecins et d’internes en dermatologie dénoncent le comportement du Pr Humbert qui aurait été « harcelant ». Celui-ci remarque que tous ces courriers « utilisent tous le même schéma, la même forme ». « Étrangement, toutes ces lettres sont formatées de la même manière : elles reprennent exactement les mêmes termes et portent le même numéro chronologique d’archivage, quel que soit son auteur », confiait-il à Nexus
 
Pendant ce temps-là, la directrice aurait écrit un rapport au ministère pour dire que le Pr Humbert « envoie des emails vigoureux et maltraitants à ses internes, poursuit le professeur. J’ai demandé un exemple de ces mails au rapporteur de la commission disciplinaire. Il n’a pas été capable de m’en fournir, car je n’ai jamais écrit d’emails maltraitants à mes internes. Mes mails ont toujours été très courtois, très polis. Donc, tout a été inventé. Or, si les magistrats n’ont pas toutes les données, il leur est difficile d’apprécier la situation… »
 
Par ailleurs, la directrice du CHU aurait affirmé à l’officier de police judiciaire que le comportement du professeur aurait été à l’origine de plusieurs arrêts de travail de médecins de l’établissement, dénonce le Pr Humbert qui a eu accès aux arrêts de travail qui « étaient des arrêts de travail pour grossesse, fracture de la cheville.... Bref, rien à voir avec moi. »
 

Quatre plaintes en attente
En dehors du pourvoi en cassation (diffamation), quatre plaintes sont actuellement en attente de jugement. Une plainte pour harcèlement dont nous avons déjà parlé plus haut. Mais aussi une plainte pour dénonciation calomnieuse. « Après avoir reconnu les faits que j’ai signalés, l’ARS a tenté de m’en faire porter la responsabilité, et a donc rédigé un rapport qui m'apparaît partiel et incomplet, que nous attaquons pour dénonciations calomnieuses », précise le Pr Humbert. Une plainte pour violation du secret médical a également été déposée. Enfin, l’association Anticor a porté plainte le 18 juin 2019 contre une prise illégale d’intérêt du CHU de Besançon.

Contacté par WUD, le Pr Philippe Halimi (lire ici son interview de 2019), président de l'association nationale Jean-Louis Megnien (ANJLM), qui vient en aide aux personnels hospitaliers harcelés et en souffrance, considère que le Pr Humbert a « été victime d’une situation de harcèlement moral une fois que le conflit avec ces collègues s’est déclaré ».
 
L’ANJLM aurait suffisamment d’éléments en mains pour considérer qu’il y avait « probablement des actes de harcèlement à l’origine de sa mise au placard, poursuit le Pr Halimi. Il s’est retrouvé sans bureau, sans patients, avec des difficultés pour consulter… Il avait développé un laboratoire de recherche dont on a supprimé les moyens. Il s’est retrouvé dans une situation impossible. »
 
Une situation qui a conduit le Pr Humbert à démissionner le 12 octobre 2015. « Lassé et à bout », confiait-il à Nexus, il a refusé de continuer à diriger un service dans de telles conditions : « Étant donné la responsabilité d’un chef de service du point de l’organisation des soins, il était préférable que je démissionne », confirme-t-il à WUD. « Un épouvantable gâchis quand on sait que c’est l’un des meilleurs dermatologues de France, un clinicien et un chercheur hors pair », selon le Pr Halimi.

Un an au Maroc

Puis, le rapporteur national Édouard Couty lui propose une mission d’un an au Maroc, que le professeur décide d’accepter. Il quitte donc la France en 2017 pour revenir un an plus tard. À son retour, la directrice du CHU de Besançon « m’a fermé les portes. Elle m’a interdit de revenir dans le service ». Pour quels motifs ? « Les médecins que j’avais dénoncés se sont mobilisés pour dire : « nous ne voulons pas qu’il revienne » ».
 
Quant à la direction du CHU, elle propose une autre version des faits : « Compte tenu du comportement de Monsieur Humbert, une procédure nationale a été ouverte conjointement par le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche et le Ministère de la santé. Monsieur Humbert a été mis à la retraite d’office par décision du 11 juillet 2019. »
 
Quoi qu’il en soit, le professeur a été contraint d’ouvrir son cabinet en décembre 2019 « car on m’a forcé de me mettre à la retraite ». Aujourd’hui, il se dit « très heureux de répondre à la demande de patients qui ne vont pas bien. Parce qu’il y a des problèmes très lourds qui ne sont pas toujours pris en charge correctement. » Il lui arrive aussi de recevoir « des malades qui disent être victimes d’erreurs médicales à l’hôpital de Besançon », même s’il reconnaît que « la situation s’est améliorée dans le service ». Ce qui n’a pas empêché des décès suspects de défrayer la chronique ces dernières années.

Comprimés périmés

Le 17 avril 2017, un patient, que nous nommerons Arthur, meurt au CHRU de Besançon à l’âge de 46 ans. Trois jours plus tôt, il avait déposé une plainte auprès du procureur de la République avec constitution de partie civile pour empoisonnement. Initialement traité pour un cancer de la thyroïde, souffrant aussi de tumeurs cancéreuses aux poumons, il avait découvert que les gélules de Sutent®, données en dernier traitement par le service oncologie du CHRU, avaient une date de validité dépassée de près de seize mois puisqu’expirant le 1er janvier 2016, rapporte L’Est Républicain.
 
À la suite de sa plainte, sa compagne, Carole G., a reçu le rapport d’expertise d’un médecin et pharmacien inspecteurs de l’ARS qui concluent notamment : « Une erreur a été commise par le CHRU en distribuant des comprimés périmés mais cela n’a eu aucun lien avec son décès car le patient n’en a pris qu’un seul avant que le CHRU se rende compte de son erreur et à vingt-quatre heures de la prise, il ne présentait aucun trouble et aucun effet secondaire en rapport avec la prise du médicament. »
 
Pour le Pr Humbert, ce nouveau drame montre « qu’il n’y a toujours pas de volonté de désigner des responsables. On essaye de corriger les choses sans prendre en compte l’intégralité des données, en effaçant le problème. » Le professeur connaissait bien le patient qui est décédé et considère que le rapport de l’ARS ne fait pas état des effets secondaires connus du médicament.

L’art de lancer un rideau de fumée

Sept ans après le début de son conflit avec le CHU de Besançon, le Pr Humbert poursuit donc son combat judiciaire « pour que la vérité soit établie, pour que l’on reconnaisse qu’il y a eu des rapports qui comportaient des dénonciations calomnieuses et des tromperies, afin de me faire taire et de me nuire »
 
En 2018, il confiait au magazine Nexus. « J’ai découvert que certains manient l’art de lancer un rideau de fumée sur des actes maltraitants. Il suffit pour cela d’anticiper et d’inonder la hiérarchie de courriers diffamatoires, calomnieux, même si aucune preuve n’est fournie ! Cela suffit à salir un lanceur d’alerte afin que son message ne soit pas entendu. » 
 
Des propos qui rejoignent ceux du Pr Halimi, qui déclarait en août 2019 à WUD : « En France, on est censé protéger les lanceurs d’alerte, sauf qu’à l’hôpital on les réprime. L’hôpital public est devenu contre-nature, une structure déshumanisée et violente ».

Maltraitance institutionnelle

Le président de l'ANJLM ajoutait :« Actuellement, les harceleurs agissent en toute impunité à l’hôpital public. Ils sont même parfois promus, quand la justice les condamne. La gouvernance hospitalière actuelle n’accorde pas suffisamment d’importance à ce sujet. Elle ne tient pas compte des réalités de terrain, elle s’appuie sur une hiérarchie médico-administrative qui est, la plupart du temps, complice et passive. Nous prônons donc une tolérance zéro vis-à-vis des comportements maltraitants. »
 
Des comportements maltraitants qui existeraient toujours au CHU de Besançon où « il y a vraiment une maltraitance institutionnelle », selon le Pr Halimi. La directrice générale de l’établissement traite de façon extrêmement verticale les conflits qui peuvent surgir, et ça se fait souvent au détriment de collègues dont la qualité sur le plan médical est incontestée. Outre le Pr Humbert, beaucoup de professionnels de santé (médecins, professeurs…) du CHU ont été mis en difficulté. Une personne s’est retrouvée dans une situation terrible. Elle était à deux doigts de se suicider. Ce sont d’ailleurs souvent les meilleurs d’entre eux qui sont en situation de suicide. »

 
1 : le prénom a été modifié pour des raisons de confidentialité.

Droit de réponse du CHU de Besançon :
 
Le CHU de Besançon tient à faire valoir son droit de réponse à la suite de votre article du 23 septembre intitulé « Besançon : chronique d’une guerre ouverte entre le Pr Humbert et le CHU (2/2) ». Dans ce nouvel article qui prolonge un article précédent du 21 septembre vous vous faites le relais des accusations du Pr Humbert, qui se décrit comme un lanceur d’alerte harcelé à raison des signalements qu’il a effectués. Le CHU de Besançon conteste radicalement cette présentation des choses. Vous évoquez plusieurs plaintes qui auraient été déposées par le Pr Humbert. Le CHU de Besançon n’a connaissance que d’une seule plainte avec constitution de partie civile du Pr Humbert pour ces prétendus faits de harcèlement, déposée après un classement sans suite de sa précédente plainte par le Parquet. Les faits sont contestés. Le CHU n’a pas connaissance d’autres plaintes ou d’une quelconque suite donnée aux autres plaintes évoquées dans l’article. Si tel était le cas il n’aurait pas manqué d’être contacté à ce sujet dans le cadre d’une enquête. Votre article est d’ailleurs difficilement compréhensible puisqu’il est indiqué que le Pr Humbert « a déposé diverses plaintes en juin 2020. Notamment une plainte déposée en 2017 ». Vous suggérez que le Pr Humbert a été victime d’un harcèlement après avoir dénoncé des manquements et des maltraitances de patients en 2014 et 2015. La véritable chronologie des faits montre que c’est inexact. Le Pr Humbert a dirigé le service de dermatologie du CHU jusqu’au mois d’octobre 2015. Entre le 19 et le 25 mars 2015 la direction du CHU a reçu 17 courriers de plainte déposées contre lui par des médecins et des internes de son service. Il ressort de ces différents courriers, précis et circonstanciés, que depuis 2014, le Pr Humbert avait un comportement inapproprié, provoquant une souffrance généralisée au sein de ses équipes. Sans que ses compétences et ses capacités professionnelles soient remises en cause, ces plaintes révélaient des faits graves : harcèlement sous différentes formes et humiliation des internes, dénigrement systématique et remise en cause des compétences médicales des autres praticiens du service, mais aussi des internes qu’il avait la charge de former. Ces plaintes ont été l’élément déclencheur des signalements en masse effectués par le Pr Humbert. Pour autant, tous ses signalements ont été examinés. L’Agence Régionale de Santé a mené des investigations à deux reprises. Elle a conclu que ces signalements soit étaient dénués de légitimité, soit portaient sur des faits relevant de la propre responsabilité du Pr Humbert en sa qualité de chef de service. Vous relayez également l’affirmation du Pr Humbert selon laquelle les 17 plaintes dirigées contre lui seraient identiques, laissant ainsi entendre qu’elles pourraient être factices et suscitées artificiellement. L’inanité de cette affirmation a été démontrée devant la cour d’appel de Besançon qui a condamné le Pr Humbert pour diffamation. A l’audience de la cour d’appel le ministère public a souligné la sincérité manifeste de ces plaintes, absolument pas stéréotypées. Le Pr Humbert entretient une confusion avec les demandes de protection fonctionnelle régularisées ultérieurement par certains médecins. Il ne s’agit pas de la plainte mais d’un courrier distinct, formel quant à lui, dans lequel un agent public qui s’estime victime d'une infraction à l'occasion ou en raison de ses fonctions demande la protection de son administration. Les actes de « harcèlement » envers le Pr Humbert évoqués dans votre article sont totalement imaginaires, par exemple le fait d’avoir fait retirer des chaises situées en face de son bureau afin d’empêcher ses patients de s’asseoir, et de lui avoir retiré sa secrétaire particulière. L’absurdité de ces griefs a été démontrée devant la cour d’appel. Il s’agissait simplement de la réorganisation des salles d’attente et du secrétariat à l’initiative du chef de pôle. Cette réorganisation a concerné tous les praticiens du service et tenait compte également des règles de sécurité relative à la circulation dans les couloirs. Seul le Pr Humbert a cru devoir s’en plaindre. Et en aucun cas la salle d’attente n’a été déplacée « à 150 mètres » de son cabinet. La cour d’appel de Besançon a condamné le Pr Humbert pour diffamation notamment pour avoir diffusé de telles accusations. Vous affirmez encore que l’audit concernant le Centre d’études et de recherche sur le tégument (CERT) dirigé par le Pr Humbert a été réalisée à la demande de la direction du CHU alors que cet audit a été non seulement demandé mais aussi conduit par l’Agence Régionale de Santé. Le CERT a fermé dès lors qu’il était financé par une association qui a décidé de mettre un terme à ce financement. S’agissant de la démission du Pr Humbert, elle répondait en réalité à un engagement que lui-même avait pris -sans le tenir dans un premier temps- lors de la médiation externe qui s’était déroulée en avril et mai 2015. Compte tenu du comportement du Pr Humbert, une procédure disciplinaire nationale a été ouverte conjointement par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche et le ministre de la santé. Le Pr Humbert a été mis à la retraite d’office par décision du 11 juillet 2019. Il ne s’agit pas d’une « autre version des faits » comme présenté dans l’article mais d’une réalité facilement vérifiable. Le conseil d’Etat a d’ailleurs rendu une décision de non-admission du pourvoi formé par le Pr Humbert contre cette décision disciplinaire. La présentation du cas d’un patient ayant pris un médicament périmé telle que présentée le Pr Humbert est volontairement simpliste et fallacieuse et insinue que le médicament a causé le décès ce qui est faux. Il s’agissait en réalité d’une prescription hors AMM -pour une autre indication que celles pour lesquelles le médicament a reçu son autorisation de mise sur le marché- en dernière intention, pour un patient en impasse thérapeutique, à sa demande, après une réunion de concertation disciplinaire (RCP) et dans un cadre légal extrêmement précis. L’ARS après avoir examiné ce cas l’a confirmé. Le Pr Humbert n’est en rien un lanceur d’alerte. Le statut de lanceur d’alerte répond à des critères légaux : agir de bonne foi, ne pas agir dans son intérêt personnel, ne pas agir à contretemps et ne pas se substituer aux organes de contrôle lorsque ceux-ci font leur travail. Devant la cour d’appel de Besançon le Pr Humbert a revendiqué ce statut de lanceur d’alerte pour échapper à une condamnation pour diffamation, en vain. Votre article se termine par des accusations vagues et généralisées de « maltraitance institutionnelle », qui aurait même poussé une personne « à deux doigts de se suicider ». Ces accusations sont gratuites et infondées.
 
Droit de réponse de Madame Chantal Carroger :
 
Mme Carroger, directrice générale du CHU, a pris ses fonctions le 28 septembre 2015 et a trouvé à son arrivée une situation génératrice de risques psychosociaux réels au sein du service de dermatologie dirigé par le Pr Humbert visé depuis le mois de mars par des accusations de harcèlement et de dénigrement systématique des praticiens et des internes. Aucune mesure conservatoire n’a été prise à son encontre la volonté de Mme Carroger étant de comprendre, de ne pas laisser sans réponse ses signalements et d’attendre le résultat des enquêtes. Il est d’autant moins acceptable de lire qu’elle aurait mis en œuvre des « pratiques pour le moins douteuses » se traduisant par un harcèlement du Pr Humbert. Les exemples donnés sont fantaisistes. En aucun cas elle n’a écrit que le Pr Humbert avait « pété un plomb », était « devenu fou » ce qui ne correspond ni à son approche du dossier ni à son vocabulaire. L’affirmation « la directrice du CHU aurait affirmé (…) que le comportement du professeur aurait été à l’origine de plusieurs arrêts de travail de médecins » est tout aussi contestable d’autant qu’elle n’a pas connaissance des motifs des arrêts de travail des médecins du CHU. Depuis février 2017, en réaction aux conclusions de l’ARS, le Pr Humbert a multiplié les interviews diffamatoires pour lesquelles il a été condamné, et a nourri son compte Twitter de propos virulents. Son attitude a rendu son retour au CHU impossible après sa mission au Maroc. Le 1er septembre 2018 la directrice générale a pris un arrêté le suspendant à la demande du ministère et suite à la réception d’un courrier signé par l’équipe médicale. Contrairement à ce qui est affirmé cette mesure était motivée notamment par ses actions médiatiques diffamatoires et par l’atteinte au fonctionnement du service qui aurait pu résulter de sa présence. Le 3 septembre un arrêté de suspension a été pris par les ministres compétents. Aucun recours n’a été formé. Les propos concernant Mme Carroger et une prétendue « maltraitance institutionnelle » à laquelle elle participerait ne sont pas acceptables et constituent des attaques personnelles infondées et diffamatoires.  
 
 

Portrait de Julien Moschetti

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