Ben égérie

Critique de "Ben is back", de Peter Hedges (sortie le 16 janvier 2019). 

Comme chaque année, Holly s’apprête à fêter Noël en famille. Tout semble régi selon des rituels immuables et sécurisants. C’est sans compter sur Ben, son fils aîné, qui débarque à l’improviste alors qu’il est censé être en rehab. Le film est particulièrement convaincant de par ses aspects pédagogiques et une distribution retranscrivant de façon particulièrement juste le vécu émotionnel et les difficultés communicationnelles d’une famille aux prises avec l’addiction.

Il y a quelque chose de particulièrement attractif chez Julia Roberts, une façon de jouer sans fard, de s’impliquer dans chaque rôle, une humanité qui colle à la peau de chacun de ses personnages. Presque un mystère: celui d’un jeu ultra-balisé, hyper-expressif, chic mais pourtant jamais chiqué. L’âge aidant, elle endosse à bras-le-corps des rôles de mère courage lui permettant de mettre en valeur des problématiques sociétales auxquelles sa notoriété apporte une caution sécurisante. Sa présence familière permet ainsi, sans doute, à un public assez large de découvrir l’envers de l’american way of life sans pour autant en sortir traumatisé. Encore faut-il que le film soit réussi. C’est le cas de « Ben is back ».

L’histoire peut sembler cousue de fil blanc, pourtant on ne remet jamais en question les étapes successives qui sont autant de stations sur le chemin de croix d’une mère et de son fils, martyr d’une épidémie d’un nouveau genre : l’addiction aux opioïdes. Si le film reste en surface dans la description des ravages de ce fléau, c’est probablement aussi pour qu’il permette à chacun de se sentir concerné. D’où la pertinence du choix de Julia Roberts pour porter ce rôle, qui s’avèrera plus complexe qu’il n’y paraît. Sa confrontation avec le jeune Lucas Hedges, au jeu tourmenté mais pour lequel l’empathie ressentie est tout aussi immédiate, est un modèle de complémentarité.
 
Le film adresse un subtil message de prévention à une population asservie par un marché aussi redoutable que le trafic de drogue, et pourtant totalement léga l: celui de la prescription d'oxycodone et de ses dérivés. Alors qu’une pharmacienne refuse à Holly de délivrer un médicament qui pourrait sauver son fils - le Nalscue, dont les conditions d’utilisation nous seront illustrées au cours d’une scène que l’on ne spoilera pas - pour ne pas encourager de comportements irresponsables, elle accepte sans sourciller de fournir à celui-ci le matériel injectable qui pourrait entraîner sa mort. Éclairant!

Tout concourt ainsi à la clarté d’une œuvre qui retranscrit de façon simple une mécanique complexe : celle d’une addiction à la fois cause et conséquence d’une incommunicabilité familiale. Il faut voir Julia Roberts passer d’une naïveté généreuse et confondante à une intransigeance implacable en fonction de la moindre variation comportementale de son fils pour comprendre que, si elle saisit tout, elle ne contrôle rien. C’est d’ailleurs la même chose pour Ben, qui agit en miroir de cette mère dont il redoute constamment le désamour alors qu’elle s’évertue à nous montrer la solidité de leur lien. Ce désaccordage permanent s’étend d’ailleurs au reste de la famille, recomposée : à aucun moment du film l’information ne circule sans entrave, chaque agissement d’un de ses membres entraînant chez un autre la tentative de le dissimuler. La question de l’honnêteté, cruciale pour Ben, est ainsi au cœur du film. Le réalisateur a la délicatesse et la justesse de ne faire porter la responsabilité à personne dans cette famille où aimer ne suffit pas à protéger. 

 

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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