Baisse d’attraction du CHU de Nantes : Pourquoi ?

Moins 5 places dans le classement général ! Après avoir caracole en tête (1ère place en 2019-2020 ; 2e place en 2018-2019), l’internat de Nantes n’est pas le chouchou des internes cette année. Comment expliquer cette désaffection ?

Une communication en berne à la rentrée 2020 semble être la première explication. « Le bureau des internes nantais reconnaît que la mise en avant de l’internat lors de la dernière rentrée a été insuffisante par rapport aux années précédentes, tout particulièrement sur les réseaux sociaux. Il n’y avait pas assez de moyens humains, en raison de la mobilisation des internes du CHU de Nantes dans les services en tension à cause de l’épidémie de Covid-19 », souligne Morgan Caillault, président de l’Isnar-IMG, qui a pris le pouls sur le terrain. Pour se déterminer dans leur choix, les futurs internes privilégient en effet les réseaux sociaux, les appels aux copains étudiants en médecine et la prise d’information auprès des représentants des internats visés. Or la faculté de médecine de Nantes a été moins active pour mettre en avant les atouts de son internat et de sa ville en cette rentrée 2020 si particulière…

Certains stages jugés trop courts

Par ailleurs, la durée des stages proposés en pédiatrie et gynécologie aux internes de médecine générale à Nantes fait des déçus. « Dans la nouvelle maquette de l’internat de médecine générale en place depuis 2017, il est prévu 6 mois de stage en pédiatrie et 6 mois de stage en gynécologie. Une grande majorité de nos internes sont très demandeurs de ces stages. Or à Nantes, faute de moyens suffisants, ces stages ne sont proposés aux internes que sur des durées de 3 mois », indique le président de l’Isnar-IMG. Et il est vrai qu’en médecine générale, le CHU de Nantes perd cette année 4 places. Interrogée sur ce problème d’offre de stages, le Pr Pascale Jolliet, directrice de l’Unité de formation et de recherche médicale et doyenne de la faculté de médecine de Nantes depuis 2013 (2e mandat) explique : « Nous avons une politique de mise en stage de gynécologie de tous nos étudiants du 2e cycle. Cela représente des effectifs conséquents et pose parfois des problèmes de logistique. Ceci peut expliquer que nous proposions aux internes cette durée de stage de 3 mois au lieu de 6 ». Du côté de l’Isni, en revanche, on ne voit pas d’explication de ce type pouvant expliquer le moins bon classement nantais.

D’autres motifs plus sensibles passés sous silence ?

Plusieurs affaires de harcèlement ont fait grand bruit au CHU de Nantes ces derniers mois (mais de nombreux autres CHU sont aussi concernés) et les responsables pédagogiques tentent de libérer la parole et s’en défendent en avançant au contraire le fait qu’elles ne soient pas cachées pour pouvoir mieux les prendre en charge. Ainsi, pour le Pr Karim Asehnoune, président de la CME du CHU : « Ces sujets polémiques menées sur le devant de la scène médiatique ont pu évidemment refroidir des néo internes. Mais on travaille au contraire activement sur ces sujets, c’était dans ma profession de foi. A l’hôpital, on n’a pas avancé suffisamment vite par rapport à la société. ». A ainsi été tout récemment créée une nouvelle Commission de Vie Hospitalière et un nouvel élan est donné à celle d’Éthique et de Déontologie. Multidisciplinaires, elles sont composées de représentants d’étudiants, de responsables pédagogiques facultaires, de professeurs universitaires variés, ainsi que de médiateurs externes. Pour ne plus laisser s’enliser des situations de souffrance au travail et encadrer de la meilleure façon possible les signalements d’abus, instruits à la fois par la faculté et l’hôpital, avec un retrait exprès de l’étudiant avant la mise en place d’actions concrètes, de la discussion à l’amiable entre protagonistes à la décision disciplinaire voire juridique. « Et ainsi ne pas détruire les services hospitaliers, mais permettre un accompagnement managérial de tous les décideurs pour avancer à la même vitesse que la société. » Par ailleurs, les problèmes récurrents de manque de personnel soignant ces dernières années et les fermetures de lit entraînent des conditions de travail dégradées pour les internes et médecins dans les services concernés. C’est vraisemblablement un élément qui peut peser dans la balance.

Enfin, le projet de déménagement du CHU sur l’île de Nantes fait couler beaucoup d’encre. Parmi ses opposants, certains médecins nantais critiquent ouvertement les fermetures de lit prévues dans le cadre de ce transfert. Cependant, ces critiques sont contrebalancées par l’argument majeur de recrutement que représente le fait de réunir sur un même site, en plein centre-ville, deux grands pôles hospitaliers aux locaux vieillissants éloignés géographiquement ; et pourtant complémentaires. En effet, le CHU de Nantes est le seul exemple national d’un service d’urgence se trouvant à 10 km de celui de neurochirurgie et de chirurgie cardio-thoracique. Ainsi, selon Karim Asehnoune, « le futur CHU au niveau de l’île de Nantes est au contraire un booster de la démographie médicale avec des jeunes médecins trouvant ce projet très séduisant, je perdrais la moitié de mes futurs effectifs d’anesthésistes réanimateurs s’il n’avait pas lieu ». Néanmoins, personne ne peut prédire les futurs classements et Pascale Jolliet se veut confiante : « Je ne suis pas inquiète. Nous avions un excellent classement les années précédentes. Les places peuvent varier d’une année à l’autre, sans que cela soit significatif ». Des propos confirmés par Karim Asehnoune : « Ce n’est pas une tendance, c’est un évènement ponctuel. Ce n’était pas auparavant un paradis et désormais un purgatoire, il n’y a pas selon moi de modification profonde à la faculté de Nantes. »

Innovations à Nantes, pour ne plus jamais avoir le Seume !

A saluer, l’élaboration par des élus étudiants d’un questionnaire seume (pour système d’évaluation unique du mal-être étudiant), évaluant a l’aide d’échelles rigoureuses de psychiatrie et de médecine du travail les risques psycho sociaux, les sentiments de violence et de stress, ainsi que le dépistage de la dépression et de l’anxiété.

Tout récemment mis en place, il recueille des données objectives permettant de mesurer une moyenne du bien-être des étudiants en santé, pouvant servir de référentiel lors d’un signalement d’alerte. De façon plus systémique encore, il est par la suite envoyé aux étudiants des semestres précédents et actuels dans ce même lieu de stage, pour détecter des anomalies de fonctionnement ou d’encadrement, de façon anonymisée. Présenté à l’Isni en janvier, il a été adopté pour être élargi  à l’échelle des internes. Le Pr Pierre Pottier, vice-doyen à la pédagogie, et également référent local du CNA (Centre National d’Appui à la qualité de vie des étudiants en santé), a plus d’une corde à son arc : « Nous sommes la première faculté à avoir recruté un coach professionnel qui prend en charge les étudiants pour des problématiques allant de la difficulté d’orientation au développement de compétences pour améliorer son bien-être en stage. Notre slogan : réussir en étant bien. » Et il vise à monter un travail de recherche à l’image de la récente étude publiée dans le JAMA en 2019.

Enfin en Septembre 2020, l’université de Nantes a eu l’honneur d’être sélectionnée comme « Université Européenne » dans le réseau EUNIWELLL de la Commission européenne. Ce projet renforcera les collaborations internationales dans le domaine de la recherche et de l’enseignement sur ces thèmes de bien-être individuel et social et de formation des enseignants. Selon Pierre Pottier, « cette structure permettra également de récupérer des fonds pour mettre en place d’autres innovations telle que, dans un futur idéal, la véritable création de services identifiés à l’intérieur du CHU regroupant des coaches, des psychologues et des professeurs, facilitant à la fois le parcours et la qualité de vie des internes … de Nantes ! »

 

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