Avant-première : L'affaire SK1

Ciné week-end : La traque du tueur de l'Est parisien racontée au cinéma. Sortie le 07/01/2015

L'affaire SK1 est un film qui adopte le regard distancié du documentaire tout en étant traversé de moments d'une intensité rare.
Il démarre sobrement, au risque de piétiner, à l'image de l'enquête qu'il relate. Il s'attarde volontiers sur des étapes peu glorieuses inhérentes au travail policier, et quand l'histoire semble s'emballer c'est pour mieux nous mener vers une fausse piste. On craint l'ennui...
Et ce ne sont pas les premières scènes de prétoire, un brin ampoulées, qui nous rassurent - le film est construit sur l'alternance de deux chronologies, celle de l'enquête de et celle du procès de Guy Georges, dix ans plus tard.

C'est presque insidieusement que le film nous embarque, pour ne plus nous lâcher. Il faut dire que le metteur en scène, malin tout en restant dans une volonté didactique, sait quand distiller des instants de bravoure. A l'instar du premier d'entre eux, point de basculement du récit: la tentative d'assassinat de la jeune Elisabeth par Guy Georges. La tension y est tout bonnement insoutenable et illustre parfaitement les choix apparemment paradoxaux mais véritablement complémentaires du réalisateur: de tous les passages à l'acte de "SK1", c'est celui n'engendrant ni le viol ni la mort de sa victime qui sera montré, disséqué, l'horreur crue des photos de scènes de crime aperçues en début de film agissant à rebours. Une volonté constante de conserver une pudeur respectueuse des victimes associée à un sensationnalisme assumé - et efficace! - quand cela s'impose, sans jamais qu'une démarche ne décrédibilise l'autre.
Les autres sommets du film, distillés crescendo, sont tout autant réussis.

Deux remarques pour finir. La première pour encenser le jeune acteur qui joue Guy Georges, Adama Niane. Il sait se montrer tour à tour glaçant et profondément émouvant, notamment lors des deux scènes d'aveu, aux antipodes l'une de l'autre et intelligemment mises en perspective, résumant de façon fulgurante la double personnalité de Guy Georges, prédateur implacable et enfant à jamais blessé.
La  seconde concerne la place laissée aux femmes. Peu nombreuses, interprétées par des actrices connues ou non, elles ont toutes en commun une extrême combattivité et portent sur leurs épaules les plus beaux moments du film. Que ce soit Nathalie Baye qui "accouche" l'humain derrière la bête, Christa Théret qui ne se laisse jamais abattre sauf quand elle réalise sa tragique méprise, Chloé Stefani qui irradie par l'intensité de son jeu au sein d'une équipe très masculine, elles sont toutes excellentes. Sans oublier Marianne Denicourt dans un rôle à poigne bref mais marquant, et qui après Hippocrate réussit un come-back épatant. Dans "L'affaire SK1", à aucun moment la femme n'est une victime. Un choix tout sauf anodin.

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Guillaume de la Chapelle

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