Avant-première: La Porte d'Anna, de P. Dumont et F. Hébrard

Voyage en terre méconnue: le quotidien d'un service de pédopsychiatrie (sortie le 3 juin 2015)

D'emblée le film affiche son ambition: capter des instants de vie, d'où peut-être jaillira une vérité, du moins une compréhension, auprès de jeunes enfants atteints de troubles autistiques ou psychotiques sévères, ces troubles "envahissant le développement", terme illustrant si bien l'irruption plus ou moins rapide de la maladie psychiatrique à un si jeune âge. C'est d'ailleurs ces enfants, dont les prénoms s'égrènent en une jolie liste au début du film, qui sont au centre du dispositif (les soignants, s'ils ne sont jamais loin - cadre de soins strict oblige - ne seront pas nommés, même lors d'interviews). "La Porte d'Anna" s'attarde longuement sur eux, et nous offre, plus que des descriptions cliniques, des portraits d'une humanité rare. 

Il est à noter la belle ambition cinématographique, pas si fréquente dans les documentaires (cf. le ciné week-end de la semaine dernière), des réalisateurs, qui transcendent diverses scènes du soin quotidien en éclats de poésie, aidés en cela par le naturel - non exempt de cabotinage! - de leurs jeunes acteurs et la voix souvent douce et posée d'adultes bienveillants. De même, le travail autour de la façon de filmer les enfants semble tout sauf anodin, et les différents mouvements de caméra épousent leur pathologie: plans resserrés, complices, jeux avec la caméra quand le lien à l'autre est conservé, voire important; plans séquence, immobilité et distance respectueuse quand, pris par l'hermétisme de troubles plus profonds, ils captent la "folie" dans son mutisme et sa violence.

De cette dimension cinématographique naît cependant une frustration, renforcée par une relative absence, celle de la pédopsychiatrie. Mise "à la porte", elle n'apparaît pas dans son actualité et semble figée dans une immuabilité gênante - le même film aurait pu être tourné il y a trente ans -. Les quelques interventions de psychiatres sont d'ailleurs assez peu éclairantes, quand les incursions dans le domaine de la psychopathologie ne sont pas carrément fumeuses. Là encore il s'agit probablement d'un choix de réalisation, mais on aurait aimé que cette "clinique cinématographique" des troubles psychiatriques de l'enfant soit soutenue par un discours pédagogique.

Source: 

Guillaume de la Chapelle

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