Au médical training center, on sait mixer simulation comportermentale et procédurale

Simation médicale
Savoir mixer les simulations

Au medical training and testing center du CHU de Rouen, on dispense des formations pour tous les médecins et soignants en combinant simulation comportementale et procédurale. Tout en mettant à disposition son plateau technique, pour que de petites PME viennent tester leur dispostifs médicaux. Entretien avec Philippe Grise, directeur de ce centre novateur. 
 

WUD. Comment définissez-vous les simulations mixtes que vous développez actuellement ? 

P. G. Il s’agit de former des équipes à bien répondre à des situations particulières d’urgence sous forte pression. Par exemple, une hémorragie lors d’une chirurgie assistée par un robot… Chacun doit savoir exactement ce qu’il a à faire, comment communiquer avec les autres professionnels, etc. Nous proposons un scenario, sur 20 minutes, avec debriefing, réflexions sur les points forts, les points faibles, les possibilités d’amélioration. Ce sont des méthodes très efficaces, et qui ont permis au secteur aéronautique de diminuer fortement son accidentologie.

Il s’agit de former des équipes à bien répondre à des situations particulières d’urgence sous forte pression.

On peut les appliquer sur tout type de situation, même des gestes apparemment simples, comme une biopsie que le patient ne supporte pas. Et puis nous continuons le développement de notre plate-forme d’enseignement de la robotique, notamment en chirurgie et en procédures cardio. Nous avons élaboré un parcours par niveau avec des objectifs à chaque étape. On commence à former avec des simulateurs basse fidélité, puis on passe sur des dispositifs plus sophistiqués, voire sur des animaux. Nous sommes l’un des deux centres français, avec Nancy, à disposer d’un vrai robot chirurgical pour cette formation.

WUD. Les nouvelles technologies sont-elles indispensables au développement de la formation par simulation ?

P.G. Les technologies de pointe accompagnent les technologies les plus simples. En simulation, Il faut faire ses armes sur des outils simples, des simulateurs basse fidélité, en ayant bien réfléchi aux objectifs à atteindre. Puis on passe aux technologies plus élaborées (qui reproduiront plus fidèlement le fonctionnement et les réactions du corps humain). Tout cela est accompagné par des technologies de communication assez basiques pour la simulation comportementale (caméra, régie, matériel de prise de son…).

Mais il faut surtout « du matériau intellectuel » : l’écriture de scénario, la gestion du debriefing, cela nécessite des compétences et des formateurs préparés à la simulation. Les technologies les plus sophistiquées ne remplaceront pas l’humain. Et là, nous risquons d’être prochainement confrontés à un autre problème : la disponibilité en formateurs. Notre centre a entamé une réflexion sur ce point. Il nous faudra peut-être faire appel à des volontaires seniors, des professionnels en deuxième partie de carrière. On peut également imaginer développer de nouveaux métiers ou des coopérations infirmières. Une réflexion générale sur les ressources humaines en formation devra être menée à un niveau national.
 

Nous sommes très prudents avec la réalité virtuelle ou la réalité augmentée
 

WUD. Et quid de la réalité virtuelle ?

P.G. Pour l’instant, nous sommes très prudents avec la réalité virtuelle ou la réalité augmentée. Ce sont des technologies très coûteuses, et elles ont encore du mal à reproduire la rapidité du geste humain ou la fidélité des sensations (notamment sur ce qu’on appelle le retour de force). Pour les déployer, il faut attendre qu’elles s’améliorent.

WUD. Comment se situe la France par rapport à d’autres pays équivalents en matière de formation médicale par la simulation ?

P. G. La France est plutôt bien placée. Nous avons eu les centres d’enseignements de soins d’urgence (Cesu) dès 1991. La Haute autorité de santé (HAS) a publié trois rapports depuis 2012, des travaux très denses. Et les facultés de médecine ont commencé à développer les examens cliniques par objectifs structurés, qui mettent l’étudiant en situation. Enfin, une société savante se structure depuis 2015, la SoFraSims. On dénombre 48 centres de simulation en France, qui composent un socle de formation à la fois initiale et continue, médicale et paramédicale. Il reste encore une énorme marge de développement. Nous ne sommes qu’au début de la formation par simulation. Et l’évaluation suivra.

Demain, avant d’opérer une appendicite, il faudra qu’un chirurgien ait validé sa formation au geste via un simulateur qui évaluera une dizaine d’items. Dans un futur proche, peut-être d’ici dix ans, on peut aussi imaginer une certification ou recertification des professionnels déjà installés. Il faudra alors développer toute une pédagogie pour les professionnels en poste. Je ne pense pas qu’il sera difficile de convaincre les médecins. Dans l’ensemble, il y a un désir de mieux faire et d’apprendre. Et puis quand ils verront l’amélioration du niveau des jeunes professionnels… En revanche il faudra mettre en place un accompagnement : indemnisation du temps de formation/évaluation et encadrement.

Portrait de Sandra Mignot

 

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