Asthme soeurs

Ciné week-end : Coup de blues ?

Pour sa deuxième réalisation, Mélanie Laurent se confronte à un genre casse-gueule : l'étude de cas. Et si elle retrouve à quelques moments l'atmosphère onirique toute en douceur des "Adoptés", son premier film, c'est pour mieux la faire exploser par la suite, tant le scénario, redoutablement efficace, évolue vers une noirceur inattendue.

Il faut remercier cette jeune actrice-réalisatrice, dont le prétendu narcissisme est régulièrement moqué, d'oser être qui elle est, faire ce qu'elle veut et surtout ce qu'elle sait faire, et choisir un tel sujet. Car oui, dans un tel contexte, traiter de la perversion narcissique pourrait être un joli pied de nez à ses détracteurs. Pourtant pas de second degré dans sa démarche, son professionnalisme ayant l'exigence appliquée de ceux qui ne sont jamais loin du sentiment de ne pas mériter ce qui leur arrive. On sent bien que le sujet du film a une résonance particulièrement intime pour elle. 
C'est principalement pour cette absence de dérision, ou de regard "adulte", que "Respire" est réussi, car il colle du début à la fin à l'émotionnalité brute, sincère et sans concession de l'adolescence. Le choix d'une fin dramatique, que l'on taira - sauf pour dire que le titre du film constitue tout autant un indice qu'une fausse piste - permet de rappeler que cette période de la vie flirte bien souvent avec la mort.

Reste le fond du film, sa crédibilité dans la description psychologique de la perverse Sarah et de la victime de son emprise. Ce duo qui vire au duel, dirigé et interprété de main de maître, révèle une dissonnance intéressante qui rend le film un peu plus original qu'il en a l'air. D'un côté le personnage de Sarah, dont le comportement et l'évolution sont décrits cliniquement, presque scolairement, s'inscrivant parfaitement dans l'efficacité "à l'américaine" de la réalisatrice ; de l'autre celui de Charlie, sa passivité consentante dont on devine, plus qu'on les comprend, les raisons et les ressorts. Cette suggestion, cette pudeur aussi, renvoient à une démarche plus intérieure, un cinéma plus "européen".
 
Même si son environnement est beaucoup plus exploré que celui de Sarah, Charlie garde une part de mystère, de non-dits - parce que non véritablement compris d'elle-même sans doute. Dès les premières images, on sent d'ailleurs qu'elle n' "existe" pas à elle-même. A cet égard le choix de l'affubler d'une maladie asthmatique, symbole d'une émotionnalité inhibée voire étouffée jusque dans les mouvements respiratoires, est particulièrement bien vu !

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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