Antibiotiques à l’hôpital : même si c’est un peu mieux, c’est encore beaucoup trop  

Si la prévalence de l'antibiothérapie a diminué de 1,2% depuis 2012, les établissements de santé sont encore loin du bon usage, en matière de consommations d'antibiotiques, en France. 

 Tous les cinq ans, l’enquête nationale de prévalence des infections nosocomiales et des traitements anti-infectieux en établissements de santé fait le point sur la consommation d’antibiotiques un jour donné (entre le 15 mai et le 30 juin 2017) dans 403 établissements et pour un total de 80 988 patients. Le cru 2017 présenté fin décembre à l’occasion du Congrès 2018 de la Ricai (réunion interdisciplinaire de chimiothérapie anti-infectieuse) est une fois de plus décevant(1) : même si la prévalence de l’antibiothérapie a diminué de 1,3 % depuis 2012, on est encore loin du « bon usage » préconisé en France.
 
8,1 à 50,3 % des patients sous antibiotiques
Le jour analysé, 15,4 % des patients recevaient un anti-infectieux : 98,3 % un antibiotique, 5 % un antifongique. C’est chez les plus jeunes et les plus âgés que le recours aux anti-infectieux est le plus important : respectivement 18,6 % des 1-14 ans hospitalisés et 17,4 % des 65-84 ans.
Dans certains services d’hospitalisation, le recours aux antibiotiques était encore plus important : 24 % en court séjour, 50,3 % en réanimation. Seul bons élèves, les SSR (soins de suite et réadaptation) qui ont diminué leur prescription de 20 % en cinq ans (8,1 % des patients).
 
Quelles familles, quelles indications et quelles voies ?
Les pénicillines restent les « stars » de l’antibiothérapie avec 32,4 % des prescriptions (dont 17,9 % pour l’association amoxicilline/acide clavulanique), suivies par les C3G (18,2% dont 11 % pour la ceftriaxone) et les fluoroquinolones (12 %).
54,9 % des antibiotiques étaient prescrits pour lutter contre une infection communautaire : pneumopathies (23 %), infections urinaires (11,9 %) et infections intra-abdominales (11 %). Viennent ensuite les prescriptions pour infections nosocomiales (27,3 %), l’antibioprophylaxie chirurgicale (7,5 %). Dans plus de la moitié des cas, les molécules étaient administrées par voie veineuse (53,6 %) alors que la voie orale restait minoritaire (42,9 %).
 
Un respect du bon usage OMS ?
L’un des points qui ressort de l’enquête reste que les médecins français ne suivent pas les recommandations OMS en matière de prescription d’antibiotiques. Ainsi, les doses journalières prescrites étaient généralement supérieures à celles recommandées (dans 90 % des cas par exemple pour l’amoxicilline). Par ailleurs, dans 20 % des cas, la durée totale de prescription dépassait 7 jours (contre 10 % pour les recommandations du programme national d’actions de prévention des infections associées aux soins).
Doit-on conclure que la situation en France est décevante en dépit des campagnes de sensibilisation auprès des médecins hospitaliers ? Non, pas vraiment car elle s’est sensiblement améliorée depuis 2012. Reste que le message de bon usage devra être repris si l’on souhaite se rapprocher au plus près des recommandations de l’OMS et des sociétés savantes dans ce domaine.  
 
1- Daniau C (Saint Maurice).Traitements anti-infectieux en établissements de santé : résultats de l’enquête nationale de prévalence 2017. Communication CO-087. Session Optimisation de l’antibiothérapie : de la ville à l’hôpital.  RICAI 2018.
 
 
 

Portrait de Isabelle Catala

 

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