Tribune d'un interne : « Médecins, internes, engagez-vous quel que soit le parti, le syndicat, le mouvement, pour la médecine de demain ! »

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Adrien Haas-Jordache est interne en 5e semestre de médecine générale, actuellement en année de recherche pour réaliser un Master 2 "Santé Environnement Politique" à Science Po Strasbourg. Et dans le cadre de cette fin de négociations conventionnelles, et consterné par leur enlisement, a voulu partager cette tribune : Médecin et politique : opposition ou incompréhension ?

Tribune d'un interne : « Médecins, internes, engagez-vous quel que soit le parti, le syndicat, le mouvement, pour la médecine de demain ! »

Adrien Haas-Jordache, un interne engagé.

© DR.

« Sauf coup de théâtre, la convention médicale ne sera pas signée. Bien qu’il y ait eu des précédents, celui-ci risque d’être particulièrement difficile à surmonter tant le débat public est polarisé entre deux parties irréconciliables. Les derniers remparts de la médecine libérale tombent les uns après les autres, notamment du fait du manque de travail politique accompli ces dernières années.

On pourrait se demander quels chemins ont mené à la situation actuelle, chercher des coupables…  Mais les raisons sont plus profondes que de simples renvois de responsabilités : depuis longtemps la médecine libérale n’a plus de relais politiques !

« Depuis longtemps la médecine libérale n'a plus de relais politiques ! »

Henri Bergeron, dans son ouvrage Sociologie Politique de la santé, apporte les pistes nécessaires à une prise de conscience collective des médecins : “il y a une lutte juridictionnelle forte (...) entre les économistes de la santé, les managers et chercheurs en gestion et les médecins, voire les représentants de patients pour déterminer qui peut légitimement revendiquer l'autorité sociale et culturelle afin d’énoncer ce qu’est la meilleure organisation des soins”. (1)

La médecine libérale dans laquelle nous travaillons est au milieu d’un désert, sans boussole ni relai politique. Cela nous est pleinement préjudiciable au regard de la multiplicité des acteurs revendiquant la compétence d'organisation du système de santé. Si lutte il y a, ce n’est certainement pas la voix de la profession médicale qui pèsera aujourd’hui.

Affaiblis par les décisions de réduction du nombre de médecins (que nos pairs ont soutenues, voire encouragées il y a 40 ans !), la jeune génération paye aujourd’hui le lourd tribut de ces errements. La diminution drastique de la population médicale, associée au manque d’engagement en politique du monde libéral depuis une vingtaine d'années, ont fragilisé la défense des intérêts de la profession. Les médecins se sont recentrés légitimement sur la professionnalisation du soin au détriment de la défense de notre maison commune.

En effet, qui peut citer un politique de premier plan des vingt dernières années qui ait été un médecin libéral, à fortiori médecin généraliste et non hospitalier ?

L’arène publique parlementaire a longtemps permis, à tort et à raison, aux médecins d’avoir des relais afin de peser sur les décisions les concernant (l'amendement sénatorial sur le futur paiement des consultations non honorées en est un exemple).

Si nous avons (et pour combien de temps encore ?) des politiques “médecins”, aujourd’hui leur isolement vis à vis des différents corps de la profession, notamment les Syndicats et les Unions Régionales des Professionnels de Santé, ne permet plus d’organiser la défense de notre système de soins ainsi que sa mutation pour les décennies à venir.

Si les médecins forment toujours aujourd’hui un groupe d'intérêt (que certains affublent de corporatisme), ils ont perdu l'envie d’être des entrepreneurs de leurs réalités. Désormais la volonté d'engager des réformes pour l'évolution de notre profession, de porter nos propositions au niveau de l’arène politique est noyée par la surcharge de travail occasionnée par le maintien d’un système de soins à bout de souffle. Comment voulez-vous construire de manière démocratique, par le débat public, la santé de demain, sans prendre en compte les craintes des principaux intéressés ?

« Alors aujourd’hui, s’il est un cri à lancer à la jeune génération c’est bien celui-ci : Engagez-vous ! »

S'il appartient à chacun de se positionner sur ce qu’il pense des revendications du mouvement “Médecin pour demain”, celui- ci aura sur la forme fait des négociations conventionnelles une véritable “mise à l’agenda” de revendications issues de la base pour défendre notre système de soins et de redonner aux syndicats l’étincelle du combat.

La survie de la médecine libérale est désormais enfermée dans un “rapport de force” symbolique entre économistes de la santé, administratifs et professions paramédicales qui exploitent pleinement la “fenêtre d’opportunité” que leur offrent les déserts médicaux. La légitimité de notre voix ne pourra se maintenir dans le temps que d’une seule façon : l’engagement de chacun dans nos organisations syndicales, ordinales ainsi que politiques. Cela nous permettra de rester maître de notre destin.

Alors aujourd’hui, s’il est un cri à lancer à la jeune génération c’est bien celui-ci : Engagez-vous ! Engagez-vous quel que soit le parti, le syndicat, le mouvement ! Engagez-vous en politique pour défendre notre système de soins ! Engagez-vous maintenant pour la médecine de demain ! »
 

Adrien Haas-Jordache
Représentant des internes à la CSOS et à la CRSA de l'ARS Grand Est
Ancien Vice-Président en charge de la représentation et des droits des internes de la subdivision de Strasbourg (SAIA)
Ancien Vice Président de l'Intersyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale (ISNAR-IMG)
Elu UFR 3ème cycle Faculté de Médecine de Strasbourg

Source:

(1) BERGERON Henry, CASTEL Patrick. Presses universitaires de France (PUF) | Livres, Manuels et Revues [En ligne]. Sociologie politique de la santé ; 2018. Disponible : https://www.puf.com/content/Sociologie_politique_de_la_santé
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