Système de santé : La réflexion est lancée

Silence, ca concerte

Dans un discours à l’Hôpital Simone Veil d’Eaubonne (Val-d’Oise), le Premier ministre a présenté ce matin les grandes orientations de la transformation qu’il souhaite imposer au système de santé. Accompagné de la ministre de la Santé, il a lancé une concertation qui devrait aboutir avant l’été.

« Les attentes sont fortes et elles nécessitent d’agir avec méthode et célérité. » Dans un texte accompagnant la présentation de la stratégie du Gouvernement, Agnès Buzyn reconnaît que le sujet ne peut plus attendre. Pourtant, le Premier ministre a seulement lâché les grandes lignes de son plan de réformes ce mardi.

Le patient, le cap

Mais en préambule, le Gouvernement a présenté son constat et analysé les faiblesses de notre système de santé. Première d’entre elles : un trop faible investissement dans la prévention. Et le Premier ministre de rappeler qu’il a, dès sa prise de fonction, engagé « des décisions fortes sur deux sujets majeurs : les vaccins et le tabac ». La difficulté d’accès aux soins sur certains territoires est également pointée du doigt : « une vraie angoisse collective pour beaucoup de nos compatriotes », estime Edouard Philippe.

Pour les rassurer, le Premier ministre souhaite que le patient soit « le cap » de la transformation du système de soins, car il doit « plus que jamais être au centre des réflexions et des évolutions à venir », détaille le ministère de la Santé dans son dossier.

Mieux soigner, mieux réparer les vivants

Et en introduction de sa prise de parole, le Premier ministre s'est voulu poète. Pour lui, « la conscience nue de son existence » - expression tirée de l’ouvrage de Maylis de Kerangal « Réparer les vivants » -, c’est « ce que l’on ressent quand on pénètre dans un hôpital ». Edouard Philippe a profité aussi de l’occasion pour évoquer Simone Veil, dont l’hôpital d’Eaubonne porte le nom. « Pour elle, les obstacles peuvent collectivement et individuellement être évités (...) Inspirons nous d’elle », a-t-il rappelé. 

Concrètement, le Premier ministre a annoncé le lancement de nombreuses concertations et exposé son calendrier en détails. Et Agnès Buyzn a du pain sur la planche : elle devra présenter avant l’été une feuille de route détaillant les réformes à venir quand à la « transformation du système de santé ».

Avant de réfléchir, il faut réfléchir

Sur le numerus clausus par exemple, rien de figé. « Est-ce qu’il faut le supprimer, je n’ai pas d’avis à ce stade, mais je suis certain qu’il faille réfléchir », a répondu le Premier ministre à une question posée à l’Assemblée nationale ce mardi après-midi. On l'a compris, le Gouvernement veut réformer, mais comment ? Sur la qualité des parcours de soins, la HAS (1) devra proposer des indicateurs « sur les dix pathologies les plus fréquentes ».

Sur la pertinence des soins, la ministre attendra les propositions des institutions compétentes -  notamment la HAS, la Sécu ou le Collège de médecine générale -, « d’ici l’été 2018 ». Sur la réforme du financement, en particulier de l’hôpital public, le Premier ministre a rappelé l’engagement du Président de la République de ne pas dépasser 50 % de tarification à l’activité (T2A). Mais rien n’est fait : il attendra lui aussi les propositions de la « task-force » créée auprès d’Agnès Buzyn et dirigée par le directeur de la DREES (2), « d’ici la fin de l’année 2019 », sur de nouveaux modèles de financement.

Le plus dur débute maintenant

Enfin, la ministre de la Santé devra elle aussi formuler « avant l’été des propositions pour améliorer la régulation de l’ONDAM (3) ». Mais ce n’est pas fini : sur le numérique, une mission « E-santé » est créée. Et sur le service sanitaire des étudiants en santé, le Gouvernement attendra le rapport du Pr Loïc Vaillant avant de se prononcer. Dernier chantier annoncé, la simplification du « carcan administratif qui entrave l’action et retarde l’innovation », là encore, une mission sera lancée dans les prochaines semaines.

Ainsi, si le Gouvernement est plein de bonnes intentions, le plus dur débute maintenant. La concertation, ouverte aux professionnels de santé et aux patients, se déroulera à partir de mars, jusqu’à mai, et sera en partie sur Internet. Les hospitaliers attendaient des actes, il devront d’abord plancher. Edouard Philippe, écrivain dans l’âme, aurait-il trop lu La Fontaine ? « Vous chantiez ? Et bien, proposez maintenant ! »

(1) HAS : Haute autorité de santé

(2) DREES : Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques

(3) ONDAM : Objectif national de dépenses d'assurance maladie

Source: 

Thomas Moysan

Portrait de La rédaction

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