SmartMedicase, un mini SAU dans une mallette

Une start-up lance une valise connectée qui permet des téléconsultations même dans les zones blanches.

C’est une mallette d’un orange incertain. Pourtant à l’intérieur, ce concentré de technologies pourrait être une solution aux déserts médicaux et numériques. Conçue pour intervenir dans l’urgence, la SmartMedicase est équipée d’un routeur, de capteurs vidéo et d’un électrocardiogramme connecté. Après une phase expérimentale de deux ans, la start-up Alrena Technologies présentera son équipement médical en novembre.
 

Zone rurale

Cette aventure est née au sein de l’hôpital de Périgueux. Ici, le personnel manque, peut-être plus qu’ailleurs. “En zone rurale on cumule le manque de moyens, de personnel et de connexion internet”, raconte Vincent Lacoste à l’origine du projet. Pour que les urgences tournent correctement, il faudrait le double de soignant.e.s. Résultat, les heures s’enchaînent et la fatigue aussi. Régulations Samu, interventions en extérieur ou aux urgences… “On est polyvalent”. Fort de ce constat, l’urgentiste occupe son temps libre à réfléchir à une solution. “On savait que la situation n’allait pas s’améliorer, que l’on n’aurait pas plus de bras, donc à moment donné, on fait comment ?” Comment juger sur un simple appel si la personne qui rencontre des douleurs thoraciques fait une crise cardiaque ou est victime d’angoisses. “Certain.e.s minimisent d’autres au contraire exagèrent.”. 

420 000 euros

Avec Guillaume Hubreght, assistant de régulation médicale et responsable technique du Samu, ils décident alors de faire le tour des acteurs du secteur et voir ce qui existe. Devant l'absence de solutions, en 2015 ils lancent leur start-up, Alrena Technologies. Dans la foulée, ils lèvent 420.000 euros auprès de leurs proches. “Cette ‘love money’ provient à 50% d’actionnaires issus du monde médical”, ajoute Julia Barrel, directrice de projet d'Alrena Technologies. Pour répondre à l'absence de données mobile dans certaines zones, la start-up s’équipe de technologie militaire. Un routeur additionne l’ensemble des réseaux pour recréer une bande passante. “Si le signal baisse, la qualité de la vidéo envoyée en direct diminue, mais ne coupe pas”, explique Vincent Lacoste. 

Téléconsultations

Une aubaine pour le nord du département où la distance avec les premiers services de soins s’accentue encore plus. Dans ces coins reculés, les pompiers volontaires de Dordogne acceptent de tester ce dispositif médical en situation réelle, dès novembre 2017. “ C'était assez drôle”, continue Vincent Lacoste. On est arrivé chez eux, on a ouvert la mallette. J’ai dit ‘c’est prêt ça tourne’. Et là, ils ont halluciné”. En binôme et avec le Samu en télécommunication, les pompiers ont arpenté les routes du département. “C’est très intuitif comme outil”, raconte un infirmier sapeur-pompier volontaire qui a préféré rester anonyme. “Un seul bouton suffit à allumer la mallette. On est aidé sur place dans nos gestes et à l’autre bout, c’est un véritable plus pour le médecin régulateur qui voit la situation clinique et reçoit l’électrocardiogramme”. Avec cette mallette, les passages aux urgences ont été réduits de 30 % (cas traités sur le terrain et réorientations). Pour les douleurs thoraciques, lors d’un focus réalisé début 2019, 90% des sorties du Smur ont ainsi été évitées. “Même nous, nous ne nous attendions pas à de tels résultats”, ajoute Vincent Lacoste. Quant à la suite, la petite start-up espère devenir une pépite en se positionnant sur le marché des téléconsultations.

Portrait de Elodie HERVE

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