Rencontre avec Vero Cratzborn, réalisatrice engagée

Pour Vero Cratzborn, dont le joli film « La forêt de mon père » est sorti le 8 Juillet, le cinéma est un art mais aussi un engagement militant. Des bancs de la Fémis (très prestigieuse école de cinéma) aux longues heures de préparation à l’hôpital psychiatrique, son premier long métrage fait caisse de résonnance dans le milieu de la santé mentale.

WUD : La forêt de mon père, dont le sujet est la décompensation psychotique d’un père de famille, porte un regard très particulier sur ce sujet, loin des fantasmes hollywoodien à la « Split ». Comment l’avez vous pensé?

Vero Cratzborn : Ce film est né d’une envie de cinéma, et donc pas à réduire uniquement à quelque chose de personnel. Sa construction narrative repose sur la trajectoire du personnage principal, une adolescente de 15 ans, mais aussi de toute sa famille. Mais ces aspects artistiques reposent aussi sur un engagement militant et associatif.
 

WUD : Plusieurs scènes sont tournées en effet dans un hôpital psychiatrique, lieu parfois réputé difficilement pénétrable par la caméra. Comment avez vous fait ?

VC: J’avais déjà réalisé plusieurs projets filmiques dans le cadre de résidences artistiques « Culture et santé » (ARS-DRAC) en partenariat avec des EPSM (Paul Guiraud et Ville-Evrard) et des associations, je savais donc où je mettais les pieds. Tout au long de l’écriture du scénario mais aussi pour le travail préparatoire avec les acteurs, j’ai collaboré avec des professionnels de santé comme Hélène Davtian (PhD) ou Frédérique Van Leuven, psychiatre entre autres. Cela a rassuré l’EPSM de Bailleul sur le côté éthique de ma démarche. Pour le tournage du film, on est resté relativement longtemps sur place, ça laisse le temps aux équipes du tournage, soignantes et aux soignés, de s’apprivoiser. Cela s’est fait en parfaite harmonie et dans le respect de l’intimité de chacun. Les soignants sont interprétés par des comédien.ne.s mais conseillés par le personnel de l’hôpital par exemple. Nous avons travaillé avec des associations de personnes qui ont vécu des hospitalisations.
 

WUD : Quelles ont été les difficultés rencontrées ?

VC: Le montage financier a été assez long : on me faisait toutes sortes de remarques ! La psychiatrie fait peur, n’intéresse personne, ou on contraire ce n’est pas assez trash, le père n’est pas assez fou… Heureusement que coté acteurs, je n’ai pas rencontré ces réticences. Ils adorent ! Ludivine Sagnier m’a dit oui en deux jours, Alban Lenoir a été également très enthousiaste.
 

WUD : L’accueil du film a-t-il été à la hauteur de vos attentes ?

VC: Le film a été globalement bien reçu. Mais le plus important, c’est son accueil par le public. Je fais beaucoup de cinés rencontres, et reçoit des courriers très émouvants. Je ne m’attendais pas forcément à ce qu’autant de personnes soient touchées aussi personnellement par cette histoire, mais j’en suis ravie ! Hélène Davtian (PhD) et son équipe ont rédigé un formidable dossier pédagogique qui apporte un éclairage sur la question des enfants qui ont un proche en souffrance psychique qu’on peut se procurer ici :  dossier pédagogique
 
 La forêt de mon père fait encore l’objet de projection et rencontres à retrouver ici
 

Portrait de Jean-Victor Blanc

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