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À 25 ans, Raphaël Canonne affiche déjà un bagage associatif et international impressionnant. Le natif de Nouméa (Nouvelle-Calédonie) a multiplié les expériences à l’étranger, au Chili et au Japon, et les responsabilités associatives, de l’Anemf à l’Ifsma (la fédération internationale des étudiants en médecine).
Aujourd’hui en fin de 6e année de médecine à la Sorbonne Université, il a été sélectionné parmi des centaines de candidats pour intégrer le programme « Jeunes Délégués » du G20, le regroupement des principales puissances économiques mondiales. C’est dans ce cadre qu’il portera, du 11 au 14 août prochain, les propositions de la jeunesse mondiale sur les enjeux de santé publique, de sécurité alimentaire et de diplomatie sanitaire.
What’s up Doc : Comment en est-tu arrivé à représenter la France au G20 des jeunes ?
Raphaël Canonne : Mon engagement associatif a commencé au niveau local, dans la corporation des étudiants en médecine de ma faculté. L'année d'après, j'ai enchaîné au niveau national à l'Anemf où j'étais déjà en charge des questions internationales. Ensuite, je suis passé à la Fédération Internationale des Associations d'Étudiants en Médecine (Ifmsa), où mon rôle était de représenter les étudiants en médecine auprès de différents partenaires internationaux comme l'OMS, des ONG ou des gouvernements.
J'ai ainsi pu me rendre dans divers événements internationaux professionnels, comme l'Assemblée mondiale de la santé ou la COP, qui m'ont permis de développer des compétences sur les questions de santé globale et de diplomatie en santé. C'est ce parcours qui m'a permis d'intégrer, depuis janvier 2026, le programme « Jeunes Délégués » de l'Institut Open Diplomatie, qui envoie chaque année des délégués au G20 et au G7 des jeunes (Y20 et Y7). Ainsi, je me rendrai, avec quatre compatriotes, à Washington à la mi-août, en tant qu'expert sur les questions de santé globale et de sécurité alimentaire.
« Tous les dimanches depuis trois mois, j'échange avec les délégués des 19 autres pays »
Cette appétence pour la santé globale s'est-elle construite progressivement, ou l'avais-tu au début de ton parcours ?
RC. : J'étais curieux de savoir comment ça se passe ailleurs, venant moi-même d'un territoire ultramarin aux mœurs et au fonctionnement différents de la métropole. Au cours de mes études, j'ai ainsi pu partir six mois en Erasmus au Chili pour effectuer ma 4e année de médecine. Et plus récemment, j'ai demandé à effectuer un stage hospitalier à Tokyo, au Japon, qui est partagé entre la médecine traditionnelle japonaise et les urgences. Cette curiosité de voir comment on pratique la médecine ailleurs s'est naturellement retranscrite dans mes engagements associatifs.
Comment se sont construites les propositions que vous portez ? Le sommet Y20 étant l'aboutissement de propositions déjà formulées ces derniers mois…
RC. : Depuis janvier, après avoir été formés par l'Institut Open Diplomatie, nous sommes entrés en contact avec des experts des thématiques qui nous concernent (santé, IA, numérique, environnement...). Ensuite, pendant plusieurs mois, nous avons établi et challengé des propositions, d'abord en interne, puis avec la société civile, des universités et des IEP. L'objectif n'est pas de prétendre représenter l'intégralité de la jeunesse française de manière exhaustive, mais de porter des propositions représentatives, crédibles et concertées.
Ensuite ont commencé les pré-négociations internationales en ligne. Tous les dimanches depuis trois mois, nous échangeons avec les délégués des 19 autres pays du G20. L'enjeu est de rédiger le communiqué final, qui réunit l'ensemble des recommandations adoptées à l'unanimité par les délégués du Y20. Ce document est ensuite transmis directement aux chefs d'État en amont du sommet du G20, qui se tiendra à la fin de l'année. Le travail sur place à Washington consistera à finaliser les ultimes arbitrages et adopter officiellement le texte.
Est-il possible que, lors des débats finaux, le texte soit entièrement réécrit ?
RC. : En théorie, oui. Si un pays pose une ligne rouge et s'oppose fermement à une majorité de propositions, on ne peut pas les adopter puisqu'il faut un consensus. C'est arrivé une année précédente lors d'un Y20 en Afrique du Sud, où aucun communiqué n'avait pu être adopté. L'enjeu pour nous est de prouver que, malgré nos divergences, la diplomatie permet de trouver des terrains d'entente sur des sujets cruciaux comme la santé globale.
« La part des budgets globaux consacrée à la santé mentale stagne à 2%, nous voulons la fixer à 5% »
Peux-tu donner des exemples de propositions concrètes que tu portes ?
RC. : En premier lieu, il y a la santé mentale. C'est une problématique majeure, en particulier chez les jeunes. Alors que les discours politiques s'en emparent depuis 20 ans, la part des budgets de santé globale consacrée à la santé mentale stagne à environ 2 % au niveau international. Nous plaidons pour élever ce seuil minimal à 5 %.
Ensuite, sur l’obésité et la nutrition, nous proposons de taxer davantage les produits hyper-transformés, trop sucrés, salés ou gras, tout en détaxant les aliments à forte valeur nutritive pour que le produit le plus sain ne soit pas le plus cher. Nous demandons également l'obligation d'un étiquetage nutritionnel clair - type Nutri-Score - sur les produits alimentaires.
Enfin, sur les maladies non transmissibles, nous demandons la mise en place d’un prix minimum et d’une taxation progressive sur l'alcool et le tabac, ainsi que l'interdiction de la publicité et sponsoring liés à ces produits dans l'espace public et les transports. Cela concerne aussi les e-cigarettes ou « puffs », qui ciblent les plus jeunes pour créer des dépendances précoces.
https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/tout-le-monde-veut-rendre-obligatoire-le-nutri-score
N'as-tu pas l'impression de travailler un peu pour rien, sachant que les chefs d'État du G20 ne sont pas tenus de suivre vos recommandations ?
RC. : Ce sont des recommandations, les dirigeants ne sont effectivement pas obligés de les appliquer. Mais l'existence du Y20 montre une volonté d'accorder une place et une voix à la jeunesse. Par le passé, certaines propositions du Y20 ont eu un impact réel, comme la prise en compte de la santé mentale au lendemain du Covid-19. Notre rôle est de fournir un travail rigoureux, documenté et sourcé, pour prouver que les jeunes ne sont pas seulement les leaders de demain, mais aussi des acteurs pertinents d'aujourd'hui.
« Partout où j'ai voyagé, j'ai constaté une médecine de grande qualité »
Les mesures que tu portes concernent-elles aussi directement les étudiants en médecine ?
RC. : Elles s'adressent à la jeunesse au sens large, dont les étudiants en médecine font partie. Cela dit, mon parcours me rend plus sensible à certaines réalités, comme la question de la santé mentale, qui est particulièrement visible chez les étudiants en santé. Mais nos travaux couvrent des sujets communs à l’ensemble de la jeunesse.
Que t'ont appris tes stages à l'étranger sur les différents systèmes de santé et les manières d’exercer la médecine ?
RC. : J'y ai constaté partout une médecine de grande qualité, avec des professionnels très bien formés. En revanche, les systèmes d'accès aux soins diffèrent énormément. Au Chili, j'ai été marqué par la notion de « dépenses catastrophiques de santé » : des patients doivent vendre leurs biens ou s'endetter lourdement pour financer un traitement ou une opération. Cela fait prendre conscience de nos privilèges avec notre système solidaire français.
Au Japon, mon expérience en médecine traditionnelle m'a permis de déconstruire certains a priori. Là-bas, la médecine traditionnelle (dite Kampo) est une sur-spécialisation de 3 ans accessible uniquement après le cursus complet de médecine classique. Les médecins intègrent cette approche de manière complémentaire à la médecine scientifique, ce qui offre une prise en charge globale et différente du patient.
Au vu de cet engagement, t'orientes-tu vers une spécialité type santé publique ou pas du tout ?
RC. : C'est effectivement une possibilité. Mon choix final n'est pas encore arrêté, il interviendra d'ici un mois. J'hésite entre la santé publique, pour l'approche populationnelle, politique et globale, et la médecine générale, car j'aime l'aspect clinique et la relation individuelle avec le patient. Quoi qu'il en soit, je ferai en sorte de conserver au mieux ces deux casquettes tout au long de ma carrière, car, à mon sens, l'approche individuelle et l'approche collective de la santé se nourrissent mutuellement.
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