À 18 ans, Dr Jocelyn Nothomb tombe presque par hasard sur le site de Médecins Sans Frontières. Une photographie retient son attention : celle d’un chirurgien opérant sous une tente. Le déclic est immédiat. Il sera médecin et fera de la chirurgie humanitaire. « C’est vraiment très Walt Disney », reconnaît aujourd’hui celui qui partage son exercice entre missions humanitaires à travers le monde et le service de réanimation du CHU de Rennes.
« On ne fait strictement rien tout seul, encore moins les spécialités techniques comme les miennes, tout simplement parce que je ne sais rien faire de mes dix doigts sans mes instruments. »
Dès ses premières années d’étude, il se confronte à la réalité de sa vocation : rares sont les chefs de service de stage qui ont cette expérience, plus les années passent, moins ses camarades sont nombreux à vouloir exercer dans l’humanitaire et il n’est globalement encouragé par personne. « On vous dit souvent : "C'est bien les rêves, mais un jour, comme tout le monde, tu voudras une villa et une Tesla" », se souvient-il.
Tourisme médical et adrénaline
Face à cette désillusion, Jocelyn Nothomb part se former à Cali, en Colombie, en 2017. Dans l’un des plus importants hôpitaux du pays, il découvre des urgences saturées et des patients victimes, chaque jour, de blessures par balle ou par arme blanche. Il estime y avoir acquis « 80 à 90 % » de ses compétences chirurgicales.
Mais cette formation accélérée a un prix : la confrontation permanente à la mort, la peur de commettre une erreur et le sentiment, parfois, de ne pas être à sa place. « Il y a quand même une part de tourisme médical dans ce que je fais à ce moment-là. Je suis jeune, je n'ai aucune justification à être là, si ce n'est celle d'aller découvrir ailleurs l'horreur qu'on n'a pas chez nous », estime Jocelyn Nothomb.
De la chirurgie générale à la réanimation et la médecine de guerre
À son retour, il « mord sa chique » pour finir son internat en chirurgie générale en Belgique. « Quand je passais 15 heures par jour au bloc opératoire à parler du cul de l'infirmière, des jantes de la voiture du patron et de la manière d'éluder les impôts, j'avais l'impression qu’on aspirait mon cerveau », plaisante-t-il.
« Le plus grand enseignement de ma carrière, c’est d’accepter que l’on n’est pas grand-chose »
En pleine crise du Covid, il décide de rejoindre le service de réanimation et c’est alors qu’il a une révélation. « Je tombe avec des seniors qui réfléchissent, qui sont passionnés par le fait de ne pas comprendre, avec qui on peut répondre, non pas sur la base des croyances du patron, mais plutôt sur la littérature et la science », se souvient Jocelyn Nothomb. À l’issue de son internat, il rejoint Mayotte pendant quelques mois avant d’être accepté au sein des équipes de Médecins sans frontières.
La médecine comme un sport d’équipe
Depuis deux ans, il enchaîne les missions : Centrafrique, Haïti, Liban, Tchad, Afghanistan, Congo… Des terrains qui ont profondément transformé sa manière d’exercer et de penser la médecine. « On ne fait strictement rien tout seul, encore moins les spécialités techniques comme les miennes, tout simplement parce que je ne sais rien faire de mes dix doigts sans mes instruments qui doivent être stériles », explique celui qui affirme qu’il est « moins utile et efficace que n'importe quel médecin généraliste, interne ou infirmier ».
« On vous dit souvent : "C'est bien les rêves, mais un jour, comme tout le monde, tu voudras une villa et une Tesla" »,
Il retrouve cette approche de la médecine comme un sport d’équipe au sein du service de réanimation du CHU de Rennes, qu’il a pu intégrer après avoir passé une formation complémentaire pour devenir réanimateur, ce qu’il est toujours possible de faire en Belgique. « J'ai un 70 % annualisé, ce qui fait que 4 mois de l'année, je suis en mission et ça n'impacte pas le service. D'autres réanimateurs font le travail que je ferai quand je serai là », explique Jocelyn Nothomb.
« Le plus grand enseignement de ma carrière, c’est d’accepter que l’on n’est pas grand-chose », confie-t-il aujourd’hui. Il invite les jeunes médecins ou étudiants à accepter de ne pas « tout prévoir » : les expériences professionnelles qui l’ont le plus marqué sont d’ailleurs celles qu’il n’avait pas planifiées.
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