Échographie intestinale : « Une coloscopie sur deux pourrait être évitée dans le suivi des MICI », selon le Pr Mathurin Fumery

Article Article

L’échographie intestinale peut détecter en quelques minutes un épaississement et une hypervascularisation de la paroi digestive, deux marqueurs de l’activité des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI). Le Pr Mathurin Fumery défend son intégration à la consultation pour accélérer les décisions thérapeutiques et réduire les examens invasifs.

 

Échographie intestinale : « Une coloscopie sur deux pourrait être évitée dans le suivi des MICI », selon le Pr Mathurin Fumery

© ChatGPT x What's up Doc

 

Voir immédiatement si la paroi intestinale reste inflammatoire, sans préparation colique ni anesthésie : c’est la promesse de l’échographie intestinale. Utilisée principalement chez les patients atteints de maladie de Crohn ou de rectocolite hémorragique, l’échographie intestinale permet de visualiser l’épaississement et l’hypervascularisation de la paroi digestive, témoins d’une inflammation. 

Réalisable pendant la consultation, elle pourrait éviter « une coloscopie sur deux dans le suivi des MICI (NDLR : maladies inflammatoires chroniques de l'intestin) », estime le Pr Mathurin Fumery, professeur au CHU Amiens-Picardie, au sein du service d’hépato-gastroentérologie et de cancérologie digestive. Spécialiste des MICI, il est également responsable de la commission scientifique et pédagogique de l’Association française d’ultrasonographie intestinale des MICI et a participé à des travaux de consensus internationaux sur cette technique.

 

WUD : À quelles pathologies cette échographie est-elle destinée ?

Mathurin Fumery : Nous nous intéressons principalement aux deux MICI, la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique. Ce sont des maladies inflammatoires qui atteignent la paroi du tube digestif. Lorsque cette paroi s’épaissit et s’hypervascularise, on peut l’observer avec un échographe classique. Ces images ne sont toutefois pas spécifiques des MICI : une inflammation infectieuse ou ischémique peut donner des aspects similaires, comme c’est également le cas au scanner ou en IRM.

 

WUD : En quoi l’échographie du tube digestif change-t-elle concrètement le suivi des patients ?

MF. : Les symptômes ne reflètent pas toujours l’activité inflammatoire. C’est par exemple le cas de certains patients qui continuent à avoir des symptômes alors que l’inflammation a disparu ou d’autres qui se sentent bien alors que la maladie reste active. Nous avons donc besoin d’une évaluation objective. Jusqu’à présent, celle-ci reposait beaucoup sur la coloscopie. Néanmoins, avec l’échographie, on peut examiner immédiatement la paroi intestinale et ajuster le traitement en temps réel. C’est ce que l’on appelle l’échographie « point-of-care », au lit du malade.
Les recommandations européennes publiées en juillet 2025 préconisent, après l’initiation ou l’optimisation d’un traitement, une évaluation clinique et biologique précoce, complétée dans les douze semaines par une échographie ou une autre imagerie en coupe dans la maladie de Crohn. Dans la rectocolite hémorragique, une évaluation endoscopique ou échographique est également recommandée dans ce délai.

 

« L’idée n’est pas de supprimer les coloscopies : en cas de doute, il faut y recourir »

 

WUD : Dans quelles situations peut-elle éviter une coloscopie ?

MF. : Elle est particulièrement utile après l’introduction ou la modification d’un traitement, lorsqu’il faut savoir si la maladie reste active. Une coloscopie nécessite une préparation, une anesthésie générale, une journée d’arrêt, plusieurs professionnels et parfois plusieurs déplacements. Son risque est très faible, mais il existe, tout comme son coût économique et écologique. L’idée n’est pas de supprimer les coloscopies : en cas de doute, de lésions peu franches ou de résultats discordants, il faut y recourir. Elle reste également indispensable pour le dépistage de la dysplasie et du cancer colorectal.

 

WUD : Quel matériel faut-il pour réaliser l’examen ?

MF. : Un échographe standard de moyenne gamme suffit. Il faut essentiellement disposer d’une sonde convexe à basse fréquence, pour obtenir une vue panoramique, et d’une sonde linéaire à plus haute fréquence, pour analyser précisément la paroi. Le Doppler permet d’évaluer sa vascularisation. Aucune préparation digestive n’est indispensable dans une approche « point-of-care ». 

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/traitement-des-infections-clostridioides-difficiles-la-greffe-fecale-obtient-un-taux-de

WUD : Comment intégrer l’échographie intestinale au parcours de soin et favoriser sa diffusion en France ?

MF. : Même si elle peut être réalisée par des radiologues ou d’autres professionnels formés, son intérêt est maximal lorsqu’elle est pratiquée par le gastro-entérologue qui suit le patient, car il peut interpréter immédiatement les images avec les symptômes, les biomarqueurs et le contexte clinique. La France a pris du retard par rapport à des pays comme l’Allemagne, l’Italie ou le Canada, mais la situation évolue avec la création de formations nationales, d’un diplôme universitaire et d’un réseau de formateurs. À terme, une prise en charge moderne des MICI devrait intégrer cette technique comme un prolongement de l’examen clinique. Si les professionnels souhaitent se former à la technique, ils peuvent se rapprocher de notre association qui propose notamment un DU.

- Un article écrit sous la supervision de notre Conseillère médicale de la rédaction, Dr Cyrielle Rambaud

Source:

Mariangela Allocca, et al. dont Mathurin Fumery, « International consensus on the use of intestinal ultrasound in inflammatory bowel disease trials », Journal of Crohn's and Colitis, Volume 19, Issue 9, September 2025, jjaf170

Aucun commentaire

Les gros dossiers

+ De gros dossiers