L’anesthésie devient green

L’anesthésiste est-il un grand pollueur ? Expert des drogues et des gaz, ces derniers laissent une empreinte non négligeable sur notre environnement. Pendant longtemps, l’hôpital, au service de la santé, ne s’est pas assez préoccupé de l’environnement. Il est temps que ça change.

Halogénés, protoxyde d’azote, anesthésiques intraveineux, tous les produits utilisés par l’anesthésiste au bloc opératoire semblent ne pas être vraiment éco-friendly. C’est peu dire, quand on s’intéresse à l’impact de ces produits sur l’environnement ; cela réserve quelques surprises.
 
En France, c’est encore une écrasante majorité des anesthésies générales qui sont réalisées à l’aide d’agents halogénés. Les plus couramment utilisés sont aujourd’hui le sévoflurane et le desflurane. Fort heureusement pour la planète, le protoxyde d’azote tombe aujourd’hui en désuétude. Les gaz anesthésiques ont un métabolisme très faible et la grande majorité de ce qui est inhalé est expirée de façon intacte. Ces gaz anesthésiques sont des gaz à effet de serre et ont une durée de vie prolongée dans l’atmosphère : une année pour le sévoflurane, quatorze années pour le desflurane et 114 années pour le protoxyde d’azote.

Des mesures simples à prendre

Cela explique la décision du centre de cancérologie Gustave Roussy qui, dès 2013, lors du remplacement des respirateurs d’anesthésie[1], a fait le choix de supprimer définitivement le protoxyde d’azote. Le choix d’avoir un parc de respirateur N20 free est une démarche clairement écologiste en vue de rendre nos salles d’opération plus verte. La Société française d’anesthésie réanimation (Sfar) n’est pas en reste. Elle est même précurseur dans le domaine avec la création d’un comité Développement Durable présidé par le Dr Jane Muret[2], anesthésiste dans ce même centre Gustave Roussy.
 
L’effet sur l’environnement des gaz halogénés est désormais bien connu, et il existe des moyens de limiter leur utilisation. Il est aujourd’hui recommandé de réduire les débits de gaz frais et d’utiliser des circuits fermés pour rejeter un minimum de gaz dans l’atmosphère. Les modèles à circuit fermé permettent de réduire la consommation en halogéné. La chaux sodée est alors utilisée pour absorber et neutraliser l’excès de gaz carbonique présent dans le circuit. Une solution efficace puisqu’une heure d’anesthésie avec du desflurane sous 2 L de Débit de Gaz Frais minute (DGF) équivaut à 643 km en voiture. En réduisant le DGF à 1L on tombe à 321 km. Les études montrent d’ailleurs que la réduction du débit de gaz frais aurait plusieurs avantages non seulement sur le plan écologique, mais aussi sur le plan pulmonaire et économique[3]. Des gestes simples donc qu’il est possible d’adopter au bloc opératoire.

L’anesthésie intraveineuse comme solution ?

L’utilisation d’agent intraveineux est-elle la solution miracle au rejet de gaz à effet de serre ? Ce n’est pas aussi simple. L’usage massif des antibiotiques provoque leur rejet dans la nature, il en est de même pour les anesthésiques intraveineux. Ces agents potentiellement toxiques peuvent être retrouvés dans les eaux, soit par rejet de drogues inutilisées, soit par excrétion humaine. On ne connait pas encore le risque réel de ces médicaments sur la santé, notamment chez la femme enceinte et chez l’enfant, mais le risque sanitaire nul n’existe pas.

À la poursuite du diamant vert

La Sfar prend le problème très au sérieux et propose un certain nombre de recommandations sur son site internet. Elle renouvelle d’ailleurs chaque année son projet Green SFAR au congrès annuel impliquant l’organisation, les exposants et les participants, avec une charte[4] détaillant la gestion des déchets, de l’énergie ou encore la conception des stands. Pour le congrès 2019, le groupe Développement durable s’est associé avec le groupe jeune de la SFAR pour proposer un concours de projet écoresponsable au bloc opératoire ou en réanimation, intitulé : à la poursuite du diamant vert.
 
La Sfar avec son groupe développement durable était l’unique groupe à vocation écologique au congrès européen de l’European Society of Anaesthesiology (ESA) à Vienne. De quoi s’enorgueillir, mais aussi s’inquiéter : la préoccupation écologique devrait être mondiale. Mais au-delà de l’anesthésie, c’est bien tout l’hôpital qui devrait adapter cette démarche de développement durable. En ce sens les anesthésistes ont mis un coup d’accélérateur et le projecteur se porte aujourd’hui sur le tri et les produits réutilisables. Le chemin est long, mais la voie est tracée.

 
[1] J. Muret et al., “Eco-responsabilité au bloc opératoire,”
[2] https://sfar.org/espace-professionel-anesthesiste-reanimateur/developpement-durable/
[3] J. M. Feldman, “Greening the Operating Room,”
[4] https://www.sfar-lecongres.com/images/Kit_communication/SFAR_GREEN/SFAR_2019_Charte_SFAR_GREEN.pdf
Portrait de Idris Amrouche

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