« Nous les dermatos, nous sommes les pionniers du travail aidé, mais contre le transfert de compétences »

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Les rencontres de la dermatologie-vénéréologie se tiendront les 2 et 3 mars prochain à la Cité des Sciences à Paris. What’s up Doc est partenaire de l’évènement, l’occasion de faire un point avec Luc Sulimovic, le Président du Syndicat National des Dermatologues sur cette spécialité. Travail aidé, parcours de soins, internat, on a fait le tour des questions du moment.

« Nous les dermatos, nous sommes les pionniers du travail aidé, mais contre le transfert de compétences »

Luc Sulimovic, Président du Syndicat National des Dermatologues.

© IStock

rencontre dermato

What’s up Doc : En ces temps de grève et manif autour de la loi Rist et du partage des tâches, qu’en est-il pour les dermatos ?

Luc Sulimovic : La dermatologie a été une des premières spécialités à s’organiser avec des assistants médicaux. On s’est battu pour ça au syndicat depuis déjà une dizaine d’années. Nous nous étions aperçus que certains cabinets de dermatologie, avaient du personnel pour des tâches spécifiques mais sans avoir l’encadrement d’un référentiel métier. Alors qu’avoir un cadre précis de tâches, d’encadrement et de formation, c’est une sécurité pour tout le monde, le patient, l’assistant et le médecin-employeur.
Nous avons besoin d’assistants pour la photothérapie, pour gérer les UV, gérer la maintenance des machines, apprendre à installer le patient pour les lasers, mettre en place un interrogatoire avec le patient qui est validé ensuite par le médecin… C’est ça le travail des assistants médico-techniques en dermato.
Et dans la dernière convention, on a réussi à faire rentrer les assistants médico-techniques en dermatologie dans les statuts et les grilles des salaires. Ils sont formés à l’AFBB, qui fait aussi des compléments de formation au titre de la formation continue. Ce qui fait que nous sommes arrivés à ce que la MACSF, qui est l’assureur majoritaire des dermatologues, couvre au niveau assurantiel, les assistants diplômés. Mais on tient à la notion de travail aidé et pas de transfert de compétences. Ce sont des activités sous le contrôle du médecin au sein du cabinet libéral.

Et est-ce que les IPA en dermato existent ou vont exister ?

LS. : À la différence des cardiologues, nous les dermatos nous ne sommes pas très chauds sur les IPA. Parce que nous avons déjà créé ce poste d’assistants dont nous avions besoin, nous n’avons pas besoin de plus. Et surtout les IPA, dans la conception actuelle, c’est plutôt un transfert de compétences. Si l’IPA travaille avec le dermato et avec toute la structure, ça peut s’envisager, car il y a des choses à faire, l’éducation thérapeutique par exemple est très importante dans les maladies inflammatoires en dermato. Mais pas d’IPA en dermato, seul en première ligne, hors d’un cabinet.

« Les nouveaux dermatos arrivants sont une cinquantaine par an à sortir de la fac et ne couvrent pas les départs en retraite »

Ça veut dire que la démographie de la spécialité se porte bien ?

LS. : Il y a en tout 3 600 dermatologues en France, dont 2 800 libéraux, nous ne sommes pas nombreux. En termes de formation, les nouveaux arrivants sont une cinquantaine par an et ne couvrent pas les départs en retraite. On souhaiterait d’ailleurs que le cursus des internes passent obligatoirement en milieu libéral. Ce qui faciliterait la connaissance. Pour l’instant il n’y en a quasiment pas. Un seul stage en île de France par semestre, par exemple, sur un effectif de 450 internes toutes années confondues.
Il faut savoir que 95% des internes vont quitter l’hôpital. Pourtant ils ne connaissent pas le libéral. Ils ne sont en contact qu’avec le milieu hospitalier durant leur cursus. Et l’exercice hospitalier est très différent et spécifique : ils vont savoir mettre en place une immunothérapie dans le cadre d’un mélanome, mais ils n’ont pas l’habitude du parcours du soins en dermatologie. 80% des soins en dermatologie se font en libéral. Cela permettrait qu’il y ait moins d’appréhension à l’installation à la sortie.

« On essaie de faire une structuration des dermatos libéraux au sein d’une équipe par territoire. C’est notre réponse pour les zones sous denses. »

Quelles sont vos réponses au manque de dermatos ?

LS. : La modification et la structuration de l’exercice. La dermatologie a été la première spécialité à créer une équipe de soin il y a plus de 3 ans, en Île-de-France d’abord : nous sommes 70 dermatologues (sur les 700 de la région) et 250 généralistes à nous être regroupés pour améliorer le parcours de soins. Les dermatos assurent l’amélioration de la formation des généralistes au dépistage précoce des cancers de la peau, pour qu’ils puissent nous envoyer les patients à bon escient.
On a mis en place la téléexpertise avec les médecins généralistes dans les régions sous-denses, pour qu’ils puissent envoyer des clichés de lésions cutanées et que ce soit expertisé par les dermatos.
Puis on organise l’amélioration du parcours de soins pour le patient, avec après le diagnostic, la prise en charge chirurgicale si besoin, et une coordination avec des centres de référence en onco-dermatologie pour les traitements plus lourds, dans le cas de mélanome, avec des thérapies géniques, ou d’autre thérapies particulières.
Donc on essaie de faire une structuration des dermatos libéraux au sein d’une équipe par territoire. C’est notre réponse pour les zones sous denses.
Ça a commencé en île de France, et en même temps en Corse, dans les Hauts de France et en Bretagne. En Bretagne, par exemple, ça représente pour l’année dernière 1 000 téléexpertises, en île de France nous en sommes à 500 à l’année.
Avec ces équipes, on gagne du temps, les généralistes sensibilisés nous envoient des patients qui ont réellement besoin de nous. Donc on augmente la qualité des consultations, on retrouve un travail de spécialiste. Idem pour les maladies chroniques inflammatoires, où nous rencontrons un autre problème.

https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/dermatologie-une-carte-interactive-sur-les-delais-de-rendez-vous

Quel problème ?

LS : Pour les maladies chroniques inflammatoires, nous luttons contre une aberration. J’ai un exercice mixte, mi-hôpital, mi-libéral, et je n’ai le droit de prescrire certains traitements de biothérapies qu’à l’hôpital et pas en cabinet en ville, donc le matin oui et pas l’après-midi. Il n’y a aucune justification et nous avons une action contre l’ANSM au Conseil d’Etat. C’est discriminatoire. C’est une perte de temps, c’est vexatoire pour le dermato libéral, et ça aussi, par exemple, ça alourdit le parcours de soins. Il n’y a pas de sous-dermato.

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