"On ne peut plus se retrouver dans des situations similaires à celle du Dr Siegler"

Les détails de la loi de transformation du système de santé ne semblent pas convaincre Renaud Péquignot, président du syndicat Avenir Hospitalier. Pour What’s up Doc, il détaille ce qu’il aimerait voir changer à l’hôpital.
 

What’s up Doc. Vous avez pris connaissance des détails de la future loi santé. Qu’en pensez-vous ?

 
Renaud Péquignot. Nous avons de grandes inquiétudes. Le Gouvernement veut supprimer le statut de praticien hospitalier, qui garantit pourtant notre indépendance. Il protège le praticien, qui peut encore envoyer paître son directeur sur des questions médicales si nécessaire, et permet donc par la même occasion de protéger les patients. Il y a une attaque contre le centre national de gestion (CNG), de manière générale. Il faut absolument que nous restions indépendants !
 

WUD. Sur le bien-être des médecins, êtes-vous déçus du manque d’implication ?

 
RP. Sur le temps de travail, il n’y a rien du tout. Il faut pourtant qu’on s’arrange pour que les praticiens ne travaillent pas plus de 48 heures par semaine, comme la législation européenne l’impose. On ne peut plus se retrouver dans des situations similaires à celle du Dr Siegler, où les praticiens sont exploités.
Concernant la refonte de la CPE et du CHSCT, la réforme prévoit une présence médicale. Ça n’est pas suffisant. Nous demandons à ce qu’un représentant syndical soit présent. Il sera mieux armé pour défendre les médecins.
 

WUD. Rien sur la gouvernance hospitalière ?

 
RP. Emmanuel Macron veut remettre une présence médicale dans les directions hospitalières. Nous espérons que ce ne sont pas de vains mots, et c’est un chantier énorme pour lequel nous entamons des discussions. Ce qui nous agace un peu d’ailleurs, car cela fait des mois que nous demandons à discuter, et on nous impose maintenant un calendrier très serré avec un jour et demi de réunions tous les quinze jours…
 

WUD. Comment s’articulent les discussions ?

 
RP. La DGOS (Direction générale de l’offre de soins) a créé trois groupes de travail, qui plancheront chacun sur un sujet : le management – administratif comme médical –, la réforme des statuts – et je sens que les discussions ne vont pas nous plaire – et la gouvernance hospitalière. Tout le gratin habituel y est invité : les conférences des directeurs, des présidents de CME, les intersyndicales, la FHF, la DGOS, le CNG… Les discussions devraient aboutir fin juillet.
 

WUD. Qu’en attendez-vous ?

 
RP. Nous demandons à ce que la CME soit entièrement élue et qu’elle ait plus de pouvoir. Parce que lorsque la plupart de ses membres sont nommés (les chefs de pôle par exemple, sont membres de la CME, NDLR), elle peut devenir fantoche. Les projets médicaux ne doivent pas être basés sur les finances et les choix de l’administration.
 

WUD. Sur ces questions, avez-vous mis en place une consultation publique dans le cadre du grand débat national ?

 
RP. Nous avons créé une plateforme en ligne – sur le même modèle que celle des gilets jaunes et du grand débat –, car lors des consultations citoyennes organisées, nous nous sommes aperçus que la santé était un sujet qui revenait constamment. Pourtant, dans la réponse politique, c’est le blackout total.
Pour l’instant, les deux tiers des répondants sont des médecins, mais tout le monde peut participer. La consultation tourne autour de quatre grands thèmes : l’offre de soins, les personnels, le financement et les spécialités les plus exposées.
 

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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