Médecin de tout le monde

Ciné week-end: La fille inconnue, de J.-P. et L. Dardenne (sortie le 12 octobre 2016)

Les frères Dardenne filment l'obsession d'une généraliste rongée par le remords après la mort d'une jeune femme à la porte de son cabinet. Mais en passant chez le médecin, les deux cinéastes belges ont perdu de leur fièvre...

Décidément, la médecine est une profession mal aimée. Prenez le dernier film des frères Dardenne : alors que la presse encense les deux Belges à la sortie de chaque nouvelle œuvre sur la condition ouvrière ou l'immigration clandestine, il suffit qu'ils suivent les pas d'une jeune généraliste pour que tout le monde trouve le film raté ! Et les critiques n'ont pas tout à fait tort...

L'intrigue était pourtant forte et simple. Alors que son cabinet est déjà fermé et qu'elle a enchaîné les urgences, le Dr Jenny Davin empêche son stagiaire de répondre à une nouvelle sollicitation. Elle découvre le lendemain que la personne qui avait sonné à sa porte est une jeune femme africaine qui a été retrouvée morte sur le quai d'en face.

La signature des frères Dardenne était leur façon de filmer dans l'urgence, caméra à l'épaule. Ce style, reconnaissable entre tous, souvent caricaturé, est devenu le symbole d'une lutte de classes encore bien présente pour qui veut la voir. Mais jusqu'ici, il n'avait jamais empêché un questionnement philosophique, comme dans Rosetta ou surtout Le Fils.

Cette fois - encore ? - les deux frères explorent le sentiment de culpabilité, celui qui étreint brutalement une généraliste jusque-là pétrie de certitudes. A moins que le but du film ne soit cette quête du nom, celui qui permettrait de rendre sa réalité et sa dignité à une jeune fille morte comme elle a vécu, dans l'anonymat et l'indifférence. A moins, encore, qu'en cherchant à découvrir cette inconnue, Jenny Davin finisse par se retrouver.

Justement, on ne sait pas trop, et l'intrigue, malgré sa limpidité, n'aide pas à donner corps à un message précis. La réalisation, digne d'un téléfilm de France 3, et le jeu empesé d'Adèle Haenel, qui semble avoir été choisie uniquement pour le malin plaisir de brider émotionnellement son caractère volcanique, finissent de nous plonger dans l'ennui.

A la fin du film, tout le monde est coupable, et le spectateur en premier lieu. Coupable de n'avoir pas réussi à adhérer, en raison de situations souvent caricaturales (ah, le médecin qui par abnégation s'installe dans le gourbis au dessus de son cabinet...), à un propos susceptible d'être passionnant.

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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