Lourdes intentions

Critique de "Lourdes", de Thierry Demaizière et Alban Teurlai (sortie le 8 mai 2019)

À Lourdes, aidants, malades et accompagnants se préparent à vivre une semaine de pélerinage. Les réalisateurs ambitionnent d'y capter à la fois le rituel et l'émotion. Pari partiellement tenu...

Il y a des périodes comme ça... Comme celle qui consiste à voir trois semaines d'affilée des films consacrés à la religion, pas toujours sous son côté le plus reluisant (djihadisme et thérapies de conversion à la sauce catho intégriste au programme des précédentes séances!). Garder la tête froide, mettre de côté - au moins un peu - ses propres opinions et sa propre philosophie... Mission quasi-impossible, mais essayer, c'est déjà réussir. Nous sommes donc entrés en pélerinage dans ce documentaire de façon circonspecte, voire échaudée. Pour y ressortir finalement pas plus éclairé. Que retenir de ce film ? Que peut-il apporter? 

Le sujet est assez inattaquable. Suivre plusieurs personnes aux prises avec une souffrance difficilement imaginable, poser sur eux un regard attentif, écouter leurs mots, ressentir et comprendre ce qu'ils ne disent pas...C'est la grande force de Thierry Demaizière et Alban Teurlai, qui dupliquent dans cette situation si particulière leur talent incontestable. Lourdes n'est jamais aussi réussi que lorsqu'il donne vraiment à entendre et à voir ces hommes et femmes, leur souffrance de souffrir, mais aussi leur dignité de lutter comme de l'accepter. Il y a dans certains regards, dans certains mots, notamment exprimés sous la forme de prières, une vérité intérieure qui tout d'un coup jaillit. C'est beau, c'est juste, c'est difficilement critiquable.

Mais le film n'est pas que cela, se voudrait au-delà de cela. L'ambition formelle des réalisateurs le montre bien. Et c'est là que le bât blesse. Il y a dans cette réalisation particulièrement étudiée, dans ces plans proches de tableaux ou de photos d'art, une mise en scène de la souffrance que nous avons parfois trouvée gênante. Comme une volonté de la magnifier, au travers de différentes stations d'un long chemin de croix. Il y a aussi, dans ce choix de suivre avant tout des gens "extra" ordinaires, c'est-à-dire insolites, ou considérés comme tels, le risque de la surenchère. Pris isolément, chaque portrait est très beau. Mais l'assemblage, qui oublie peut-être de filmer des gens aux prises avec des destins plus ordinaires mais aux souffrances tout aussi réelles, surcharge le message, que nous aurions compris sans cela : la foi est une question d'amour, et Dieu accueille tout le monde.

À froid, nous avons aussi réalisé que la parole était finalement prioritairement donnée aux aidants, aux familles, à ceux qui accompagnent la souffrance des malades, qui en souffrent aussi. C'est un choix tout à fait respectable et intéressant. Mais il donne parfois l'impression que leur voix l'emporte sur ceux dont ils ont la charge, notamment quand il s'agit des enfants. Avec le curieux sentiment d'un double enfermement, celui causé par la maladie, mais aussi celui engendré par la souffrance de l'entourage et ses tentatives de faire face. Probablement renforcé par la volonté des réalisateurs de montrer, à tout prix, à quel point cet événement profondément ritualisé constitue une ouverture, une libération...

Au final, s'il a l'élégance d'éviter le poncif de l'enquête sur le miracle, le film approfondit bien peu la question de la foi. Il décrit en creux, et souvent avec talent, la dimension décalée du lieu, au moyen de scènes incongrues et étranges, de plans oniriques. Mais ils sont avant tout incrustés au sein d'une trame trop saturée en émotions pour que l'on puisse s'arrêter, les suivre et aller, peut-être, dans une autre direction que celle que le duo de réalisateurs a décidé de nous faire prendre...

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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