L’hypnose, le couteau suisse de la médecine

Focus sur le DIU d’hypnose médicale et clinique de l’université de Bretagne occidentale (UBO) avec Lolita Mercadié, coresponsable pédagogique.

What’s up Doc : À qui s’adresse cette formation ?

Lolita Mercadié : Le DIU s’adresse aux médecins, mais également aux infirmiers, sages-femmes, psychologues, chirurgiens-dentistes, kinés ou psychomot’. Parmi les médecins, il y a de tout : généralistes, anesth’-réas, urgentistes, cardios, psys, gériatres, pédiatres, médecins scolaires, pneumos… L’hypnose est utile à toutes les spécialités médicales !
Les médecins inscrits sont en moyenne thésés depuis 5 ans. Deux profils se dégagent. Le médecin avec une certaine expérience, qui a fait le tour de sa pratique technique, et qui vient chercher un outil pour « réhumaniser » le soin, remettre le patient au centre d’une prise en charge où le relationnel et la communication sont renforcés. Et le jeune médecin qui voit l’intérêt de se former à une médecine plus intégrative, avec une approche non médicamenteuse. 2 places sur 24 sont réservées aux internes, et le nombre de demandes est en augmentation. À l’UBO, nous proposons des initiations en deuxième et cinquième année, donc le DIU s’inscrit dans la continuité de leur formation initiale.
 

WUD : Quel est l’intérêt de ce diplôme ?

LM : L’hypnose est un outil qui s’intègre dans un socle de connaissances et de pratiques professionnelles ; elle vient compléter l’arsenal thérapeutique, pour une prise en charge plus holistique et plus humaine. Elle permet de traiter les troubles du sommeil ou la douleur chronique de manière non médicamenteuse, avec un apprentissage de l’autohypnose au patient, pour l’autonomiser. Elle permet de faciliter les gestes douloureux aux urgences adultes et pédiatriques, la réalisation d’endoscopies pour les pneumologues ou les gastroentérologues, et même la pose de TAVI pour les cardiologues… L’hypnose améliore également l’adhésion thérapeutique des patients, booste leur motivation ; c’est un outil très intéressant pour l’accompagnement des pathologies chroniques.
 

Quels sont les domaines de recherche dans cette discipline ?

LM : Il y a maintenant de nombreuses preuves scientifiques de l’efficacité de l’hypnose dans la prise en charge de la douleur aiguë et chronique, avec une meilleure compréhension des mécanismes et des réseaux neuronaux impliqués, grâce à la neuro-imagerie fonctionnelle. Il y a également des recherches dans le domaine de la psychopathologie. Le défi de la recherche actuelle est la standardisation de la méthode ; par exemple dans la prise en charge en tabacologie, il n’y pas encore de consensus scientifique, car les protocoles ne sont pas comparables d’une étude à l’autre. Par ailleurs il est parfois difficile de faire la différence entre les états de conscience modifiée (hypnose, relaxation, méditation...).
 

Quelles sont les particularités pédagogiques de ce DIU ?

LM : Une des caractéristiques de ce diplôme est d’être pluriprofessionnel. C’est volontaire, pour développer la confiance et favoriser une démarche de coopération entre les différents intervenants dans la prise en charge du patient.
Nous avons choisi de faire des sessions de 5 jours consécutifs pour permettre une réelle immersion dans le mode de pensée hypnotique, et nous avons constaté que les deux derniers jours les étudiants ont une pratique beaucoup plus fluide. La cohésion du groupe est également renforcée.
C’est une formation qui repose en majorité sur des apports pratiques : présentation de cas cliniques, jeux de rôles. Les lundis sont dédiés à la supervision des pratiques ; les étudiants mettent en application entre deux sessions ce qu’ils ont appris, et partagent leurs expériences cliniques avec le groupe. S’ils ne sont pas en activité au moment de la formation nous leur faisons une convention de stage, car ils doivent pouvoir s’approprier immédiatement les techniques enseignées.
Nous sommes en discussion avec le centre de simulation pour utiliser leurs locaux afin d’augmenter le réalisme des mises en situation, et avoir un support vidéo pour les débriefings.
 

Pourquoi suivre cette formation à Brest ? (Plutôt qu’à Paris, Nantes, Lyon, Tours, Toulouse, Bordeaux, Rennes, Montpellier, Lille, Limoges…)

LM : Parce qu’à Brest on est complètement à l’Ouest, et que pour pratiquer l’hypnose il faut être un peu en dehors du schéma de pensée ordinaire !
Parce que nous avons de petites promos, à taille humaine, et que nous restons simples, accessibles.
Et aussi pour la diversité de l’équipe pédagogique, dont les membres sont tous investis dans la rédaction d’ouvrages, de revues scientifiques, et très respectueux de l’éthique et de la déontologie de l’hypnose.
 

En bref
Formations : 4 séminaires de 5 jours (du lundi au vendredi) et 1 de 3 jours
Évaluation : présence, présentation travaux, soutenance mémoire
Coût : 2 200 €
Plus d’infos : https://www.univ-brest.fr/formation-continue/menu/Formations/Sciences-de-la-Sante/Formations-dipl-mantes--DU-DIU--medicales

 

Le film de Liza le Tonquer Les Corps soignants a été tourné dans le cadre du DIU d’hypnose médicale et clinique de Brest. Il présente 3 portraits de soignants qui suivent cette formation (scènes au sein des cours et au sein de leur domaine professionnel). Une page intitulée « Sauvés par l’hypnose » et consacrée au film vient de sortir sur le webmédia culturel KuB (Kultur Bretagne).
https://www.kubweb.media/page/corps-soignants-hopital-hypnose-liza-tonquer/

 

Portrait de Sarah Balfagon
article du WUD 50

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