Lettres à Frantz

Ciné week-end: Frantz, de F. Ozon (sortie le 7 septembre 2016)

Au lendemain de la Grande Guerre, en Allemagne, deux blessures aux causes et à la trajectoire bien différentes se rencontrent. François Ozon signe là son film le plus dense, probablement le meilleur...

Il y a presque deux ans, nous débutions cette rubrique en nous interrogeant sur la capacité de renouvellement d'un cinéaste en singulière perte de vitesse. On n'ose croire avoir été entendus. En plongeant dans les tréfonds noir et blanc des traumatismes de la relation franco-allemande, mais sans renier sa volonté d'esquisser par petites touches des portraits dont l'intimité est d'autant plus troublante qu'elle n'est qu'effleurée, Ozon réalise une mue stupéfiante. Ses thèmes de prédilection s'en trouvent transcendés, débarrassés d'effets superflus et de redondances vaniteuses. En osant l'épure, il accède à la vérité du sentiment, ce dont peu de films peuvent se vanter.

Les sentiments, justement. Leur confusion, leur incommunicabilité... Comment la haine et la guerre - celle des autres, dans laquelle on se retrouve enrôlé ou spectateur impuissant - provoquent une invisible déflagration chez ceux qui sont passés entre les éclats d'obus. Ainsi Anna, toute entière habitée du deuil de celui qui devait être son époux, va-t-elle se heurter à la souffrance moins accessible et peut-être travestie d'Adrien, qui aurait connu le défunt lors d'un séjour dans la France d'avant-guerre.

L'intérêt du film ne réside pourtant pas dans la découverte de l'origine de cette souffrance, mais plutôt dans ses conséquences. C'est là sa force, et d'aucuns pourront y voir l'affranchissement d'Ozon par rapport au cynisme plus ou moins latent de son œuvre passée.

Dès lors, François permet à Frantz d'endosser pleinement son caractère romanesque. Et voir ces deux douleurs emprunter un cheminement quasi-identique de façon décalée (sublime idée que ces courtes scènes en écho l'une de l'autre) préfigurant leur éloignement fatal, est de l'ordre du saisissement. On pourra y voir une métaphore de la destinée de deux pays. Ou un hommage à la défunte Europe rêvée par Zweig, dont l'âme plane sur le film, bien plus pertinemment qu'un Grand Budapest Hotel.

Mais Frantz est avant tout le récit d'un amour impossible et d'une possible renaissance. Les derniers mots d'Anna, d'une simplicité suprême, sont là pour nous le rappeler.

Source: 

Guillaume de la Chapelle

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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