Les tests Covid-19 décryptés par un scientifique

Lors d’un point presse organisé par l’Institut Curie le 24 novembre, Franck Perez, directeur de l’unité Biologie cellulaire et cancer à l’institut Curie et directeur de recherche au CNRS, a répondu à de nombreuses questions sur les différents tests diagnostic Covid-19. Limpide !

WUD. Que veut-on mesurer avec chaque test ? 
Franck Perez :
-le génome du virus (ARN) avec le test RT-PCR, qui ensuite sera amplifié. Le prélèvement est naso-pharyngé et demande une certaine technicité. Ce test a une très bonne sensibilité, mais la méthode d’analyse est un peu plus longue et plus coûteuse. 
-les protéines des virus avec les tests antigéniques. Avec des anticorps, on va détecter soit la protéine Spike qui se trouve autour du virus, soit la protéine N, qui est à l’intérieur du virus. Cette méthode est très rapide, son coût est modéré et la technologie très connue. Mais sa sensibilité est inférieure à celle du test RT-PCR.  
-les anticorps avec le test sérologique : ces tests permettent de savoir à partir d’une goutte de sang si la personne a encore des anticorps contre le virus, ce qui montre qu’elle a rencontré le virus par le passé. Ces tests permettent aussi d’évaluer si la personne a des anticorps bloquants, qui confèrent une séroprotection contre le virus. 
 
WUD. Comment choisir entre l’un ou l’autre test ?  
FP. En fonction de la situation. Est-ce que l’on a besoin de dire à quelqu’un « vous n’êtes pas infecté » de façon certaine ? On veut-on un test à la sensibilité inférieure mais renouvelé tous les 2-3 jours, par exemple pour les personnels travaillant en Ehpad ? Certes, il y aura des faux négatifs mais si la charge virale augmente à un moment, le test pourra le détecter. 
 
WUD. Pourquoi les tests salivaires n’ont-ils pas encore percé sur le marché français ? 
FP. Plusieurs articles suggèrent que la salive est une bonne source d’échantillons. Ce test salivaire est utilisé dans d’autres pays et devait être utilisé en France par l’AP-HP. Je suis assez surpris par le retard pris sur le déploiement de ces tests salivaires, il faudrait interroger l’AP-HP. 
 
WUD. Quelle est la sensibilité des tests antigéniques ? 
FP. L’une des critiques faites à la France a été de ne pas partir à fond sur les tests antigéniques, comme d’autres pays le faisaient. Mais c’est parce qu’il y a eu des délais d’attente de validation de la sensibilité de ces tests par l’Institut Pasteur et le CNR. Une telle quantité de tests antigéniques est arrivée sur le marché en même temps qu’il est très compliqué de connaître la véritable sensibilité de l’ensemble de ces tests. 
 
WUD. Et la sensibilité des tests RT-PCR ? 
FP. La fiche technique annonce en moyenne 90 à 95% de sensibilité et de spécificité. Mais le référentiel est rarement indiqué, de même que le seuil. La PCR est un système d’amplification, mais on peut amplifier plus ou moins. La sensibilité du test dépend du nombre de cycles d’amplification qui vont être faits. Mais cette information n’est pas toujours donnée. 
 
WUD. Quels sont les risques de faux négatifs chez les personnes asymptomatiques avec un test antigénique versus un test RT-PCR ? 
FP. C’est un point central : on a plus de risque de faux négatifs avec les tests antigéniques, qui ont une sensibilité moyenne de 65-70%. Une personne sur trois en moyenne sera considérée comme négative alors qu’elle est positive. Avec un test PCR, les faux négatifs sont rares et peuvent s’expliquer notamment par un prélèvement raté. 
 
WUD. Qu’est ce qui fait la différence de sensibilité entre les tests antigéniques et les PCR ? 
FP. La technologie a beaucoup progressé en biologie moléculaire, mais on ne sait pas amplifier une protéine, qui est le constituant de ce virus Sars-CoV2. A la place, nous amplifions le matériel génétique qui code pour cette protéine. Depuis longtemps, on sait amplifier une molécule et en faire des millions. La découverte de la PCR a valu le prix Nobel a son inventeur en 1993 [ndlr : l’Américain Kary Mullis, inventeur de la réaction en chaine par polymérase]. Mais cela demande un matériel un peu plus lourd pour le matériel génétique. 
Le test antigénique, lui, marche comme un test de grossesse : on a des anticorps, on voit la présence d’une protéine, et on peut le faire chez le médecin ou même chez soi. 

WUD. Comment communiquer les résultats au patient ? 
FP. Il est vraiment important de bien donner l’information à la personne testée et de ne pas sur-rassurer les personnes testées négatives avec ces tests rapides mais moins sensibles. Même si on est négatif avec un test antigénique, on n’est pas absolument sûr d’être protégé. Et même le test PCR n’est pas infaillible : il peut être négatif un jour J et être positif à J+3 parce que la charge virale a augmenté ! Il faut vraiment être prudent, continuer à porter le masque, à se laver les mains et à garder ses distances avec les autres. Et bien sûr, si on a un test antigénique positif, on se confine pendant dix jours loin de tout le monde. 
 

Portrait de Sophie Cousin

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