Les MSP, quel intérêt ?

Pour les médecins, et pour les autres

Les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) sont vendues comme la panacée. Ou au moins, avec plus d’avantages que de défauts, pour le praticien comme pour le système de soins. Mais concrètement, qu’apportent-elles de neuf ?

Le Gouvernement, le ministère de la Santé, les collectivités locales et, de manière générale, le monde de la santé n’ont que cet acronyme à la bouche : MSP. Les maisons de santé pluriprofessionnelles font peur à certains libéraux, attirent l’attention des plus jeunes, et font partie d’une vraie stratégie de développement. Le doublement de leur nombre faisait partie du programme électoral d’Emmanuel Macron : elles seront plus de 2 000 d’ici la fin du quinquennat.

Les voix au départ plutôt contestataires de la plupart des syndicats de médecins se font maintenant plus hésitantes, voire parfois franchement favorables. Les avantages en termes de santé publique et de pratique les auraient-ils convaincus ?

Les MSP plus sexy que le cabinet isolé

Pour le Gouvernement, la problématique des déserts médicaux est devenue centrale et les MSP représentent une solution. « Nous avons une vraie stratégie de développement des maisons de santé », confirme pour What’s up Doc Thibault Rousselot, référent régional MSP pour l’ARS Centre-Val de Loire. « Nous faisons le maximum sur les zones les plus carencées en médecins, et dans lesquelles il y a peu de concurrence ».

Mais pourquoi ne pas inciter les médecins qui souhaitent s’installer à reprendre l’activité de confrères, plutôt que de les regrouper dans des MSP dont la construction représente souvent un investissement financier conséquent ? « Quand nous interrogeons les internes, nous nous apercevons qu’ils ne souhaitent plus s’installer en exercice isolé », poursuit le responsable de l’ARS. Une affirmation que confirme le Dr Anas Taha, généraliste installé dans une MSP qu’il a lui même montée. « En milieu rural très désertifié, je pense qu’un jeune qui cherche à s’installer s’installera plus facilement dans une MSP qu’en remplacement d’un médecin isolé ».

Les maisons de santé sont un argument pour attirer les jeunes médecins et limiter la désertification. « Même s’il existe un risque que les MSP éloignent la population des soins par le regroupement, elle pérennisera au moins l’attractivité pour de nouveaux soignants dans les territoires déficitaires », estime Anas Taha.

Tapis rouge

Des avantages pour le système de santé, mais quoi de neuf pour les jeunes praticiens ? Dans ces zones déficitaires, le médecin est chouchouté. Et les MSP n’échappent pas à la règle. Tout d’abord, en termes de facilité d’installation, elles profitent d’un traitement de faveur. Subventions, aides des collectivités locales pour trouver des locaux, accompagnement du projet professionnel. « À l’ARS, nous faisons de l’ingénierie de projet », explique Thibault Rousselot. « Les délégations départementales sont armées pour monter des MSP, fournissent des documents types et des stratégies de déploiement, aident pour les études de marché, pour la rédaction du projet de santé… ».

Le projet de vie, aussi, est pris en compte. « Nous valorisons tout ce qui se fait sur le territoire », ajoute Florence Guerrier, référente installation à l’ARS Centre-Val de Loire. « Nous travaillons avec le Conseil régional, nous cherchons les opportunités d’emploi pour les conjoints, etc. ». L’agence met même en place des formations pour les leaders des MSP, en partenariat avec l’École des hautes études en santé publique (EHESP).

Qualité de vie et de pratique

Autant d’aides, ça sent l’arnaque ? Pour les responsables de l’ARS comme pour Anas Taha, cela ressemble plutôt à du gagnant-gagnant. Au niveau financier, en plus des aides à l’installation, les MSP, comme les cabinets de groupe, permettent de mutualiser les frais de roulement, de mettre en place un secrétariat. Il est plus facile de s’organiser, de prendre des congés – surtout des congés maternité. « Pour la santé mentale, aussi, c’est intéressant ! Je ne m’imagine pas exercer seul. C’est déjà en milieu urbain, alors en milieu rural, c’est encore plus compliqué ».

Mais c’est surtout du côté de la pratique qu’Anas Taha voit les avantages les plus significatifs. Pour lui, la pluriprofessionnalité et l’exercice en collaboration sont de véritables plus, à la fois pour l’épanouissement au travail et pour la qualité des soins prodigués. « Nous pouvons discuter des cas qui nous posent problème, et proposer des choses que l’on ne pourrait pas mettre en place ailleurs grâce à la coordination des soignants », explique le généraliste.

Seule ombre au tableau : l’administratif, qui peut représenter une charge importante. « Nous avons fait le choix de nous répartir l’ensemble des tâches, car nous avons un fonctionnement familial », précise-t-il. « Mais je comprends parfaitement que les grosses structures, notamment rurales, aient besoin d’un poste dédié et rémunéré. Beaucoup le font ». C’est aussi l’avantage de travailler en groupe : financièrement l’embauche d’un employé est plus accessible.

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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