Les médecins : ni de gauche, ni de gauche ?

En sociologie électorale, il est d’usage de distinguer les travailleurs indépendants, plutôt à droite, des salariés, plus enclins à voter à gauche. Mais chez les médecins, on vote plutôt comme des commercants ou comme des profs ? Pour tenter d’y voir clair, nous avons rencontré Esteban Pratviel, chef de groupe au département Opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop.

What’s up Doc. Que sait-on du vote des médecins ?

Esteban Pratviel. On observe un tropisme assez net à droite et au centre, avec une plus grande tendance à voter pour le candidat UMP-Les Républicains aux différentes élections. À ce tropisme s’ajoute un rejet fort des extrêmes, que ce soit l’extrême gauche ou a fortiori l’extrême droite. Les médecins ont notamment une forte défiance envers le Front national.

WUD. Les données des sondages Ifop concernent surtout les libéraux. Qu’en est-il des hospitaliers ?

EP. On a moins de données d’enquêtes sur cette cible. Même si dans l’ensemble, les médecins hospitaliers sont un peu plus modérés que les libéraux, ils ont quand même tendance à voter davantage à droite que le reste de la population française.

WUD. Comment l’expliquer ?

EP. Le rejet des extrêmes est caractéristique des catégories socioprofessionnelles supérieures. Quant au tropisme à droite, il est à relier à la situation professionnelle des médecins, proches de l’électeur-type de droite. Le vote des médecins suit beaucoup le vote des cadres, des artisans-commerçants et des chefs d’entreprise.

WUD. Et par rapport aux autres professions de santé ?

EP. Le comportement électoral des médecins ressemble beaucoup à celui des pharmaciens. On retrouve ce tropisme à droite et au centre, à un détail près : les médecins sont plus modérés, moins à droite que les pharmaciens.

WUD. Qu’en est-il de l’abstention chez les médecins ?

EP. Elle est faible. Qui vote le moins ? Les jeunes, les chômeurs et les personnes les moins diplômées. Or les médecins ont un rôle et un statut bien définis. À ce titre, ils ont tendance à beaucoup participer à la vie de la société, et donc aux scrutins électoraux.

WUD. Observe-t-on un clivage entre les généralistes et les autres spécialistes ?

EP. Si on regarde le second tour de l’élection présidentielle de 2012, les médecins généralistes avaient légèrement plus tendance à voter pour Hollande que les spécialistes. Mais la nuance est faible, et le tropisme à droite et au centre domine même chez les généralistes.

WUD. Les médecins sont-ils concernés par la montée du Front national ?

EP. Le FN évolue à peu près de la même manière dans toutes les strates de la population. Les médecins rejettent les extrêmes de façon générale, mais on observe quand même une proportion de médecins en faveur du FN qui progresse. C’est la même chose chez les catholiques pratiquants, par exemple : pendant très longtemps ils rejetaient massivement le vote d’extrême droite, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas.

WUD. Doit-on s’attendre à un vote-sanction de la profession vis-à-vis de la gauche ?

EP. Oui, tout à fait. Une minorité de médecins a pu être séduite par François Hollande en 2012, mais ce ne sera plus le cas aujourd’hui, après cinq ans de gouvernance et des projets comme la loi Santé. De 52 % en juin 2012, la cote de popularité de Marisol Touraine est tombée à 9 % en février 2015. C’est une chute massive ! À titre de comparaison, Philippe Douste-Blazy était à 15 % d’opinions favorables en janvier 2005, et Roselyne Bachelot à 24 % en mars 2010…

WUD. Je suis candidat à la présidentielle et je veux absolument séduire les médecins, que dois-je faire ?

EP. (Rires.) Vous évitez de faire un projet de loi Santé comme le gouvernement Hollande ! Vous proposez davantage de protection pour les médecins et peut-être moins de contraintes administratives. Je déduis cela du rejet du projet de loi Santé par les médecins ainsi que de dispositions comme le tiers-payant généralisé ou le service territorial de santé au public, qui a été massif.

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La rédaction

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