Les futurs médecins sont-ils (bien) formés à la vaccination ?

64% d’entre eux déclarent ne pas être assez formés pour communiquer sur le sujet, 42% doutent de leurs compétences pratiques et 41% des sources d’information. C’est ce qu’il ressort d’une étude réalisée auprès d’étudiants en médecine de 6e année publiée en 2017 (1)

Une poignée d’heures entre le 1er et le 2e cycle des études médicales, puis des topo vaccin par vaccin au fil des référentiels de 2e cycle. La formation initiale à la vaccination ne pèse pas lourd dans le cursus. « Nous sommes formés rapidement au fonctionnement des vaccins et à leur balance bénéfice-risque, comme pour les autres médicaments », indique Romain Levesy, premier vice-président de l’Anemf, en 4e année. « Mais je déplore un manque d’informations sur les aspects prévention. Comment arriver à expliquer à quelqu’un l’importance de se faire vacciner si l’on n’a pas soi-même reçu des explications ? », ajoute-t-il. Les futurs médecins qui s’intéressent à ce sujet doivent donc faire des recherches de leur côté pour approfondir leurs connaissances...
 

De graves lacunes au pays de Pasteur 

32% des médecins pensent que le vaccin contre la grippe contient un adjuvant (ce qui n’est pas le cas) et 43% déclarent ne pas être à l’aise pour expliquer le rôle des adjuvants à leurs patients, soulignait une enquête de la Drees en mars 2015 (2). Par ailleurs, selon cette même étude, près d’un quart des médecins sont hésitants, voire très critiques, à l’égard des vaccins. « Leur hésitation à vacciner pourrait renforcer celle des patients et contribuer à l’insuffisance des couvertures vaccinales, en particulier dans les situations sujettes à controverse », soulignaient les auteurs de cette étude. Sans compter les réticences à se faire vacciner eux-mêmes : seuls 35,4% des professionnels de santé en hôpital et en clinique étaient vaccinés contre la grippe l’an dernier, selon une étude Santé publique France (3) publiée lundi dernier.
Concernant le vaccin contre la grippe, le SNJMG dénonce « le recours forcé au vaccin quadrivalent » et le manque d’informations en direction des médecins à ce sujet, dans un communiqué du 15 octobre dernier (4). 
 

Comment améliorer la situation ?  

« La formation des futurs médecins à la prévention doit être renforcée et intégrer des modules plus détaillés sur les vaccins », estime Romain Levesy. Les médecins généralistes en exercice réclament les outils suivants : des argumentaires sur les bénéfices/risques de chaque vaccin afin de mieux communiquer en direction de leurs patients, des livrets d’information à leur donner, et un carnet de vaccination électronique, comme le montrait l’étude de la Drees. Déplorer la recrudescence inquiétante des épidémies de rougeole en Europe et l’avalanche de « fake news » sur les vaccins est une chose ; donner des moyens aux professionnels de santé pour jouer vraiment la carte de la prévention permettrait de lutter un peu mieux contre la vaccinophobie virale actuelle.   

Sources :
1-https://europepmc.org/abstract/med/28237636
2- https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er910.pdf
3-https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2019/contre-la-grippe-la-meilleure-des-protections-c-est-la-vaccination
4-http://www.snjmg.org/blog/post/vaccins-contre-la-grippe-la-polemique-de-2018-rebondit-en-2019/1657
 
 
 

Portrait de Sophie Cousin

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