Les femmes médecins font face à une discrimination « insidieuse et persistante »

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La grossesse, un handicap professionnel ?

Une étude qualitatives parue dans le BMJ suggère que le statut de mère ou de mère potentielle engendre un traitement différent sur le salaire, l’avancement, en plus d’un manque de soutien pendant la grossesse ou autour du congé maternité.
 

D’après le dernier Atlas de la démographie médicale de l’Ordre des médecins, les femmes sont encore minoritaires parmi les médecins : elles représentent 47 % des effectifs nationaux. Elles ont en revanche clairement pris l’ascendant dans les jeunes générations, avec 59 % des nouveaux inscrits en 2018.
 
Elles seraient pourtant encore discriminées, notamment en raison de leur probabilité à mener une grossesse. Ces discriminations ont fait l’objet d’une étude publiée dans le BMJ de Noël – et sans lien avec les études décalées qui y figurent tous les ans. Bilan : les chercheurs ont relevé des inégalités financières, moins d’opportunités d’évolution de carrière, un manque de soutien pendant la grossesse et après l’accouchement.
 
Enfanter ou évoluer
 
L’étude, un sondage sur 947 membres du groupe Facebook Physician Moms analysé par des chercheurs de UCSF et de Berkeley (Etats-Unis), suggère une discrimination « insidieuse, persistante et parfois flagrante » dont les médecins ont fait l’expérience, et liée à leur statut de mère.
 
Quelques exemples sont listés : un refus d’augmentation ou de bonus en raison d’un congé maternité (même face à des objectifs de productivité dépassés), l’attribution de promotions à des collègues moins qualifiés, et parfois même des modifications de contrats de travail, voire même des licenciements à l’annonce d’une grossesse ou au retour de congé maternité. D’autres encore se sont plaintes d’un manque de flexibilité d’emploi du temps, notamment au moment de l’allaitement et du tirage de lait. Le management leur imposait même parfois des horaires encore plus stricts qu’à leurs confrères ou consœurs.
 
La parentalité, une histoire de femmes
 
L’étude, comme les auteurs le reconnaissent, a des limites : elle repose sur des témoignages. Elle a également été menée aux États-Unis, dont les règles en matière de congé maternité sont moins strictes. Deux études parues dans le Jama montrent que les resident (à peu près les équivalents des chefs de clinique ou des assistants) sont loin d’obtenir les 12 semaines de congé maternité auxquels ils sont censés avoir droit. Mais, malgré les différences culturelles, les situations sont similaires.
 
Et malgré ces restrictions, l’étude met en lumière un principe qui peut paraître comme une évidence une fois formulé : la parentalité est perçue comme un problème de femmes, et pas de parent, comme l’estime Kate Lovett, doyenne du Royal College of Psychiatrists in London, dont l’éditorial accompagne l’étude. Et tant que cette idée perdurera, « la discrimination maternelle restera un problème ».

Portrait de Jonathan Herchkovitch

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