Le service sanitaire lancé dès la rentrée 2018

Des étudiants (en santé) dans les écoles

Les ministres de la Santé et de l’Enseignement supérieur ont annoncé la mise en place du service sanitaire pour tous les étudiants en santé. Dès la rentrée 2018, 47 000 jeunes seront concernés, et devront effectuer des missions de 3 mois, axées sur la prévention.

Le service sanitaire était une promesse du candidat Macron, pour laquelle le Pr Loïc Vaillant, ancien président de l’Université de Tours et de la commission santé de la CPU (1), avait été chargé de définir les contours. Ce lundi 27 février, Agnès Buzyn et Frédérique Vidal en ont expliqué les détails. Dès la rentrée 2018, les étudiants en médecine, en pharmacie, en odontologie, en maïeutique, en kinésithérapie et en soins infirmiers seront mobilisés pour des stages de trois mois à mi-temps.

Ces stages obligatoires seront axés sur la prévention, notamment à destination des jeunes. Nutrition, tabagisme, consommation d’alcool, activité physique et prévention sexuelle seront au programme pour tous ces jeunes, qui mèneront des actions dans les établissements scolaires et d’enseignement supérieur, mais pas seulement. Le dispositif devrait aussi inclure de la prévention en entreprise, dans les lieux de privation de liberté, dans des centres médico-sociaux et dans les Ehpad.

Former le public et les formateurs

Plusieurs intentions sont liées à ce projet. La première est double : moderniser l’approche de la médecine, en mettant l’accent sur la prévention primaire. Au bénéfice des patients à court terme, mais aussi de la pratique de ces futurs professionnels de santé : pour leurs projets et leurs interventions, les étudiants seront formés.

Deuxième objectif annoncé par Agnès Buzyn : favoriser l’interdisciplinarité, en créant des groupes composés par des étudiants provenant de différentes branches professionnelles de la santé.

La ministre de la Santé justifie également l’implication des jeunes par l’impact qu’ils ont auprès de leurs pairs. « L'intérêt c'est que ce ne sont pas des adultes, des médecins ou des pharmaciens qui parlent à des jeunes, mais des jeunes qui parlent à des jeunes », a-t-elle expliqué à Angers, lors de sa présentation, en soulignant l’efficacité de cette implication. « Les expériences que nous avons vues pour l'instant à Angers sont extraordinaires ».

Rien à gagner, rien à perdre

Les étudiants en médecine seront impliqués dès la D1, sous forme de projets. Des expérimentations dans le cadre du projet commenceront en mars à Angers, Dunkerque, Caen et Clermont-Ferrand. En 2019, futurs médecins, kinés et autres seront rejoints par l’ensemble des étudiants en santé (ergothérapeutes, diététiciens, audioprothésistes…).

Côté rémunération, rien de prévu. Si le service sanitaire s’insère dans le cadre d’un stage rémunéré, il sera rémunéré ; sinon, walou. Une enveloppe de 7 millions d’euros par an est prévue pour couvrir les éventuels frais de déplacement des étudiants pour leurs interventions.

Personnel gratuit ?

L’Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), qui accompagne la mesure, la valide totalement. Sur Twitter, Yanis Merad, son président, la qualifie de « belle » et « ambitieuse ». Mais cet engouement n’est pas partagé par toute la profession.

Sur Twitter toujours, plusieurs médecins ont réagi en dénonçant une manoeuvre pour un investissement minimum sur des thématiques fondamentales. Traduction : on fait travailler des étudiants à l’oeil pour éviter d’avoir à recruter et former du personnel, et pour réaliser des missions de prévention. « Ils vont parler dans les Ehpad... Gratis... Et pendant ce temps on n’investit pas dans les Ehpad, ou de façon homéopathique », a réagi le Dr Jérôme Marty, de l’Union française pour une médecine libre (UFML).

D’autres reprochent le manque de légitimité d’étudiants en début de formation pour parler de nutrition par exemple. Christian Lehmann, quant à lui, préfère détourner le sujet.

(1)  Conférence des Présidents d’Université. 

Source: 

Jonathan Herchkovitch

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