Le Pr Philippe Even échappe à la radiation

Condamné en première instance à une radiation du tableau de l'ordre pour avoir diffamé des confrères, le Pr Philippe Even a vu vendredi dernier sa peine ramenée à une interdiction d'un an d'exercice par la chambre disciplinaire nationale de l'ordre des médecins.

Remise de peine pour le controversé Pr Philippe Even, accusé cette fois-ci d’avoir diffamé des confrères. La chambre disciplinaire nationale de l'ordre des médecins a en effet annulé vendredi la sanction de radiation du tableau infligée en première instance. Pour ramener la peine à une interdiction d'un an d'exercice.
 
Le Pr Even, dont l’âge flirte dangereusement avec les 90 piges, avait déjà fait parler de lui pour des faits similaires, sanctionné d’un blâme par l'ordre des médecins en décembre 2015, suite à la publication d'un "Guide des médicaments utiles, inutiles ou dangereux", coécrit avec le Pr Bernard Debré.
 
L'urologue et le pneumologue remettaient à l’époque en cause les preuves scientifiques étayant l'efficacité de la désensibilisation, qualifiaient les allergologues de "gourous", "charlatans", de "marchands d'illusions". Tout en condamnant le recours systématique aux statines pour traiter l'hypercholestérolémie. Et d'ajouter que "80% des médicaments ne servent à rien".
 
Dans cette nouvelle affaire, la chambre disciplinaire de première instance d'Ile-de-France avait prononcé en décembre 2016 la radiation du pneumologue, poursuivi cette fois-ci par le Conseil national de l'ordre des médecins (Cnom) pour avoir diffamé des confrères dans un ouvrage publié en septembre 2015 : "Corruptions et crédulité en médecine" (Editions du Cherche-Midi).
 

Les cardiologues les plus "corrompus" 

Dans ce livre, le Pr Even s'en prenait aux statines, aux Naco (nouveaux anticoagulants oraux ou anticoagulants oraux directs -AOD) et aux antiagrégants plaquettaires (AAP). Et, sacrilège, citait nommément les cardiologues les plus "corrompus" de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP).
 
Objectif : "démontrer les liens d’intérêt existant entre l’industrie pharmaceutique et certains médecins ou professeurs de médecine en vue de la promotion de médicaments dangereux ou inutiles pour le traitement de maladies inexistantes, en particulier l’hypercholestérolémie",  a relaté la chambre disciplinaire nationale dans sa récente décision. 
 
De nombreux médecins ou professeurs étaient accusés tout au long de l’ouvrage "de mensonge, d’incompétence, de falsification de résultats d’expériences, de vénalité, de concussion", selon les juges ordinaux. La chambre disciplinaire de première instance avait donc estimé que le Pr Even tenait à l'égard de plusieurs confrères "des propos méprisants, diffamatoires, notamment en ce qui concerne leurs qualités professionnelles, et grossiers, en particulier par l'utilisation des termes de 'mafia', de 'p... académiques'".
 
 La 17e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance (TGI) de Paris avait donc condamné en octobre le Pr Even pour diffamation à l'égard de trois confrères, le contraignant à supprimer les passages jugés diffamatoires de l'ouvrage.
 

Grave manquement au devoir de confraternité

 
Pour la chambre disciplinaire nationale, "l’ensemble de ces faits (…) sont de nature à déconsidérer la profession" au sens de l'article 31 du code de déontologie médicale et "révèlent un grave manquement du Pr Even au devoir de confraternité" inscrit à l’article 56 du même code.
 
Mais ces faits ne méritaient pas non plus une radiation, selon les juges d'appel qui ont considéré que la sanction de l’interdiction d’exercer la médecine pendant un an était "une plus juste appréciation de leur gravité".
 
La peine devra être exécutée du 1er juillet 2019 au 30 juin 2020. Le Pr Even ou le Cnom ont un délai de deux mois pour se pourvoir devant le Conseil d'État.
 
En attendant, le Pr Even semble toujours avoir un coup d’avance puisqu’il a co-écrit avec le Pr Debré "Dépressions, antidépresseurs : le guide",  publié fin 2018. Le livre fustige quarante ans de dérive dans le traitement de la dépression. Selon eux, dans l’immense majorité des cas, les antidépresseurs sont prescrits inutilement car les médecins généralistes ne savent pas faire les bons choix. Un ouvrage polémique de plus qui, aussi surprenant que cela puisse paraître, n’a toujours pas subi les foudres judiciaires de l'Ordre des médecins.
 

Source: 

Avec APMnews

Portrait de Julien Moschetti

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