Le « Dry january », une mode détox de bobo-écolo-fitness-végan ?

Le Dry january débarque en France avec son lot de communication et d’interprétations hasardeuses sur les performances sexuelles de ses adeptes. Mais le concept semble intéressant sur le plan addicto.
 

Vous en avez sans doute entendu parler, au détour d’une conversation postprandiale de Noël ou d’un post sur Facebook, accompagné d’un « De toute façon, le premier janvier, pour moi, c’est détox total, quoi ». L’idée est peut-être revenue telle un boomerang assourdissant au réveil du 1er janvier : le « Dry january », après tout, why not ?
 
C’est la tendance de cette année 2019 : un jeûne alcoolique d’un mois pour commencer l’année. Une sorte de bonne résolution sans trop d’engagement, une petite dose de bonne conscience qui nous arrange un peu, finalement. Une mode qui fait parler d’elle, et qui va sans doute bientôt arriver en consultation sous la forme d’un traditionnel « Dites, docteur, qu’est-ce que vous en pensez ? ».
 
Le Moi(s) sans alcool
 
Et alors, qu’est-ce qu’on en pense ? Et d’abord, d’où vient cette idée (saugrenue) ? Le Dry january, comme son nom le suggère, nous vient du Royaume-Uni. C’est une initiative lancée par l’association britannique Alcohol change UK en 2012. Comme d’habitude, en France, nous regardons si ça fonctionne, et ensuite on y va (ou pas).
 
Cette fois, comme pour le Moi(s) sans tabac, l’idée semble fonctionner et prendre en France. DU moins, on en parle. Plusieurs petites études menées à l’université du Sussex suggèrent que le Dry january a des effets positifs sur la santé (tension artérielle, poids, peau, concentration, énergie…) ; mais ça, vous vous en doutiez. Ce qui est plus intéressant, c’est son impact en termes addicto à moyen terme.
 
Galette des rois à l’eau, Assomption sans Monaco
 
La dernière étude en date semble montrer que la privation d’alcool pour un mois entier se fait sentir positivement dans la durée. Les 800 candidats suivis sur 6 mois rapportent une consommation d’alcool moins importante au mois d’août. En moyenne, ils boivent de l’alcool 3,3 jours par semaine, contre 4,3 jours avant l’expérience, et leur consommation a chuté de 8,6 à 7,1 unités hebdomadaires. Mais c’est du côté des grosses cuites que l’effet est le plus visible : les épisodes mensuels d’alcoolisation massive ont fortement diminué : 3,4 avant, 2,1 après.
 
« De manière intéressante, ces modifications d’habitudes de consommation d’alcool ont également été observées chez les participants qui n’ont pas tenu le mois d’abstinence – même si elles sont légèrement plus faibles », souligne le Dr Richard de Visser, psychologue à l’université du Sussex, et auteur principal de l’étude. L’abstinence de janvier permet notamment à ceux qui la pratiquent d’évaluer leur dépendance à l’alcool.
 
Et vous ?
 
Cette petite étude n’est pas à toute épreuve, mais montre une tendance intéressante. Au Royaume-Uni, un sondage rapporte que plus de 4 millions de britanniques seraient prêts à tenter l’expérience en 2019. Une application a été conçue pour les aider. Après la cigarette et le Moi(s) sans tabac, le Dry january pourrait faire des émules en France.
 
Si vos patients vous posent la question mais restent sceptiques parce que leur consommation « est suffisamment faible pour que les bénéfices soient supérieurs aux risques », ou parce que « l’étude manque de puissance méthodologique et statistique » –  on ne sait jamais – vous pourrez toujours leur mettre la grande étude du Lancet sous le nez ou simplement leur résumer : « le niveau de consommation qui minimise l’impact de santé est égal à zéro ».
 
Et sinon, vous, médecin, on sait que vous buvez très peu depuis la fin de votre internat (…), mais vous seriez prêt à tenter le défi ?
 

Portrait de Jonathan Herchkovitch

 

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