L'attache à sa mère

Critique de "L'Origine du Monde", de Laurent Lafitte (sortie le 15 septembre 2021)

Un quarantenaire en pleine crise existentielle s'aperçoit que son coeur ne bat littéralement plus. Pour tenter d'échapper à la mort, une seule solution: faire repartir son coeur "cosmique" en le confrontant à son origine anatomique. Par chance, ou pas, il n'est pas né par césarienne... Le premier bébé de Laurent Lafitte, en mode grossesse nerveuse, est une comédie au forceps qui fait totalement "pschiitt"!

Les comédies modernes se doivent d'être dotées d'un pitch imparable et irracontable. L'accroche, toujours l'accroche. Tout comme ces bandes-annonces, plutôt réussies, qui annonçaient L'Origine du Monde comme un film bien barré, à l'humour mordant. C'est ceci dit partiellement vrai, et certaines scènes, bien écrites et bien jouées, laissent planer l'espoir régulier que le premier film du néanmoins excellent Laurent Lafitte prendra son envol vers la férocité et l'absurdité auxquelles il semblait promis. 

D'où provient cette sensation d'assister à un naufrage? Même pas un crash, puisque finalement rien ne décolle jamais réellement. Peut-être parce que le film, auréolé d'un surprenant label Cannes 2020 (qui s'avère de plus en plus être un fourre-tout visant uniquement à promouvoir un cinéma français qui n'aurait probablement pas eu droit aux mêmes honneurs si la Sélection Officielle s'était tenue l'an dernier), laissait augurer un vent de fraîcheur et d'originalité sur l'univers balisé et franchement morne de la comédie "à la française". Peut-être aussi parce que Lafitte, de par ses interventions à l'humour dérangeant toujours bien calibré, était l'homme idéal pour transposer à l'écran une pièce de théâtre qui envoie valser le tabou de la toxicité du lien maternel causée non pas par l'excès d'amour mais plutôt par son absence. 

C'est justement ce qui manque terriblement au film: l'amour. Gratuitement méchant, jamais empathique, Lafitte illustre avec une fausse élégance toute la médiocrité contenue dans l'époque. D'une pièce aux dialogues féroces et enlevés, il aboutit à une adaptation totalement lisse dans sa réalisation de bon élève appliqué  et aigre dans son propos d'enfant terrible. Dans les deux cas: convenue. Oui, l'homme moderne, enfin le parisien friqué hein, s'abîme et perd son élan vital à force de s'emprisonner sous un monceau de marques de luxe et de week-ends en Normandie. Et pour bien se démarquer du théâtre filmé, on ajoute quelques séquences oniroïdes d'un ridicule achevé. Il est à espérer que la contagiosité de ce "syndrome Nicolas Bedos" s'arrêtera là et ne provoquera pas d'épidémie bien française. 

Alors oui, malgré tout, on distinguera le jeu de la plupart des acteurs, du moins ceux qui héritent des personnages les moins antipathiques ou accessoirisés - pauvre Karin Viard: Nicole Garcia réussit en quelques scènes à se jouer d'elle-même comme jamais, et Vincent Macaigne, de plus en plus caméléon en sosie de François Hollande jeune, est drôlatique sans se forcer. Mais tout de même, assister au démontage régulier d'une petite vieille que Lafitte a vraisemblablement voulue criante de vérité puisqu'interprétée avec une sincérité désarmante par la pauvre Hélène Vincent, lui faire subir tous les outrages, qu'il justifie de surcroît par un artifice scénaristique grossier et mal amené qui démonétise dès lors le côté faussement absurde de ce film au final sordidement logique, est un spectacle dont on se serait aisément passé. Le jeu de massacre confine au sadisme gratuit. Mais il est tellement ennuyeux qu'il ne peut même pas prétendre au titre de scandale...

Portrait de Guillaume de la Chapelle

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