La télémédecine, une médecine au rabais ?

Une étude américaine décèle des problèmes de qualité dans les habitudes de prescription des télémédecins.

En France, quand le mois dernier, un assureur a proposé un service de téléconsultation à ses clients, c’est toute la profession médicale qui s’est levée. Aux Etats-Unis, la situation est totalement différente : consulter sans voir le médecin est devenu banal, ce qui n’est pas sans poser des problèmes. Une étude publiée la semaine dernière a comparé les habitudes des praticiens américains, pour savoir si leur comportement est différent lorsqu’ils ne sont pas physiquement en présence de leur patient. Et le résultat a de quoi faire réfléchir.

Les auteurs ont confronté les ordonnances reçues, dans le cadre d’une consultation pour des infections respiratoires aigües, par 1 700 utilisateurs du service de téléconsultation Teladoc d’une part, et celles de 64 000 personnes comparables ayant consulté un médecin « à l’ancienne » d’autre part.

Si le taux de prescription d’antibiotiques était similaire dans les deux groupes (58% pour les téléconsultations, contre 55% pour les consultations physiques), les chercheurs ont remarqué que les télémédecins avaient une sérieuse tendance à prescrire des antibiotiques à large spectre. Ils les choisissaient dans 86% des cas où ils avaient recours aux antibiotiques. Par comparaison, ce chiffre était de 56% quand la consultation avait lieu dans un cabinet. D’après les chercheurs, les télémédecins pourraient préférer ces médicaments parce que, disposant d’informations diagnostiques limitées, ils sont contraints d’utiliser des solutions moins ciblées.

« Les antibiotiques prescrits durant les consultation de télémédecine posent des questions spécifiques de qualité qui nécessitent une attention poussée », explique Lori Uscher-Pines, auteure principale de l’article, sur le site de RAND Corporation. En effet, les molécules à large spectre sont plus chères et favorisent davantage le développement d’antibiorésistances.

Dans ces conditions, la télémédecine, que l’on présente comme une solution à la désertification médicale, pourrait bien se révéler être également un gouffre pour les dépenses de santé...

Source: 

Adrien Renaud

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