La simulation au service de l'humanitaire

Simulation et humanitaire, le lien n'es pas forcement évident… et pourtant !

Mettre les aspirants au départ pour l’humanitaire dans des situations similaires à celles qu'ils rencontreront, c’est les préparer à travailler dans des conditions dégradées, comme dans le cadre de la médecine de catastrophe. Bien sûr, il est difficile d'être formé à tout ce qui peut survenir lors d'une mission humanitaire ; mais il est possible d'acquérir des outils pour se débrouiller. « Le plus dur c'est finalement de "désapprendre" sa pratique habituelle. Cela nous semble insurmontable de nous passer des appareils que nous utilisons tous les jours, ou de travailler dans le noir avec des lampes frontales ; c'est pourtant le quotidien des missions humanitaires » explique Chantal Lory-Charrier, ex-présidente de Handicap Santé. Les militaires ont été les premiers à entraîner leur personnel avant les missions.

Le Pr Bruno Debien, réanimateur militaire ayant participé à des opérations extérieures dans différents pays, et ancien responsable du centre de formation à l'urgence de l'armée française, est depuis toujours un adepte de la simulation. « On apprend avec sa tête, mais on retient avec ses tripes. La simulation utilise les deux, car on vit la situation viscéralement et on a le temps d’utiliser sa tête pendant et après avec le débriefing ! ».

Il raconte des séances où il faisait courir les "entraînés" avec de lourds sacs à dos, avant de les mettre en présence de mannequins et de patients simulés par d'autres militaires, dans des salles sans lumière résonnant de bruits d'explosion, avec un matériel limité.

Emergensim, se préparer au pire

En 2013, il a quitté les forces armées et fondé EmergenSim, "organisme de formations opérationnelles à l'urgence utilisant la simulation". Il réalise des sessions différentes selon les demandes des hôpitaux ou des organismes, "à la carte". Ses deux axes : la gestion des situations critiques en structure de soins, et la prise en charge des urgences en conditions dégradées ou extrêmes (environnement difficile, situation de conflit ou de catastrophe). « Ces formations sont tout à fait adaptées à des missions médicales humanitaires, les paramètres étant ajustés aux moyens locaux, pour entraîner les apprenants dans les conditions les plus proches de leur future mission ». L'autre grand intérêt de la simulation est de l’utiliser non pas pour aider les "humanitaires", mais pour la formation des soignants locaux, un des objectifs fondamentaux de l'aide humanitaire. À cet effet, la simulation, même avec très peu de moyens, est un outil idéal pour réaliser des enseignements appropriés et de bonne qualité.

Simulation version système D 

Frédéric Lepetit, infirmier anesthésiste en Bourgogne, a ainsi vécu une expérience amusante et émouvante lors d'une mission au Mali avec Les Enfants de l'Aïr. L'association devait évaluer les besoins en formation et en matériel au CHU du point G, à Bamako.

Avec une des sages-femmes de l'association, ils ont imaginé des scénarios reprenant les situations les plus fréquentes de complications en salle de naissance, et ils ont mis en place une simulation avec les moyens du bord. N'ayant pas de faux sang pour mimer l'hémorragie de la délivrance, ils ont utilisé des betteraves bouillies, dont ils ont récupéré le jus, mélangé à de petits morceaux représentant les caillots. La sage-femme ayant apporté dans ses bagages un bassin osseux anatomique, ils ont demandé à la fausse accouchée (une élève sage-femme qui les accompagnait), de le tenir contre elle, après y avoir fourré un sac-poubelle percé de trous, rempli de la préparation à base de betteraves, que l'actrice devait presser régulièrement, avant de faire semblant de s'évanouir.

« Nous avons été bluffés de voir comme les participants adhéraient à notre simulation "système D" ». L'engouement était tellement grand qu'à la mission suivante ils ont décidé de mettre en place d'autres scénarios, avec un vieux buste simple pour le massage cardiaque externe, et une perfusion factice pour le Syntocinon. Frédéric a été surpris et ému quand il a entendu les soignants locaux exprimer ce qui semblait pour eux évident : « La vie est trop précieuse pour que les gens qui sont en train d'apprendre s'entraînent sur des personnes vivantes ». « La simulation haute fidélité est loin d'être réalisable dans la majorité des villes d'Afrique. Mais ces expériences nous ont prouvé que la simulation est faisable avec les moyens du bord. Et même si celle que nous avons développée est perfectible et peu réaliste, elle a rencontré un accueil très favorable ! Ce qui est le plus important, c'est le principe. L'outil est secondaire ; il faut savoir s'adapter » conclut Frédéric.

Portrait de Sarah Balfagon
article du WUD 20

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