La PMA, la clinique espagnole et le bébé qui vous ressemble

Le débat sur la PMA n’a que peu de sens s’il est posé dans les limites hexagonales. La preuve : des cliniques étrangères n’hésitent pas à franchir nos frontières pour démarcher les patients et les aider à contourner la réglementation française.

C’est un e-mail comme tout journaliste santé en reçoit par kilos. « Voulez-vous que votre enfant vous ressemble ? », lui demande-t-on en objet. « Euh, oui, euh, non, euh, je sais pas », songe-t-il pendant que son doigt s’approche de la touche « Suppr ». Mais quelque chose le retient. Le message provient d’une clinique espagnole spécialisée dans la Procréation médicalement assistée (PMA). Celle-ci cherche à attirer les patients français en leur proposant de sélectionner un donneur de gamètes qui partage avec eux non seulement des caractéristique physiques (couleur de peau, de cheveux, etc.), mais aussi des « traits de personnalité héréditaires ». Voilà qui mérite qu’on y consacre un peu d’attention.
L’établissement ibérique prétend s’appuyer sur une méthode appelée « matching de la personnalité », qui déterminerait si une personne est plutôt intravertie ou extravertie, si sa manière de prendre des décisions est plutôt logique ou émotionnelle… Au-delà des interrogations touchant à la validité scientifique de telles allégations, une question se pose : qu’espère un établissement espagnol en contactant un journaliste français sur un sujet qui paraît, a priori, aussi fumeux ?

La PMA, un business transnational ?

« Tout cela est très commercial, répond Nathalie, secrétaire et écoutante pour l’association Maia, qui accompagne les parents français dans leur parcours de PMA. Beaucoup de patients sont très angoissés à l’idée qu’on ne va pas respecter leur désir d’avoir un enfant qui leur ressemble. » Traduction : les centres de PMA se trouvent en concurrence sur un marché européen, voire mondial. Alors que les établissements français se bornent, pour apparier donneur et receveur de gamètes, à comparer les phénotypes et à prendre en considération certains facteurs de risque médicaux (diabète, par exemple), leurs concurrents espagnols proposent davantage, de façon à attirer le chaland. « Les centres espagnols ont énormément développé leur activité sur une patientèle étrangère en tirant parti des limites qui existent dans d’autres pays », décrypte le Dr Mikaël Agopiantz, coordinateur du centre de PMA au CHRU de Nancy. Celui-ci confirme qu’il lui arrive très fréquemment d’avoir des patients dont les besoins ne peuvent être satisfaits qu’à l’étranger, soit parce que les délais d’attente sont trop importants en France, soit parce que leurs demandes n’entrent pas dans le cadre législatif français.

Vérité en deçà des Pyrénées…

D’où une conclusion assez vertigineuse : tous les débats éthiques que nous avons, par exemple dans le cadre de la révision de loi de bioéthique, sont largement caducs dès qu’on sort du cadre national… Et les patients (du moins ceux qui en ont les moyens financiers) n’ont aucune raison de rester dans ce cadre. « Oui, la PMA est élitiste, affirme, désabusée, Nathalie. Si vous payez, vous aurez votre bébé. »
Faut-il alors aligner la loi française sur les réglementations étrangères les plus permissives ? Pas forcément, répond Mikaël Agopiantz. « Ce n’est pas parce que les citoyens vont dans d’autres pays qu’il faut tout rendre légal absolument », estime le Nancéen. Mais faire l’autruche en refusant de voir ce qui se passe hors de nos frontières n’est selon lui pas non plus une solution. Que le législateur soit prévenu !

Portrait de Adrien Renaud

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