La genèse selon Interaction Healthcare

Les cas cliniques sont morts, vive les consultations virtuelles ! `A l’heure o`u tous les D4 peuvent enfin respirer après les ECNi, de nouvelles voies s’ouvrent dans le domaine de la formation, et peut-être à terme de l’évaluation. Un générateur de consultations virtuelles est en train de voir le jour. Il va probablement « disrupter » l’apprentissage médical.

Tout commence par la création d’un avatar. Pas pour soi, mais pour le patient. Puis vient le choix d’un environnement. Il faut ensuite remplir les antécédents, les traitements… Et enfin décider des éléments de l’examen clinique et des examens complémentaires qui entreront dans le cas clinique. Car il s’agit d’une consultation virtuelle qui peut être créée à partir d’une plate-forme, Patient Genesys.

Interaction Healthcare (IH) est un acteur bien connu dans le domaine de la simulation en santé. Patient Genesys découle d’un constat simple : l’entreprise était très souvent sollicitée par des universités ou des instituts de formation pour développer des cas cliniques en 3D. Le problème : les clients avaient besoin d’un certain volume d’exercices pour entraîner leurs élèves, mais le développement au cas par cas (clinique) revenait assez cher.

Ils ont donc lancé ce projet de générateur de consultations virtuelles avec quatre partenaires. Le premier, un laboratoire du CNRS appelé LIMSI, a développé l’agent conversationnel sur lequel repose le dialogue avec le patient. Complémentaire, la start-up Voxygen, financée en partie par la région Bretagne, s’est chargée des voix de synthèse. L’incontournable Vidal permet de fournir la base de données des correspondances entre DCI et noms de médicaments, ainsi qu'une évaluation des interactions médicamenteuses possibles. Enfin, le CHU d’Angers, avec le Pr Jean-Claude Granry en tête, gère la partie conseils, évaluations et tests médicaux.

Outil pédagogique à destination des enseignants

Patient Genesys a bénéficié d’un financement par le fonds unique interministériel (FUI), un fonds transverse qui soutient des projets à caractère innovant. « La première volonté de la plate-forme est d’être un outil pédagogique utilisé par les enseignants », explique Nathalie Piérard, coordinatrice du projet Patient Genesys. Il s'agit également de faciliter le développement d’une base de cas cliniques de type consultations virtuelles, plus vivants et interactifs que les cas cliniques « classiques ».

En effet les auteurs (les facs ou centres de formation) pourront vendre leurs cas cliniques via une autre plate-forme développée par IH en parallèle : Medicactiv’. Ils seront rémunérés selon le volume d’achat de leurs cas cliniques. « Pour les acheteurs, il est envisagé de fournir plusieurs bouquets de cas cliniques, associés à un certain volume d’utilisateurs, selon la taille de la structure acheteuse. » Patient Genesys devrait être opérationnel vers la fin de l’été 2016, et Medicactiv’ début 2017. Les deux voies d’évolution futures sont une version destinée aux infirmières, ainsi qu’une version en langue anglaise, car le Canada et les États-Unis sont également très demandeurs.

Question importante, qui fait toujours débat : la validation des connaissances et des compétences. Les développeurs de Patient Genesys ont travaillé sur un mode « évaluation », dans lequel en plus des commentaires et corrections, l’utilisateur peut obtenir une note. « Nous avons souhaité nous positionner par rapport aux ECN. À la fois pour la version pédagogique, dans laquelle le déroulé de la consultation est inspiré des cas cliniques déjà existants, et a été validé par nos collaborateurs médecins du CHU d’Angers. Mais surtout pour la version évaluation, où la notation correspondra à celle des ECN actuels, avec des QCM aux étapes de prise de décision. Cependant, il faut du temps pour ce développement, car les notations doivent être réalisées avec une grande rigueur » souligne Nathalie Piérard. Mais alors, après le passage sur tablettes, les ECN(i) pourraient-elles changer de forme et se dérouler à partir de consultations virtuelles ?

Se rapprocher au maximum de la réalité 

Jean-Christophe Paul, responsable du département des Formations santé au ministère de l’Enseignement supérieur, tempère : « La question de l'évolution des modalités techniques d'illustration des questions posées lors des ECN a bien entendu été évoquée par les différents acteurs. Les projets consistant à inclure des sons ou des films de courte durée dans les épreuves afin de servir de base aux questions et de se rapprocher de plus en plus de la réalité des cas cliniques en font partie. Cependant, ces développements nécessitent des infrastructures techniques lourdes et surtout une stabilisation et une pérennisation du système avant toute nouvelle évolution. »

Donc le changement ce n’est pas encore pour maintenant, mais on l’attend !

Portrait de Sarah Balfagon
article du WUD 26

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