La FHF veut sanctionner les médecins intérimaires pour revaloriser le statut de PH

La FHF est revenue sur la réforme de la formation initiale inscrite dans « Ma Santé 2022 » mais aussi sur la question de l’attractivité médicale, lors de sa conférence de presse de rentrée qui s’est déroulée ce matin à Paris.
 

« La crise des urgences est le révélateur de la nécessité d’une réforme systémique », estime la FHF (Fédération hospitalière de France) qui a fait le bilan ce matin, lors de sa conférence de presse de rentrée, de « Ma Santé 2022 » qui comportait un volet important sur la réforme de la formation initiale.
 
Sur ce sujet précis, le syndicat s’est réjoui de la suppression du numerus clausus, mais il a tenu à rappeler, par la voix de Marie Roussel, responsable du pôle « ressources humaines hospitalières », l’importance de « la question de la définition des objectifs de formation, que ce soit en quantité ou en compétences, mais aussi de leur répartition selon les territoires. La suppression du numerus clausus ne va pas tout résoudre. Donc, l’enjeu, aujourd’hui, c’est la bonne répartition de ces objectifs de formation sur l’ensemble des subdivisions. »

Repenser l’attractivité médicale 

Autre motif de satisfaction pour la FHF : que le gouvernement ait affiché son ambition  de mettre en œuvre prochainement le service sanitaire. Depuis la rentrée 2018, 47 000 étudiants inscrits dans les formations en santé interviennent auprès de la population, et notamment en milieu scolaire et universitaire, afin de promouvoir les comportements favorables à la santé. Ce qui « devrait pouvoir participer au déploiement de la politique de prévention et à la sensibilisation de tous les professionnels de santé », a estimé Marie Roussel.
 
Un autre chantier est également prioritaire pour le syndicat : celui de l’attractivité médicale (parcours professionnels, conditions d’exercice, salaires…) Si « Ma Santé 2022 » ne contenait pas des dispositions législatives spécifiques en la matière, elle contenait néanmoins une habilitation du gouvernement à légiférer par voie d’ordonnance pour réformer le statut de praticien hospitalier (PH). Des dispositions qui portent autour de deux grands axes qui avaient fait l’objet d’une concertation mise en œuvre avant l’été.

Revalorisation du statut de PH

Premier axe : la fusion des statuts de PH temps plein et temps partiel. Deuxième axe :  l’élargissement des modalités de recours aux contractuels. Sur ce dernier point, la FHF ne ferme pas la porte, « sur certains territoires ou sur certaines spécialités s'il s’agit d’un besoin, selon Marie Roussel. Mais cet élargissement du recours aux contractuels ne peut s’entendre pour la FHF que s’il y a concomitamment une revalorisation du statut de PH qui doit être toujours attractif. »
 
Tout cela devra passer par « une revalorisation du début de carrière et une revalorisation de la fin de carrière avec un échelon supplémentaire, mais aussi par la reconnaissance de la diversité des activités des PH à temps plein à l’hôpital », a poursuivi Marie Roussel.

Sanctionner les médecins intérimaires

Cette revalorisation du statut de PH passera également pour la FHF par « la sanction des médecins intérimaires qui demandent une rémunération supérieure au plafond légal », a dénoncé Marie Roussel qui a pointé du doigt « ceux qui mettent sous pression les établissements pour qu’ils dérogent à la réglementation. » Et de préciser « que ce ne sont pas les établissements qui souhaitent déroger à la réglementation ».
 
Et Frédéric Valletoux, le président de la FHF, d’enfoncer le clou : « Ce qui est clair, c’est qu’il y a des médecins qui s’encouragent entre eux à se détourner des établissements qui respectent la réglementation (décret de plafonnement), et c’est cela qui pour nous mériterait d’être sanctionné par le Conseil de l’ordre, car il s’agit de pratiques de mercenaires. Ils s’encouragent entre eux à se détourner des établissements pour aller vers d’autres qui acceptent de négocier à la hausse des salaires à l’infini, et ça, cela devrait être répréhensible. »

Les jeunes médecins préfèrent les vacations nocturnes

Quant au Dr Frédéric Martineau, conseiller FHF et radiologue au Centre hospitalier de la Côte Basque (Bayonne), il regrette que le manque d’attractivité du statut de PH l’empêche de recruter des jeunes médecins :
 
« Aujourd’hui, les jeunes médecins ne veulent plus nous rejoindre pour participer à la permanence des soins, cela ne les intéresse plus du tout. Ils sont beaucoup plus attirés par des systèmes de téléradiologie qui proposent des vacations nocturnes qui sont payées entre 700 et 1000 euros net par nuit en fonction de l’activité. »
 
Par ailleurs, le différentiel de salaire entre un radiologue hospitalier et un radiologue privé serait de « 1 à 3, même quand le radiologue hospitalier fait de l’activité libérale. Donc, pour nous, il faut vraiment avoir beaucoup de force de persuasion pour pouvoir convaincre les jeunes de venir rejoindre notre équipe. »

Pénibilité à l’hôpital 

Pourtant, le Centre hospitalier de la Côte Basque dispose de tout l’équipement qu’il faut : scan, IRM, interventionnel, échographie, mammo… « Sauf qu’il y a indiscutablement une certaine pénibilité dans la permanence de soins sur place qui est payée 200 euros net par nuit pour une activité qui est très importante, selon Dr Frédéric Martineau. On fait de la topectomie, donc il faut faire des IRM dans la nuit tout de suite pour prendre en charge les patients qui font des AVC. Je reste convaincu que c’est un exercice très intéressant, mais on est aussi dans une difficulté de rémunération. »

Portrait de Julien Moschetti

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