Frédéric Bizard : "Le Ségur de la santé n’était qu’une négociation salariale"

Une trentaine de médecins, d’économistes et de philosophes publient "Et alors ! La réforme globale de la santé c’est pour quand?" (Editions Fauves). Un ouvrage qui vient de recevoir le Grand prix du livre éco, décerné par BFM Business. Frédéric Bizard, fondateur de l'institut Santé et autour de cet ouvrage, revient sur sa vision du système de santé français. 

Le Ségur de la santé vient de se refermer. Est-ce un premier pas vers une réforme globale du système de santé ?

Frédéric Bizard : Ce n’était pas l’objectif. Il y avait une urgence politique. Répondre à l’exigence de reconnaissance des soignants, et apaiser les tensions sociales très importantes depuis plusieurs mois. Mais ce Ségur de la santé n’était qu’une négociation salariale. Il suffit d’écouter le discours du président de la République pour s'en rendre compte. Olivier Véran parle d’accords historiques et le lendemain de la signature du Ségur, Emmanuel Macron n’a pas prononcé un seul mot à ce sujet dans son discours du 14 juillet. Il n’a même pas cité le Ségur de la santé. Une claque assez monumentale pour son ministre.

Pourtant, le ministre de la santé, Olivier Véran annonce de nouvelles propositions sur la gouvernance à l'hôpital la semaine prochaine. Vous ne pensez pas qu’il y fera des annonces concrètes ?

Je ne crois pas. Concernant la refondation, la gouvernance ou la gestion des carrières à l'hôpital, je ne crois pas un instant que le cabinet d’Olivier Véran puisse préparer autre chose que des mesure cosmétiques. Si le système de santé français est arrivé à ce point de non-retour, c’est parce que le vrai pilote depuis des années, c’est la haute administration. Rien ne changera sans une refonte de cette gouvernance. Et malheureusement, ils ont toujours le même mot à la bouche “on garde le cap”. Et comme aujourd’hui, il n’y a pas de volonté politique de changer ce cap, Olivier Véran annoncera peut-être une mesure cosmétique pour associer un peu les médecins à la prise de décision, mais cela n’ira pas plus loin.

Au-delà de l’administration, n’y a-t-il pas aussi un problème de moyens financiers ?

Nous avons un système de santé compétent qui ne manque ni de ressources financières ni de ressources technologiques. Avoir mis à genoux un système avec autant de ressources, c’est un exploit ! Et cela devrait interpeller tout le monde. Le problème aujourd’hui, ce sont ceux qui ne veulent pas que ce système change. En général, d’abord on parle de réformes structurelles, et après, on chiffre les mesures. Là, le gouvernement fait l’inverse. Il met l’argent sur la table et laisse croire que tout va être réglé. Mais moi, ce qui m'intéresse, c’est de savoir ce que l’on va faire de cet argent. Quelles mesures vont être mises en place, comment, etc.

Donc, pour vous, les problèmes des hôpitaux viennent d’une gestion politique et technocratique ?

Tout à fait. Pendant la crise sanitaire du Covid-19, tout a dysfonctionné, sauf les hôpitaux. Quel paradoxe ! À partir du moment où il n’y avait plus la chape de plomb technocratique au-dessus des équipes médicales et paramédicales, les soignants ont eu toute la créativité nécessaire pour faire face à cette situation d'exception. Et ils ont géré, avec les moyens du bord, sans cette lourdeur technocratique. Malheureusement, après la crise, le naturel technocratique est revenu au galop. Et avec lui, les problèmes sont revenus.

Portrait de Elodie HERVE

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