Explosion des téléconsultations avec la crise Covid-19

Depuis le début de l’année, le nombre de téléconsultations a été multiplié par 10, voire 15 ! De nombreux médecins se sont jetés à l’eau. Et les entreprises du secteur surfent sur la vague pour demander un assouplissement des critères d’accès et de remboursement.  

600 000 téléconsultations en quatre mois ! Pendant la crise Covid (janvier à avril 2020), davantage de téléconsultations ont été effectuées qu’au cours des quinze mois précédents (400 000 entre septembre 2018 et décembre 2019).
C’est ce qui ressort d’une étude conduite par l’association des entreprises de télémédecine ou LET dévoilée à la presse ce mardi 30 juin. Fondée en 2019, elle réunit une quarantaine d’acteurs du secteur (Doctolib, Directmedica, Medaviz, MesDocteurs, DeuxiemeAvis, etc…). « Jusqu’à présent, le nombre de téléconsultations et le chiffre d’affaires des entreprises du secteur doublait chaque année. Ces derniers mois, sur certains sites, le nombre de téléconsultations a été multiplié par 10 ou 15 », a souligné François Lescure, président du LET et de MedecinDirect. Le bilan financier à fin 2020 dira quel bond a fait le secteur suite à la crise Covid-19. Impressionnant certainement. 

69% des généralistes téléconsultent

De nombreux médecins libéraux ont sauté dans le TGV du numérique en santé. Alors que les téléconsultations ne représentaient que 0,1% des consultations des médecins généralistes début mars 2020, ce pourcentage a bondi à 27% au plus fort de la crise. Compte-tenu de la reprise d’activité en présentiel de la majorité des praticiens le taux se stabilise actuellement autour de 15%. C’est ainsi que 69% des omnipraticiens se sont mis à la télémédecine. 

Poids de la téléconsultation dans le total des consultations en France – Médecins Généralistes (source : GIE GERS – Maiia)

Du côté des spécialistes, ils sont également nombreux : 80% des endocrino, 63% des rhumato, 62% des neuro, 61% des psy et 54% des dermato pratiquent aujourd’hui la téléconsultation. « Sur ma plateforme (MedecinDirect), nous sommes passés de 35 à 70 médecins inscrits pendant la crise Covid », a pris pour exemple François Lescure.  

Les seniors, pas les derniers à téléconsulter !

Si les patients « cible » des téléconsultations sont les 35-50 ans, les seniors ne sont pas en reste. Depuis début 2020, 39% des téléconsultations concernent des patients de plus de 61 ans. Autre surprise : seules 9% des téléconsultations avaient pour motif le Covid. Voici les diagnostics et pathologies les plus fréquentes en téléconsultation, par ordre décroissant : troubles cardiaques (hypertension, cholestérol), troubles pneumologiques (bronchite, asthme, BPCO), problèmes ORL (rhinopharyngite, otite), troubles digestifs (gastroentérite), orthopédie (entorse, chute), urologie (brûlure urinaire, cystite), dermatologie (plaie, psoriasis, eczéma), troubles psychiques (angoisse et dépression).

Selon cette étude, 20% des recours aux urgences ont été évités grâce aux plateformes de télémédecine et 80% des patients ont déclaré que leur problème médical avait été résolu par cette téléconsultation. 

Part des téléconsultations par classe d’âge (source : GIE GERS – Maiia)

Vers un élargissement du remboursement ?

Si la télémédecine s’est très fortement implantée dans le paysage du soin dans ce contexte exceptionnel, les conditions d’accès et de remboursement sont-elles suffisantes côté patients ? Le cadre actuel est relativement restrictif (2). Parmi les 600 000 téléconsultations estimées depuis début 2020, 30% n’ont pas été prises en charge par l’Assurance maladie mais par les complémentaires santé, indique l’association LET.
Le socle de remboursement a certes été élargi pendant la crise sanitaire (suspension des critères de parcours de soins et de territorialité), mais qu’en sera-t-il après ?  Les membres de l’association LET bénéficient actuellement d’une oreille attentive des autorités de santé et comptent bien imposer le sujet à l’agenda estival. La semaine dernière, ils ont déposé une lettre d’intention à l’équipe en charge de l’article 51 de la LFSS (expérimentations et innovations en santé, 3) afin d’assouplir le cadre conventionnel. Ce texte, soutenu par la Société française de santé digitale (SFSD) et plusieurs parlementaires, demande à ce que le remboursement des téléconsultations soit élargi. A la fois aux patients résidant dans les déserts médicaux (ZIC et ZAC définies par les ARS), à ceux sans médecin traitant, ainsi qu’aux patients de moins de 16 ans. Réponse espérée en septembre.

 

 

Portrait de Sophie Cousin

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