Exercice regroupé, furieusement tendance…

De plus en plus de jeunes médecins sont attirés par l’exercice coordonné, en particulier par les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP). Nouvel acteur sur le marché, la start-up Docteur House les accompagne dans leur projet d’installation.
 

C’est la Cour des comptes qui le dit. Les maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) sont un « outil intéressant à la réussite variable », estime l’institution qui a rendu public le 20 mars un rapport sur "L’accès aux services publics dans les territoires ruraux".
 
De nombreuses mesures incitatives ont été prises ces dernières années pour corriger la sous-densité de couverture médicale de certains territoires, mais « leur effet apparaît jusqu’ici limité », estime la Cour des comptes, persuadée que la « mutualisation de l’offre » des MSP pourra « répondre aux besoins de proximité de la population ».
 
C’est d’ailleurs l’un des engagements de « Ma Santé 2022 » : améliorer l’organisation des soins de proximité, en favorisant notamment l’exercice coordonné entre tous les professionnels de santé. Le gouvernement désire en effet que l’exercice isolé fasse figure d’exception dans quelques années ; d’où l’objectif de créer 1 000 Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et 2 000 MSP à l’horizon 2022 (contre environ 900 MSP aujourd’hui).
 
« Le gouvernement mise sur l’exercice coordonné pour renforcer le maillage territorial, et ainsi améliorer l’accès et la qualité de soins », rappelle Florian Buffard, le co-fondateur de Docteur House, une start-up spécialisée dans l’accompagnement des professionnels de santé lors de leur installation en maisons de santé, mais aussi dans la gestion de leur structure au quotidien.

11% des jeunes médecins s’installent en libéral

 
Si les pouvoirs publics désirent aujourd’hui développer de nouvelles formes d’exercice regroupé, c’est aussi parce qu’« aujourd’hui, seulement 11% des jeunes médecins s’installent en libéral à la sortie de leurs études (tableau de l’Ordre en 2016, ndlr), estime Claire Tumelin, co-fondatrice de Docteur House. Donc, si aucune mesure n’est prise, on va assister à une désertion d’un exercice libéral de la médecine au profit du salariat dans les établissements de santé. »
 
Mais pourquoi donc les nouvelles générations de médecins sont de moins en moins tentées par l’exercice isolé ? Claire Tumelin a son idée sur la question : « Les jeunes médecins préfèrent travailler en groupe pour avoir davantage d’interactions et partager leur quotidien. Cela ne les fait plus rêver d’exercer seul durant 40 ans dans le même cabinet. Ils désirent également trouver un juste équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée. »
 

 
Des propos confirmés par les résultats d’un récent sondage du Syndicat des internes des hôpitaux de Paris (SIPH) sur "Les aspirations professionnelles des jeunes médecins d'Ile-de-France" : 13% des jeunes médecins interrogés envisagent de travailler seuls, tandis que 58% souhaitent travailler en cabinet de groupe ou en MSP. 
 
Si l’exercice groupé séduit aujourd’hui de plus en plus les jeunes médecins, c’est aussi « parce qu’ils ont peur de se lancer seuls dans la gestion d’une structure, d’où l’intérêt de travailler en exercice groupé pour bénéficier du soutien de professionnels d’expérience », estime Florian Buffard.

Monter une MSP relève du parcours du combattant

 
Mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont nombreux à lancer leur propre MSP : « Monter une MSP pour un jeune professionnel de santé, c’est un peu comme monter son entreprise, cela relève souvent du parcours du combattant, a constaté Florian Buffard. Les jeunes ont donc besoin d’accompagnement pour se lancer, et c’est d’ailleurs la raison d‘être de Docteur House. »
 
La start-up accompagne en effet les professionnels de santé à chaque étape de leur projet d’installation : accompagnement administratif (gestion de projet, création de la structure juridique, étude d’opportunité, plan de financement…), accompagnement immobilier (aide à la recherche immobilière, montage des dossiers de subvention…), obtention de la labellisation MSP (élaboration de l’étude de faisabilité, montage et suivi du dossier auprès de l’ARS…)…
 
« Créer une MSP, c’est un exercice complexe qui nécessite d'être sous-tendu par un projet de santé, rappelle Claire Tumelin. Les MSP bénéficient de subventions, à condition toutefois de présenter un projet de santé qui réponde à des besoins de santé réels. Nous aidons les professionnels de santé à rédiger un projet de santé qui réponde à ces besoins, mais également à le soutenir auprès de l’ARS »
 
Un accompagnement qui permet un gain de temps précieux pour les professionnels de santé désireux de se lancer dans l’aventure des MSP : « L’ARS préconise une durée de deux à quatre ans pour monter une MSP. Mais, si vous êtes accompagnés par Docteur House, la phase de création dure moins d’un an », assure Claire Tumelin. De quoi lever les barrières psychologiques des jeunes médecins qui hésitaient encore à se lancer.
 
 

Portrait de WUD
Par WUD

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