ExactCure, le jumeau numérique pour un traitement adapté

L’application ExactCure permet de calculer l’effet d’un médicament en fonction des particularités de chaque patient. Frédéric Dayan, l’un des co-fondateurs nous en dit plus.

« Tout a commencé dans un café à Paris. Un copain, Philippe Beaune, professeur de pharmacologie me disait que lorsqu’il enseigne sa matière à de futurs médecins, il rencontrait un problème. Il leur explique comment prescrire un médicament, que ce n’est pas de la taille unique, et qu’il faut l’adapter à la personne : l’augmenter par exemple sur un patient obèse ou la diminuer pour un patient en insuffisance rénale. Mais chaque année, inlassablement, la même question revient : ‘et si j’ai un patient obèse et insuffisant rénal, je fais quoi ?’ Et il ne savait pas répondre », se rappelle Frédéric Dayan.

« Je me suis dit qu’il y avait un besoin, je dirigeais un groupe de recherche et développement dans un grand groupe français où on faisait de la modélisation. Mais tout s’arrêtait aux recherches. Jusqu’ici on pouvait comprendre comment le médicament marchait avant d’arriver sur le marché. Mais après ce n’est jamais utilisé en pratique », poursuit le pharmacien diplômé en école d’ingénieur qui se qualifie lui-même « d’hybride scientifique ».

Le but d’ExactCure, simuler l’action du médicament en fonction des données du patient : sa taille, son poids, son âge, ses pathologies… Il rentre toutes ces informations et l’IA va ensuite calculer sa réponse aux médicaments. « On a déjà entré 3 000 médicaments, et ensuite on va augmenter notre spectre. »

Pourquoi ExactCure ?

« Aujourd’hui, il y a un chiffre qui me fait mal dormir : il y a 5 fois plus de personnes qui meurent d’une mauvaise médication que d’accidents de la route. C’est inacceptable. Ça ne peut plus durer », confie Frédéric Dayan. « ExactCure est là pour répondre à ça. Mais on ne diabolise pas le médicament, c’est magique mais ça doit rester une bonne magie et ne pas devenir de magie noire, il faut le maitriser. »

Pour y arriver, ExactCure a donc misé sur le principe du jumeau numérique. « C’est intéressant car cela reste un fantasme que les gens puissent se projeter vers ce jumeau, soi-même dans la machine. On ne ment pas sur le jumeau. Mais la raison principale est d’essayer d’attaquer le problème de fond du manque de personnalisation d’un traitement, qui explique au moins 30% des erreurs. On estime qu’1,2 million de journées d’hospitalisation par an sont liées à un mauvais usage du médicament en France. »

© ExactCure/Frédéric Dayan 

IA, deux fois

Pour arriver à ce résultat, l’Intelligence artificielle a une place de choix. « Une première forme d’IA sert à trouver l’information dans les publications scientifiques pour comprendre comment les médicaments vont agir. Après une lecture automatique des textes, l’IA va capter l’information qui l’intéresse. Ensuite, cela est vérifié par un humain. Puis on va rentrer cette donnée dans une autre couche d’IA, c’est de la métamodélisation, qui consiste à intégrer ces composants et l’encoder, dans un seul modèle. Ensuite c’est une nouvelle fois par un humain. Une fois l’info vérifiée, on pousse le médicament validé dans l’appli. Si au contraire le modèle n’est pas convaincant, on ne le met pas », explique Frédéric Dayan.

Dans ce système, on retrouve 3 acteurs : le patient, le médecin et le pharmacien.

Pour le patient, « l’enjeu est celui de la sécurisation du médicament et l’éducation thérapeutique. On a fait cela sous forme d’une horloge avec un bandeau dont la couleur change heure après heure. L’exemple typique est celui d’un patient douloureux chronique qui veut aller au ciné, vérifier s’il est couvert toute la soirée. Mais également d’éviter les interactions médicamenteuses ». Pour le médecin, c’est surtout un outil de monitoring, que le patient peut choisir de lui partager « il peut renseigner son ressenti et les effets du médicament sur lui, ce qui permet d’ajuster la prescription ». Enfin, le pharmacien « peut également suivre ce bilan de médication pour analyser si le traitement est adapté ».

L’application est gratuite pour les professionnels de santé et les patients. Alors quel est le modèle économique d’ExactCure ? « On expose à d’autres clients le cœur de calcul de notre solution d'IA. On propose ces 3 000 médicaments analysés depuis les publications scientifiques, par exemple à Vidal, qui est notre partenaire. Vidal Sentinelle, à destination des hôpitaux pour sécuriser les médocs, intègre notre solution ».

Portrait de Constance Maria

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