Eric Chenut, Président de la Mutualité Française : « On a poussé à la signature de cette convention médicale, maintenant, il faut qu'on aide les médecins à atteindre les objectifs sur lesquels ils se sont engagés »

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La convention médicale a été validée en début de semaine dernière. Une convention qui octroie une augmentation des tarifs aux médecins, mais qui leur donne aussi de nouveaux objectifs pour l’amélioration de l’accès aux soins. Médecins, Assurance maladie et Unocam (Union nationale des organismes complémentaires d’assurance maladie) ont tous signé cet accord. Eric Chenut, Président de la Mutualité Française s’en félicite, tout en étant conscient que tout reste désormais à faire...

Eric Chenut, Président de la Mutualité Française : « On a poussé à la signature de cette convention médicale, maintenant, il faut qu'on aide les médecins à atteindre les objectifs sur lesquels ils se sont engagés »

Eric Chenut, Président de la Mutualité Française.

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What’s up Doc : Vous venez avec l’Unocam (Union nationale des organismes complémentaires d’assurance maladie) de signer la nouvelle convention médicale, c’est une bonne nouvelle, après toutes ces discussions et l’échec de l’année dernière ? 

Eric Chenut : On avait effectivement été déçus de l'échec de la négociation précédente, donc là on est satisfait. D’autant qu’il y a eu un accord unanime des complémentaires pour accompagner cet effort sans précédent. Si on prend le règlement arbitral et la négociation de cette année, cela représente un effort pour les complémentaires de 410 millions d'euros. C’est un montant très significatif mais qui nous semble nécessaire quand on regarde l'ensemble des revalorisations qui ont été déterminées au regard des engagements de la profession. Compte tenu du besoin d'accès aux soins, des difficultés de permanence de soins sur certains territoires le soir et le week-end qui conduisent certains de nos concitoyens à devoir aller aux urgences.

Quand on voit aussi des sujets autour de l'efficience, de la pertinence des prescriptions médicamenteuses, on se dit qu’il y a des pistes dans cette convention, dans l'accord d'engagement de la profession qui sont importantes.
Toutes les parties prenantes ont fait des pas les unes vers les autres dans l'intérêt des assurés sociaux. Et maintenant il va falloir mettre en œuvre tout ça.

 

« Si on prend le règlement arbitral et la négociation de cette année, cela représente un effort pour les complémentaires de 410 millions d'euros. C’est un montant très significatif »

 

Malgré les dépenses supplémentaires pour les assurances complémentaires, vous souteniez les demandes d’augmentation de tarif des médecins ?

EC. Nous ne raisonnons pas comme cela. Toutefois, si on veut que le métier soit attractif, si on veut prendre en compte les réalités d'évolution des coûts que tout le monde subit, et les médecins pas moins que les autres, il est logique que des revalorisations soient posées. 
Nous l’avions dit pendant la campagne présidentielle.
Mais cette convention, même si elle pose des jalons et des objectifs intéressants, on sait déjà qu’elle ne suffira pas à redonner l'accès aux soins partout et pour tous. Le besoin en soins augmente du fait du vieillissement de la population et du fait de l'augmentation des pathologies chroniques. 
Donc nous restons très cohérents sur notre positionnement : on a besoin d'équipes de soins traitantes avec les médecins généralistes, spécialistes, mais aussi les pharmaciens, infirmiers, psychologues, kinés... Il faut une multiplicité d'entrées en relation entre les personnes malades et les professionnels de santé. 

Il faut donc que les professionnels de santé puissent plus facilement coopérer, c'est à dire que les systèmes d'information via Mon espace santé/DMP soient facilitants dans leur exercice professionnel. La bonne volonté ne suffit pas, il faut que les outils soient simples d'usage pour que tout ça soit fluide. Et c'est tous ces éléments-là qui vont, petit à petit, accompagner les réformes systémiques dont on a besoin pour répondre aux besoins en santé de nos concitoyens.

 

« Nous restons très cohérents sur notre positionnement : on a besoin d'équipes de soins traitantes avec les médecins généralistes, spécialistes, mais aussi les pharmaciens, infirmiers, psychologues, kinés... »

 

Est-ce que la nouvelle convention vous satisfait en termes d’amélioration de l’accès aux soins ?

EC. Il y a un certain nombre de choses dans le cadre de la permanence de soins qui sont pointées. La mise en application devra être suivie et on sera très attentif à ça.

Parce que le sujet sur lequel on est questionné par nos adhérents, c'est vraiment cet enjeu-là : pouvoir accéder aux soins le soir en semaine et le week-end.

Et si on veut résoudre la problématique des urgences hospitalières, ça passera par ça. Donc il y a des pistes via les SAS, il y a des pistes via des organisations regroupées...

J'entends aussi la critique soulevée par certaines structures collectives de médecins qui s’étaient spécialisées dans la permanence de soins le soir et le week-end, qui s’inquiètent de la minoration de la rémunération pour ces consultations non programmées dites « non régulées ». Ce sont des choses qu’il faudra revoir très vite, si comme je l'ai lu, cela met en péril ces réponses organisées et utiles à l'échelle des territoires. Il faudra évidemment y être attentif et peut-être apporter des correctifs.

 

« Le sujet sur lequel on est questionné par nos adhérents, c'est vraiment cet enjeu-là : pouvoir accéder aux soins le soir en semaine et le week-end »

 

Comment vous à la Mutualité française, vous essayez de faire en sorte d’œuvrer pour l’accès aux soins pour tous et partout ? 

EC. Nous essayons par notre rôle d’offreur de soins, dans nos établissements, nos centres de santé d'apporter une réponse sur le terrain. Mais on voit aussi les difficultés pour trouver des équilibres financiers à ces structures. C'est aussi pour cela que nous sommes très attentifs, très lucides sur les nécessaires revalorisations pour tenir compte de l'ensemble des coûts. D’où notre discours très équilibré. 
Pour répondre pleinement aux enjeux de la transformation du système et avoir un système de santé très efficace, il faut être organisé sur la dimension curative, ce que globalement on fait bien quand même dans notre pays, mais aussi sur le préventif. Et là, il est nécessaire de se renforcer. Ça suppose que sur le champ de la prévention secondaire et tertiaire, notamment, on puisse renforcer le partage d'informations, la mobilisation de tous les acteurs de tous les professionnels de santé dans leur complétude, via les équipes de soins traitantes, mais aussi l'Assurance maladie et les complémentaires, pour garantir toutes les chances de l'orientation vers le bon soin au bon moment, éviter des pertes de chance, faire du vrai “aller vers“. Cette approche personnalisée sera la seule à même de réduire les inégalités.

 

« Ces engagements pris, on doit les suivre collectivement, ils engagent la profession, mais ils nous engagent tous »

 

On parle de la création d’un observatoire de l'accès aux soins et d’un observatoire sur la pertinence des soins, c’est important de contrôler ?

EC. Ces engagements pris, on doit les suivre collectivement, ils engagent la profession, mais ils nous engagent tous parce que, en acceptant de mettre aussi davantage de ressources de l'Assurance maladie et des complémentaires santé. Nous sommes tous co-engagés dans ces orientations vis-à-vis de la population. Donc c'est important de rendre compte du résultat dans un an, deux ans, trois ans. Que faut-il corriger ? Il y a des objectifs avec des moyens à un moment donné, et puis il y a la mise en œuvre, avec le décalage entre le théorique et la pratique. Il faut s’adapter pour atteindre les objectifs qui ont été collectivement définis.

Rendre compte, c'est aussi le moyen de recréer de la confiance, notre société en a bien besoin aujourd'hui. Cela montre la confiance entre les partenaires, médecins, Assurance maladie et nous. Cela adresse aussi un message de transparence vis-à-vis de l'opinion. C’est quelque chose de vraiment important.

 

« L’enjeu de la pertinence des prescriptions et l'efficience du système de santé est absolument fondamental si on veut garantir la soutenabilité du financement de la protection sociale »

 

Est-ce que la Mutualité française en tant financeur fera partie de ces observatoires de contrôle ?

EC. Je pense que l'Unocam est pleinement légitime pour participer à ces observatoires. La signature est à trois. L’Unocam doit participer en tant que co-financeur, mais aussi parce que nous avons un certain nombre de remontées, comme l'Assurance maladie en aura, et que c'est important de croiser l'ensemble de ces informations pour un partage transparent. Et puis s'il doit y avoir des mesures d'ajustement, qu’elles puissent aussi être discutées entre les trois acteurs. 
L’enjeu de la pertinence des prescriptions et l'efficience du système de santé est absolument fondamental si on veut garantir la soutenabilité du financement de la protection sociale dans son ensemble et du système de santé en particulier. Il y a aussi le sujet important de la gestion du risque qui est une coresponsabilité avec l'Assurance maladie. Nous avons collectivement un enjeu sur la prévention. Ce sont ces retours-là qu'il nous faut partager ensemble pour agir en responsabilité, en transparence avec l'Assurance maladie et les médecins.

 

« Nous engageons beaucoup de moyens, dans un moment où il est compliqué de mettre autant d'argent. Cela montre la confiance que nous avons dans la profession »

 

Est-ce que vous percevez déjà dans cette convention, des défis qui vont être compliqués à mettre en œuvre ?

EC. Tout est compliqué. Sinon cela serait déjà en place. Tous les engagements qui ont été pris, vont demander des efforts, vont demander de l'intelligence collective, vont demander de la mobilisation. 

Nous engageons beaucoup de moyens, dans un moment où il est compliqué de mettre autant d'argent. Cela montre la confiance que nous avons dans la profession. Il va falloir une mobilisation importante pour atteindre les objectifs et en tant que financeurs, mais aussi offreur de soins, nous avons pleinement conscience de la complexité du travail à mener.

Les adhérents des mutuelles via leurs cotisations acquittent 16,2% de la dépense totale de santé. Nous sommes conscients du coût de la santé, et nous sommes convaincus qu’il faut faire en sorte que ces euros investis aient le maximum d'utilité sanitaire, médicale, soignante. C'est pourquoi il faut se réinterroger, en permanence, pour savoir quelle est la bonne pratique en s'appuyant sur les préconisations de la HAS. Ce sont des éléments de garantie de bonne prescription et aussi de garantie d'égalité de prise en charge pour les patients. 

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Suite à la signature de cette convention, êtes-vous optimiste ?

EC. Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste, en revanche, je suis volontariste.

Si on a poussé à cette signature avec les autres familles de complémentaires, c'est parce que cela nous semble nécessaire et utile et que nous pensons que c'est possible. 
 Je me réjouis de cette signature et de cet accord qui est quand même large. Nous terminons ainsi cette période assez longue de négociation, chacun a fait un effort, cinq des six syndicats médicaux représentatifs ont signé, je pense que nous pouvons collectivement nous satisfaire de ces avancées. Maintenant, il reste à se mette en ordre de marche pour aider les médecins à atteindre les objectifs sur lesquels ils se sont engagés.

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