Dans les baskets d'un médecin olympique

Anneaux, médailles et tests Covid. Le docteur Philippe Le Van nous raconte son quotidien de Directeur de la Commission médicale haut niveau et en charge de tout la partie médicale aux Jeux Olympiques.

« J’ai une famille de scientifiques, qui ont tous fait sup et spé. Mais moi je n’étais pas assez bon en maths, je ne voulais pas faire de commerce, donc je suis parti en médecine. Et j’ai rencontré le métier que j’ai rêvé de faire », se souvient Philippe Le Van en direct du Village olympique à Tokyo.

C’est donc parti pour la conquête d’une carrière, un peu au gré du hasard et qui pourtant lui semblait prédestinée. « Fondu de sport, j’ai fait médecine du sport à Paris Ouest, et traumatologie du sport. J’ai fait mon service militaire au bataillon de Joinville, j’avais des amis à l’INSEP, j’y ai mis un pied, puis deux », s’amuse Philippe Le Van en revenant sur son parcours.  

« Au bataillon Joinville, je suis parti avec la fédération d’haltérophilie et j’ai été recruté comme médecin d’équipe ». L’aventure olympique commence en 92, avec les jeux d’été. « J’ai intégré le comité olympique, dont je suis devenu directeur du comité médical en 2010 ».

Comme son cursus de médecin, son histoire avec l’olympisme se tisse un peu par hasard, et c’est le coup de foudre. « Ça m’a séduit. Je me souviens de mes premiers jeux à Barcelone, c’était super, moins commercial, il y avait moins de sécurité aussi. Je n’étais pas logé au Village, je venais de l’hôtel à vélo très tôt le matin et repartais très tard le soir. Je traversais Barcelone à vélo, en ne rêvant que de redevenir le lendemain », se souvient ce passionné.  

Comment soigne-t-on des athlètes ? « Ce n’est pas un plan de carrière sinon on n’est pas soi-même face aux sportifs de haut niveau. On ne doit pas les soigner comme des stars mais comme des patients ». Des patients comme les autres donc (un peu plus musclés certes), avec un lien qui se tisse, aussi bien sur le plan médical qu’humain. « Il y en a certains que je connais depuis longtemps, j’ai fait tous les jeux depuis 92. Il y a des sportifs qui me montrent leurs enfants, on n’est plus dans la compétition, il y a un côté médecin de famille qui est très agréable ».

JO sous Covid

Déplacer des athlètes de haut niveau à l’échelle mondiale pour une compétition qui a lieu tous les 4 ans, c’est beaucoup de travail en amont pour les équipes médicales. « Ça commence 3 ans avant, avec un premier contact avec le comité d’organisation, ensuite il faut commencer à préparer son staff, connaître la réglementation sur l’importation des médicaments dans le pays. On a un attaché olympique sur place, au consulat ou à l’ambassade, il fait le relai auprès des autorités sanitaires. L’ensemble des médicaments importés sont déclarés depuis début mars. Or à ce moment, on ne connait pas encore les personnes sélectionnées, les sports présents. L’expérience joue beaucoup dans l’organisation », détaille Philippe Le Van.

A cette préparation déjà lourde, se rajoute une période inédite de crise sanitaire. « On doit faire un test tous les jours, prévoir des masques FFP2, des tests antigéniques, des thermomètres... On a rempli au préalable un plan d’activité, désignant les endroits où on avait l’autorisation d’aller, qui doit être approuvé ou pas pour les autorités japonaises. Mais il y a aussi une autre appli pour décrire l’état de santé que l’on doit renseigner tous les jours ».

Quant au manque du public « les plus pénalisés sont les Japonais. J’ai discuté avec beaucoup d’athlètes de disciplines différentes, maintenant ils ont l’habitude, c’est rentré dans les mœurs. Ce sont des passionnés, ils préfèrent le vivre comme ça que de ne pas le vivre du tout ».

Accompagner jusqu’à la victoire

 « Certains sportifs doivent être poussés d’autres calmés, c’est important de connaitre son public, savoir ce qu’on peut dire. Une médaille se joue à pas grand-chose, il faut avoir confiance dans son staff. » Un stress pour les athlètes qui est donc partagé par leur équipe médicale. « Bien sûr que c’est stressant, c’est LA compétition sportive. Elle n’a lieu que tous les 4 ans, il n’y a pas de deuxième chance. Les athlètes donnent le meilleur, on doit faire pareil. Le haut niveau est pour tout le monde. »

Mais quand un athlète accède à la victoire, le médecin partage aussi ce grand moment de joie. « Les meilleurs souvenirs, c’est quand ils reviennent nous montrer leur médaille, en petit comité, c’est un instant privilégié, on n’a pas besoin de se parler, le job a été fait ! C’est un moment de gratitude qui fait plaisir », raconte Philippe Le Van.

« Pendant les Jeux on dort peu, c’est un marathon, il faut être stable, souriant, gérer les cas contacts, les blessés. Mais malgré cela, je suis toujours content d’aller travailler, je dirais même d’aller m’amuser tous les jours. Les Jeux c’est fatigant mais quand on le fait avec passion, ce n’est pas dur. »

Portrait de Constance Maria

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