Covid-19 : Agnès Buzyn gagne une mise-en-examen

L’ancienne ministre de la Santé est dans la viseur de la Cour de justice de la République. Vendredi dernier, Agnès Buzyn a décroché une mise-en-examen pour mise en danger de la vie d’autrui. Ce qui lui est reproché ? Avoir manqué d’anticipation sur la gravité de la crise sanitaire.

Pour ceux qui étaient déconnectés de l'info ce week-end, l'ancienne ministre de la santé a vécu un vendredi noir en fin de semaine dernière. Après avoir été conviée à la Cour de justice de la République, Agnès Buzyn a écopé d’une mise en examen* pour mise en danger de la vie d’autrui. Elle a également été placée sous le statut de témoin assisté** pour des faits d'« abstention volontaire de prendre des mesures propres à combattre un sinistre ».

C’est dans le cadre de l’enquête initiée en juillet dernier sur l’action du gouvernement à l’heure de la crise du Covid que celle qui officie désormais à l’OMS a été convoquée. Dans le viseur de la seule institution habilitée à juger des ministres ? La supposée absence d’anticipation de son administration sur la gravité de la crise sanitaire à venir.

Alors que le virus faisait des ravages à Wuhan alors encore qualifié d’ « épicentre » de l’épidémie, la prédécesseuse d’Olivier Véran avait assuré que le risque d’importation de la maladie était « modéré ». « Il est maintenant pratiquement nul car la ville est isolée. Les risques de cas secondaires autour d'un cas importé sont très faibles. Et les risques de propagation du coronavirus sont très faibles. Cela peut évidemment évoluer dans les prochains jours, s'il apparaissait que plus de villes sont concernées en Chine ou plus de pays », avait-elle assuré, publiquement.

Un discours rassurant qui fût accompagné, deux mois après, de révélations fracassantes. En mars 2020, la candidate déçue des élections municipales parisiennes avait déclaré dans Le Monde qu’elle « savai[t] que le vague du tsunami était devant » au moment de son départ du ministère. Trois mois plus tard, elle révélait d’ailleurs lors de son audition par la commission d’enquête à l’Assemblée nationale sur la gestion de la crise sanitaire avoir informé le Président et le Premier Ministre du « danger » potentiel du Coronavirus dès janvier.

Si elle est la première à écoper d’une mise-en-examen, Agnès Buzyn n’est pas la seule à intéresser la Cour de Justice. Selon le Procureur général près la Cour de cassation François Molin, 14 500 plaintes sur la gestion de la pandémie auraient été réceptionnées à la CJR. En tout, seize visant l’exécutif auraient été estimées recevables. Un large panel, critiquant notamment l’absence d’équipements pour les professionnels de santé et les revirements à propos du port du masque, qui pourraient se solder par la convocation à la CJR de l’actuel ministre de la santé Olivier Véran et de l’ancien premier ministre Édouard Philippe.

Bon à savoir

*La mise-en-examen, c'est quoi ? "Une personne soupçonnée d'infraction: Acte interdit par la loi et passible de sanctions pénales et contre laquelle il existe des indices graves ou concordants peut être mise en examen après avoir été présentée devant un juge d'instruction", peut-on lire sur le site de l'administration française.

**Et qu'en est-il du témoin assisté ? "Le témoin assisté est une personne mise en cause dans une affaire pénale. C'est un statut entre celui du témoin et celui du mis en examen. Ce statut donne des droits devant le juge d'instruction. Il peut changer au cours de la procédure", poursuit le site du Service Public

 

Portrait de Julia Neuville

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