Comment garder son indépendance face aux labos ? 

D'anciens étudiants en médecine viennent de rééditer un Guide pour garder son indépendance face aux laboratoires pharmaceutiques. 

Que l’on ne se méprenne pas : la troupe du rire n’est pas une compagnie théatrale. Il s’agit d’un groupe d’étudiants en médecine qui, en 2014, avait publié un livret « pour étudiant.e.s stréessé.e.s, pressé.e.s comme des citrons, mais avides de comprendre » intitulé : Pourquoi garder son indépendance face aux laboratoires pharmaceutiques ? Ils viennent de mettre en ligne l'édition 2020 (avec l'appui du Formindep), « transformée », « enrichie », « en utilisant des données plus actuelles et adaptées au contexte ».
Dès l’introduction, la Troupe du rire plante le décor : « Les conflits d’intérêts constituent un risque sanitaire. Ils ne relèvent pas que d’une question morale. » Le sommaire de ce Guide est découpé en cinq chapitres : prendre conscience de l’influence ; anatomie d’une influence systémique, les nouveaux médicaments ne sont pas forcément les meilleurs, régulation de la promotion pharmaceutique, Que faire face à cette influence.
Première des qualités de cet ouvrage : il permet de déniaiser le lecteur, qui peut se penser invincible face à l’influence de l’industrie pharmaceutique. Cet état d’esprit a même un nom en psychologie : l’illusion de l’unique invulnérabilité.
Ce Guide, par ailleurs, éclaire certaines notions, comme la différence qui existe entre liens d’intérêts (accords, conventions, avantages) et conflits d’intérêts, « situation d’interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés de nature à influencer l’exercice indépendant, objectif et impartial d’une fonction ».

Influence systémique

L’influence systémique de l’industrie se détecte lors de plusieurs événements : visite aux médecins des délégués commerciaux, recommandations par les experts et les pairs, cadeaux, publicité, leaders d’opinion, FMC… Les auteurs de ce livret rappellent néanmoins qu’il existe une législation, laquelle permet de réguler la promotion pharmaceutique. « En France, le gouvernement réglemente directement la promotion pharmaceutique. Mais les moyens mis en oeuvre sont dérisoires face au budget marketing des industriels et à la quantité de documents promotionnels », tempèrent-ils néanmoins. Face à cette influence, les auteurs appellent à la résistance, sur deux plans : de manière structurelle, à l’échelle institutionnelle, et de manière individuelle, en tant que « soignant.e et prescripteur-trice ». 

Portrait de Jean-Bernard Gervais

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