Benoît Elleboode : Spé. médecin du système de soins

Directeur d’ARS Nouvelle-Aquitaine, médecin de santé publique… La quarantaine à peine fêtée, Benoît Elleboode peut se vanter d’avoir plusieurs casquettes. Un parcours complémentaire dans lequel cet ancien représentant de l’ISNI et de l’ANEMF s’est engagé après avoir trouvé sa passion : soigner le système de santé.

What’s up Doc : Directeur d’ARS, médecin de santé publique… Qu’est-ce qui vous a poussé dans cette voie ?

Benoît Elleboode : J’ai fait médecine pour être utile aux autres. Ma première année validée pourtant, je me suis rendu compte que je ne savais encore soigner personne. C’est pour ça que je me suis engagé dans le monde associatif et syndical, notamment en rejoignant l’ANEMF et l’ISNI. Et en plus d’être utile, j'ai réalisé que j’étais doué ! J’avais trouvé ma passion. Il a ensuite fallu choisir sa Spé. Un ami m’a conseillé de me renseigner sur la santé publique. Je lui ai répondu : « Oh la santé publique, et toutes ses statistiques… Ça m’emmerde un peu ». Finalement, il m’a encouragé à me renseigner. Un professeur m’a donc présenté la filière de politique en santé - c’est-à-dire des médecins qui sont là pour agir au niveau du système. C’est ce que je faisais de manière bénévole ! Je lui ai demandé si je pouvais faire ça en étant payé. Il m’a répondu « oui ». Et moi que j’allais faire ce métier.

C’est un passage psychologique important de s’engager dans une voie qui n’est pas réservée qu’aux médecins

WUD : Votre Spé est habituellement peu choisie. L'an dernier, elle était classée 42e sur 44. Pensez-vous que la crise sanitaire va changer quelque chose ?

BE : Non, je ne pense pas. Au sein de la spécialité de santé publique, la spécialité « Politique de santé » n’est pas très bien organisée en France ; même si aujourd’hui on a une option qui s’appelle administration de la santé. La spécialité de Santé Publique met plus en avant le côté épidémiologie et appui de la recherche clinique. Tant que cela sera comme ça, on aura du mal à faire reconnaître la valeur de la spécialité de santé publique à former des gens en politique de santé. Sur la centaine d’internes qui ont choisi la santé publique cette année, il y en a quatre qui ont choisi la spécialité « administration de la santé ». Sur les quatre, trois étaient passés en stage, ici, à l’ARS Nouvelle-Aquitaine. Cela, sans oublier qu’il est parfois compliqué pour un jeune médecin d’accepter de ne pas soigner… C’est un passage psychologique important de s’engager dans une voie qui n’est pas réservée qu’aux médecins.

WUD : Du coup, est-ce que vous pouvez nous raconter votre quotidien ?

BE : Aujourd’hui, le travail d’un directeur d’ARS se partage entre un rôle décisionnel et de management. La décision, c’est ce qu’on attend d’un directeur d’ARS. Il faut savoir arbitrer. L’autre aspect est d’impulser un sens ou une orientation à l’action de l’ARS. Ce n’est jamais un homme qui fait que l’ARS fonctionne bien. Actuellement, il y a 800 personnes qui travaillent dans l’ARS. Même si je suis très bon, je ne compenserais pas les 800. Mon rôle est donc de faire en sorte que cet ensemble d’agents se sente motivé pour qu’il soit en mesure d’apporter un service de qualité à la population. Chaque DG d’ARS met un peu sa touche dans la politique de santé qu’il veut mettre en place. C’est sûr qu’en tant que médecin, il y a une touche médicale dans l’impulsion que je vais donner. Pour autant, nous sommes une ARS - soit une agence qui dépend de l’Etat. Donc, on est avant tout là pour appliquer la politique de l’État.

Notre patient, c’est le système

WUD : Sur les 17 directeurs d’ARS, seuls quatre sont médecins. Pourquoi selon vous ?

BE : Vous dites que ce n’est pas beaucoup. Pour moi, c’est beaucoup. En tout cas, c’est plus qu’à une époque. Pour un médecin, la difficulté de ce poste est qu’il regarde toujours du côté du patient. C’est notre formation. Dans la décision publique, on ne peut pas raisonner qu’avec ce point de vue. Il faut aussi regarder si c’est économiquement viable. Tout simplement car si nous faisons plein de bonnes choses pour le patient et qu’on coule la sécu… Ce n’est pas bon pour le patient. Ensuite, nous ne sommes pas en dictature sanitaire. Nous nous en sommes bien rendu compte pendant le Covid. Il y a donc un aspect politique. Et enfin, un côté juridique. Il y a des choses que nous avons le droit de faire, d’autres non. Quand la profession dit qu’elle n’a pas de pouvoir, c’est qu’elle propose des solutions uniquement basées sur la vision médicale. La plus-value des médecins en ARS est, bien sûr, de savoir mettre le patient au centre, mais il faut s’ouvrir aux autres critères qui concourent à la décision pour pouvoir faire bouger les choses. Je dis toujours que notre patient, c’est le système.

WUD : Alors médecine et politique de santé, même combat ?

BE : Je compare vraiment l’exercice de santé publique à la médecine. Avant de soigner le système, il faut faire un bon diagnostic. Et là, c’est vrai que la santé publique et l’épidémiologie nous permettent de faire un bon diagnostic. Une fois qu’on a le diagnostic, il faut soigner le système. Et pour ça, on a des médicaments. On a de l’argent. Il faut envoyer des financements. On a le droit, qui est notre médicament principal. On l’utilise pour construire des lois pensées pour régler des problèmes. Un exemple récent est la création de CPTS. Enfin, le troisième médicament qui est très souvent utilisé est tout simplement de mettre les gens autour d’une table. C’est ce que nous appelons l’animation territoriale.

Devenir DG d’ARS, c’est un peu l’aboutissement d’une vocation de santé publique

WUD : Quelles qualités faut-il pour devenir directeur d’ARS ?

BE : Du temps ! On ne devient pas DG d’ARS trois ans après la fin de l’internat… Il faut la maturité d’un parcours professionnel. Il faut aussi un peu d’ambition et des sacrifices… En somme, il faut travailler tout autant qu’être passionné. Tout simplement car ça ne s’arrête jamais. Et il faut également une bonne dose de « sociabilité ». C’est un métier où le rapport aux autres est important. Cela, avec nos interlocuteurs, nos collaborateurs et même nos supérieurs ! J’ai toujours été bon dans les relations humaines. C’est un de mes atouts, et je me dis que c’est quelque chose qui m’a aidé dans ma vie professionnelle.

WUD : Vous êtes arrivé au top de l’échelon régional. Quels sont vos prochains projets professionnels ?

BE : Pour le moment, je suis très heureux d’avoir pris ce poste. Je considère que c’est un honneur d’avoir été nommé en Conseil des ministres par le Président de la République. C’est un peu l’aboutissement d’une vocation de santé publique… À l’origine, mon objectif de fin de vie professionnelle était d’aller dans un cabinet ministériel. J’y suis allé à 31 ans. Pour avoir été au niveau national, je me rends compte que je préfère vraiment l’échelon régional. À ce niveau, il y a un bon équilibre entre la stratégie globale et la proximité avec le terrain. Bien sûr, ma vision évoluera peut-être avec le temps… Mais tant que je n’en ai pas marre et qu’ils sont d’accord pour me laisser ce poste, je ne réfléchis pas à l’après.

Portrait de Julia Neuville

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